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L'inquiétant
parcours du "chlordécone
perdu"
Les Antilles
ne sont pas
les seuls territoires contaminés par le chlordécone, un polluant
extrêmement
persistant, soupçonné d'être cancérigène, employé comme pesticide dans
les
plantations de bananiers en Guadeloupe et en Martinique entre 1981 et
1993. Au
nom de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et
technologiques (Opecst), la sénatrice Catherine Procaccia (UMP,
Val-de-Marne)
et le député Jean-Yves Le Déaut (PS, Meurthe-et-Moselle) présentent
mercredi 24
juin un rapport dans lequel ils retracent, pour la première fois, le
parcours
du "chlordécone perdue".
Selon les
informations des rapporteurs, quelque 1 600 tonnes ont été produites
aux
Etats-Unis entre 1958 et 1976. La fabrication a ensuite été interdite,
les
ouvriers et les riverains des sites de production présentant des
atteintes
neurologiques graves. Environ 200 autres tonnes de chlordécone ont
ensuite été
produites au Brésil. Or, 300 tonnes seulement ont été utilisées aux
Antilles.
Le reste a été exporté dans d'autres régions du monde, en particulier
dans l'ancienne
Allemagne de l'Est (RDA), en Pologne, peut-être en Ukraine. Le
pesticide a
également été utilisé au Cameroun et en Côte d'Ivoire.
"On
pourrait potentiellement se trouver en présence d'un problème sanitaire
et
environnemental de dimension mondiale, qui devrait envoyer à une
coopération
internationale", écrivent les
auteurs. Le chlordécone n'étant plus produite ni utilisée aujourd'hui,
ses
résidus ne sont plus recherchés. Une enquête sur les zones d'épandage
dans le
monde est pourtant impérative, selon les rapporteurs.
CANCER DE LA
PROSTATE
Les effets
sanitaires d'une exposition à de faibles doses de produit - par
l'alimentation
et l'eau potable - ont été dénoncés par le cancérologue Dominique
Belpomme,
dans un rapport publié en septembre 2007. Il mettait en lien la
pollution et
l'augmentation des cancers de la prostate aux Antilles. Les auteurs
contestent
ces résultats, qualifiant de "peu solides" les
méthodes de M.
Belpomme. Cependant, ils n'écartent pas le risque sanitaire. "L'occurrence
du cancer de la prostate est très marquée ethniquement (...),
mais cette
prévalence chez certaines populations n'exclut pas que l'exposition aux
pesticides puisse être un facteur aggravant", écrivent-ils,
renvoyant
à plusieurs études épidémiologiques dont les résultats seront connus
prochainement.
La chlordécone
pose un problème particulier du fait de sa persistance dans
l'environnement. La
molécule, très stable, peut rester présente dans les sols entre un et
sept
siècles, et continuer à transiter vers les produits cultivés. Les
sédiments
servent aussi de vecteur de contamination des eaux de rivière, puis des
milieux
marins. Le polluant s'accumule dans les graisses et se concentre dans
la chaîne
alimentaire, "en particulier les milieux aquatiques".
Or, les auteurs
relèvent que la contamination potentielle des poissons et des crustacés
a été
oubliée dans le plan élaboré en 2008 pour limiter l'exposition de la
population
antillaise - un plan jugé efficace, en revanche, concernant les fruits
et les
légumes. Les rapporteurs jugent "urgent" de
localiser la
pollution des milieux marins et de multiplier les analyses sur les
produits de
la mer, très consommés aux Antilles.
Ils soulignent
aussi l'absence de connaissance sur la contamination des eaux fluviales
et
souterraines. La cartographie des terres polluées (plus d'un quart des
zones
agricoles des deux îles) avance en outre trop lentement. Les auteurs
recommandent de rechercher des méthodes d'analyse "plus
fiables, plus
rapides et moins coûteuses".
Gaëlle
Dupont
Le
Monde
25.06.09
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