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Tarbes.
Enlevés en Martinique, ils veulent savoir
par qui...
Un Juillanais
veut savoir pourquoi et par qui il a
été enlevé avec ses frères et sœurs, en 1956, à la Martinique.

Honoré
Marchel Grégoire, le père.
Attenant au
petit pavillon, il a construit son jardin secret. Une parcelle de
Martinique,
un souvenir de Fort de France. Là où il est né en 1947. Véranda dédiée
à ses
racines, sa culture créole... «Tout ce dont on m'a privé à l'âge de 9
ans»,
résume Germain Grégoire, 62 ans aujourd'hui. Martiniquais grandi à
Tarbes,
malgré lui, qui essaye de reconstituer depuis des années l'histoire de
sa vraie
famille, de sa fratrie. Puzzle aux trop nombreuses pièces manquantes
que cet
ancien mécanicien de la marine marchande rassemble patiemment. Pour
savoir,
enfin, qui a volé son enfance, celle de ses quatre frères et sœurs. Et
pourquoi.
Deux inconnus
Ce dont il se
souvient avant 1956? Qu'il allait «à l'école Schoelcher, place de
l'Abbé-Grégoire». Que son père, même s'il était illettré, étant le seul
fabriquant de cercueils de l'île, avait du bien. Un atelier de
mécanique aussi.
Des voitures. Des terrains. Que sa mère, instruite, n'était pas pauvre,
non
plus. Que le divorce ne les avait donc pas mis à la rue et que ses
parents, de
toute façon, devaient s'aimer «parce que plus tard, ils se sont remis
ensemble». Bref, que rien n'explique à ses yeux la scène d'abandon qui
l'obsède, ensuite. Lorsque avec ses deux frères, Guy, l'aîné, et Henry,
le
cadet, «nous nous sommes réveillés dans un jardin, comme si nous avions
été
drogués et qu'il y avait là deux inconnus». Deux inconnus avec lesquels
les trois
petits garçons ont embarqué de force sur le Colombie, destination Le
Hâvre.
Début du cauchemar. Du mystère, aussi. De toutes les questions qu'il
n'a plus
cessé de se poser depuis plus d'un demi-siècle. Cherchant à comprendre
pourquoi
le frère et la sœur de son père les attendaient au Hâvre. Pourquoi ils
se sont
retrouvés ensuite à Tarbes, «rue Ramond, chez Rachel Carassus qui se
faisait
appeler "tante Rachel" et apparaissait comme "chef de
famille" sur les papiers officiels». Puis ont été placés dans
différentes
institutions ou, comme lui, à Tostat, «chez les Rivière d'Arc comme
valet de
ferme». Comprendre encore pourquoi Hélène et Micheline, ses deux
petites sœurs
ont été «maltraitées quatre ans dans un orphelinat prison, chez des
religieuses
de la Délivrande». Pourquoi «un véritable barrage a été dressé pour
nous
séparer de nos parents malgré tous les efforts que ceux-ci faisaient
pour nous
retrouver» souligne-t-il encore.
Enlèvement et
plainte
«Trouver la
vérité»: l'obsession qui empêche donc Germain Grégoire de dormir depuis
des
années. Et d'autant plus que sa quête semble invariablement se heurter
à des
archives disparues ou détruites , «aux difficultés de la DDASS lorsque
nous
voulons consulter nos dossiers». La raison pour laquelle il a porté
plainte le
8 juin dernier devant le procureur de la République de Tarbes pour
«faits
s'apparentant à un enlèvement», explique Me Mesa, son avocat, avec
enquête
administrative pour ce dossier "sensible" à la croisée du fait divers
et de l'Histoire... tant les "bizarreries" administratives,
judiciaires et financières exhumées par Germain Grégoire sont
nombreuses. Pour
aboutir à deux interrogations majeures se résumant peut-être en une
troisième:
les enfants Grégoire ont ils été volés avec la complicité de l'Etat
comme des
centaines d'autres aux Antilles ou à la Réunion dans les années 50-60,
afin de
"repeupler" les campagnes françaises en main d'œuvre bon marché ?
(1). Ont-ils été victimes d'une spoliation visant à les priver des
biens de
leurs parents ? Ou les deux, avec instrumentalisation de l'Etat pour
l'enlèvement ? Enquête d'autant plus difficile qui attend le parquet de
Tarbes
qu'à plus de 50 ans de distance, la question de la prescription se pose
aussi,
face à une douleur imprescriptible.
(1) Article
de Philippe Brassart, «La Dépêche du Midi», sur le cas de Jean-Jacques
Martial,
recensant 1312 déportation d'enfants de la Réunion, entre 1963 et 1975.
«Elle
pleurait toujours ses enfants»
Georgette
Gastonie Rodride, a donc eu cinq enfants avec Honoré Marcel Grégoire
entre 1946
et 1953. Guy, Germain, Hélène, Henry et Micheline. Après le divorce,
elle a eu
également cinq enfants d'une autre union, dont Robert.
Robert, le
demi-frère de Germain, qu'elle envoie faire son service militaire en
France en
1974 avec une mission: retrouver ses frères et sœurs «alors qu'on nous
avait
dit qu'ils étaient morts», se souvient-il. Un mission qu'il réussit,
permettant
ainsi à la première fratrie de retrouver la maman restée en Martinique.
Aujourd'hui,
Robert habite à Aureilhan et il est formel : « Durant toute notre
enfance,
maman n'a jamais cessé de parler des enfants qu'on lui avait enlevés,
volés et
elle nous a toujours dit qu'elle ne les avait jamais abandonnés ».
« Je ne vous ai
jamais abandonnés, je te le jure », les mots mêmes qu'elle a répétés à
Germain,
lorsque enfin, en 1990, il a finalement pu la retrouver, cinq mois
avant sa
mort.
Une mère qui, à
la fin des années «60», avait par ailleurs été victime d'une agression
tout à
fait étrange, lorsqu'on la replace dans le contexte du dossier : « Un
homme
l'avait attaquée et lui avait coupé les deux bras, c'est deux moignons
qu'elle
a tendus vers moi lorsque nous nous sommes retrouvés », se souvient
aujourd'hui
Germain Grégoire, au bord des larmes.
Germain
Grégoire qui a retrouvé des documents attestant que ses parents revenus
ensemble voulaient acheter une maison sur la Côte d'Azur pour réunir la
famille, mais « que Mme Carassus a tout fait pour qu'ils ne nous
retrouvent pas
», explique-t-il, courrier à l'appui.
Autres bizarreries
relevées ? Pourquoi une mère soit disant déchue de ses droits envers
ses cinq
premiers enfants en a élevé cinq autres sans que personne n'y trouve à
redire ?
Et pourquoi
la présidence de la République, occupée
par le général De Gaulle, à l'époque, s'est-elle retrouvée destinataire
des
photos des enfants Grégoire ?
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