|
Augmentation
de 77% : qui rackette les Réunionnais ?

Alors que les
Réunionnais sont confrontés à une grave crise qui se manifeste par une augmentation
de la pénurie d’emploi et un pouvoir d’achat de plus en plus menacé, il existe
un opérateur de la chaîne économique qui insiste malgré tout pour augmenter ses
bénéfices. L’Autorité de la concurrence constate qu’entre 2001 et 2009, la
marge de détail des compagnies pétrolières opérant à La Réunion a augmenté de
77%. Mais pour les bénéficiaires de ce système, ce n’est pas suffisant.
Lorsque
l’Autorité de la concurrence démontre que les marges des pétroliers ont
augmenté de 77% en huit ans, elle désigne le principal responsable de la hausse
des prix des carburants. En effet, cela souligne que la hausse du prix du
pétrole n’explique pas tout car sur la même période, la taxe régionale n’a pas
augmenté.
En pleine
crise, le pouvoir d’achat des Réunionnais sera-t-il encore diminué pour
satisfaire des intérêts particuliers ?
« La
dérive des marges a été particulièrement nette à La Réunion et à la
Guadeloupe », c’est ainsi que
l’Autorité de la concurrence décrit la situation du marché des carburants dans
notre pays. Car entre 2001 et 2009, les documents que cette instance a pu se
procurer démontrent que la marge de distribution des pétroliers a augmenté de
77%. Qui à La Réunion a vu ses revenus augmenter de 77% durant la même
période ?
Au contraire, la situation de la majeure partie de la population s’est
aggravée. L’augmentation de chômage et des prix ont poussé dans la rue des
dizaines de milliers de Réunionnais au mois de mars. Ces grandes actions ont
abouti sur quelques avancées au profit du pouvoir d’achat de tous les
Réunionnais. Parmi ces conquêtes figure la baisse des prix des carburants. Le 9
mars, il n’était plus question de savants calculs, la pression populaire a
obtenu la baisse des prix, qui a été notamment de 15% sur le prix de la
bouteille de gaz.
La
crise s’aggrave
L’État a aussi adopté une mesure de relance du pouvoir d’achat : c’est le
RSTA pour les bas salaires. Il a aussi étendu à l’ensemble des entreprises un
accord salarial régional qui prévoit une augmentation de 50 à 60 euros,
cumulable avec le RSTA. Mais toutes ces mesures ne sont pas encore
opérationnelles, et donc la situation ne s’est pas franchement améliorée depuis
mars. Elle s’est même aggravée puisque la crise provoque la fermeture de
nombreuses entreprises, et donc des licenciements de milliers de travailleurs.
Dans le même temps, les premiers avis d’imposition commencent à arriver dans
les boîtes aux lettres. Dans la plupart des communes, les conséquences de
l’insuffisance des transferts financiers par rapport aux compétences transférées
aux communes se traduisent par une hausse des impôts locaux.
Tous ces éléments font qu’il est difficile d’appliquer la procédure habituelle
pour augmenter le prix des carburants. La rencontre avec les pétroliers suivie
d’un communiqué peut déboucher sur un affrontement frontal avec l’opinion.
Mais les compagnies pétrolières veulent voir leurs marges augmenter, ce qui ne
peut être possible que par une augmentation des prix des carburants.
Une
nouvelle manœuvre
Alors c’est une nouvelle tactique qui est mise en œuvre. Pour cela, le
représentant de l’État utilise tout d’abord une conclusion de la mission de
l’Inspection générale des Finances qui préconise un nouveau mode de calcul. Et
essaie de faire valider cette nouvelle formule par l’Observatoire des prix et
des revenus. Pour tenter de faire passer la pilule, on lance des
chiffres : ce sera 5 cts de plus pour le gasoil et 14 cts de plus pour le
super à moins que l’on mette en œuvre les recommandations de l’IGF. Cerise sur
le gâteau, on entend même sur les ondes du service public le représentant des
pétroliers demander à l’État de faire la transparence s’il veut changer la
formule de calcul. Autrement dit, on tente de préparer l’opinion à une
augmentation qualifiée d’« inéluctable » par RFO. Le préfet pourrait
être le "sauveur". Car s’il arrivait à imposer le nouveau mode de
calcul, la hausse serait moins importante.
Face à ce qui se prépare, des précisions s’imposent.
Tout d’abord, le nouveau mode de calcul aboutit lui aussi à une augmentation
des prix !
Des
"actifs pourris"
D’aucuns insistent sur une hausse moins importante que prévue, mais en pleine
crise du pouvoir d’achat, toute hausse sera perçue comme faire passer les
intérêts particuliers de quelques actionnaires avant l’intérêt général de
800.000 Réunionnais.
Ensuite, les différents rapports ont conclu à des dérives. Cela veut dire que
la base même de ce système de calcul est vicié. C’est sur la base de ces
informations manquant pour le moins de transparence, comme le reconnaissent en
substance les rapports officiels, qu’a été calculé pendant des années un prix
qui a été imposé aux Réunionnais. Le nouveau mode de calcul s’appuie sur ces
bases qui dans d’autres circonstances et sous d’autres cieux s’appelleraient
des "actifs pourris". Une base qui a permis une augmentation de 77%
des marges en 8 ans, intégralement prélevée sur le pouvoir d’achat des
Réunionnais.
Manuel
Marchal
samedi
5 septembre 2009
|
|