Le jour
où la salubrité règnera

Tout comme « un malheur ne vient
jamais seul », les bonnes choses ont également tendance à s’enchaîner. Si
l’insalubrité n’est pas à l’origine de tous les maux d’Haïti, son éradication est
incontournable pour un engagement sur la voie du changement. L’estime de soi est tout aussi importante
pour l’homme que la lutte pour assurer sa survie. Bien sûr, quand les besoins
primaires d’un individu ne sont pas satisfaits ce dernier nourrit rarement de
grandes aspirations, mais on ne saurait mettre la salubrité au rang des grandes
aspirations. La création d’un environnement sain, donc
vivable, plus qu’une nécessité est une obligation pour Haïti. La première
République noire indépendante a fort à faire pour redorer son image et ce
processus passe nécessairement par la salubrité qui est source de fierté, de
dignité et indispensable au bien-être. Certes, les problèmes environnementaux
d’Haïti ne se résument pas simplement à la question de l’insalubrité ; il y a
la déforestation qui est tout aussi préoccupante, l’aménagement du territoire,
et la liste s’allonge. Mais compte tenu de la gravité de la situation, il
convient d’accorder la priorité au problème des déchets qui embellissent nos
rues au point de constituer une entrave à la circulation. De surcroit, il est inacceptable, en plein
21ème siècle, de voir des êtres humains cohabiter avec leurs déchets. Point
n’est besoin de décrire le tableau ! Les déchets sont destinés aux décharges
publiques et ils peuvent aussi être recyclés et transformés en compost, en des
accessoires utiles ou des œuvres artistiques. La responsabilité en incombe aux
gouvernants et aux gouvernés. Il faudra une action commune pour éradiquer ce
mal qui empoisonne l’air que partage l’ensemble de la population. Cela implique
une bonne campagne de sensibilisation, la rationalisation de la gestion des
déchets, la création d’entreprise publique ou privée spécialisée dans le
recyclage, l’aménagement de décharges publiques, le recours à un horaire précis
pour le ramassage des déchets, comme cela les gens n’auraient plus à les
exposer en pleine rue. Le monde étant devenu un village global,
l’insalubrité qui règne dans le pays ne relève pas simplement du domaine
national. Les touristes sont également victimes de cette situation inhumaine, y
compris ceux qui osent faire le voyage et ceux qui se tournent vers d’autres
destinations car Haïti est un pays à découvrir. Garantir la salubrité en Haïti va
déboucher inéluctablement sur d’autres changements positifs et nous n’avons pas
la prétention de jouer les prophètes. Si la mauvaise gestion de l’environnement
constitue une menace pour la survie de l’espèce humaine, l’inverse contribuera
à la préserver. Avec un environnement sain, les haïtiens vont commencer à
prendre conscience de leur humanité et ils vont vouloir de l’énergie, des
infrastructures, ils exigeront du service des instances concernées, ils vont
respecter leur patrimoine et finiront par dégager un consensus autour d’une
vision de société. Á force de dire que tout est prioritaire
en Haïti, les principaux acteurs se laissent prendre dans deux pièges, ou bien
ils veulent tout faire d’un coup, ou bien ils disent ne pas savoir par où
commencer. Commençons par bien gérer nos déchets et la bonne gestion de la
chose publique suivra. Christian Jr Desrameaux
|