|
Les habitants
de l'outre-mer
attendent une autre politique

Les incidents qui ont
agité la Nouvelle-Calédonie au début du mois d'août à propos d'un
conflit
social entre les dirigeants de la compagnie aérienne Aircal et les
militants de
l'Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (Ustke) en
sont une
nouvelle illustration. Les relations restent fragiles entre l'Etat et
ses
territoires d'outre-mer. Toute amorce de tension peut se transformer en
poudrière.
Après la crise
qui, au début de l'année, a paralysé les Antilles, le président de la
République, Nicolas Sarkozy, avait cru pouvoir sortir du conflit en
ouvrant un
large débat sur l'avenir de l'outre-mer. De cette consultation, il
attend des
pistes et orientations pour tenter de faire émerger de nouvelles
relations qui
ne soient plus fondées sur la traditionnelle politique d'assistance.
Lancés en
avril, les Etats généraux de l'outre-mer sont parvenus à une étape
intermédiaire. La phase de concertation, organisée autour de huit
thèmes - le
coût de la vie, la valorisation des productions locales, la
gouvernance, les
grands projets, le dialogue social, l'égalité des chances,
l'environnement
régional, l'identité et la mémoire - auprès des élus, des organisations
patronales et syndicales, des associations et des enseignants s'est
achevée à
la fin du mois de juillet. Un peu plus de 120 000 contributions ont été
déposées sur les forums du site Internet
(www.etatsgenerauxdeloutremer.fr), dont
25 000 émanant de la seule Guadeloupe, malgré les consignes de
"boycott" lancées par le LKP d'Elie Domota.
A l'issue de
cette première étape, Richard Samuel, délégué général à l'outre-mer,
chargé de
la coordination de ces Etats généraux, par ailleurs préfet originaire
de
Guadeloupe, dispose désormais d'un catalogue de propositions et
d'initiatives
émanant des ateliers qui ont planché dans les différents territoires.
Il lui
revient d'en évaluer la pertinence en prévision d'une synthèse
nationale,
prévue le 1er octobre à Paris. Exercice inédit,
une consultation
spécifique a été organisée auprès des ultramarins de métropole - ils
sont plus
d'un million - via notamment leur réseau très dense d'associations.
A l'issue de ce
processus, le gouvernement devrait, lors d'un conseil interministériel
en
octobre, préciser ses orientations et les moyens qu'il entend mettre en
oeuvre
pour assurer un développement durable pour ces territoires qui
s'estiment trop
souvent négligés. L'exercice n'est pas sans risques, tant l'attente à
l'égard
de l'Etat reste forte. Elle l'est d'autant plus qu'après le
"limogeage" d'Yves Jégo, l'ancien secrétaire d'Etat à l'outre-mer et
son remplacement par Marie-Luce Penchard, le gouvernement n'a pas eu
l'occasion
de développer ses priorités.
S'il en était
besoin, les Etats généraux ont confirmé une évidence : il ne peut y
avoir de
politique et de statut unifiés pour l'ensemble de l'outre-mer. Les
anciens
"confettis de l'empire", selon une expression héritée de la
colonisation, attendent des mesures spécifiques qui tiennent compte de
leur
réalité et de leur localisation géographique dans les différents océans.
Pour les
Antilles et la Réunion, cette diversité s'exprime dans le respect de
l'identité
créole, avec la reconnaissance de la langue, de son enseignement et de
sa
diffusion dans des projets culturels ou dans les programmes des radios
et des
télévisions. A Mayotte, dont la population est en grande majorité
musulmane, la
demande porte sur l'inscription de l'arabe comme langue étrangère dans
le cursus
scolaire.
Le centre
culturel Jean-Marie Tjibaou en Nouvelle-Calédonie est un symbole pour
le peuple
kanak. La Réunion, Mayotte, la Guadeloupe, la Guyane, souhaitent
également
pouvoir ancrer leur histoire et l'identité des peuples dans des lieux
de mémoire
qui soient aussi d'études, de recherche et d'échanges.
S'il veut
réduire les inégalités à l'origine des tensions sociales, l'Etat va
devoir
s'attaquer à quelques bastions établis. Le collectif contre la
"profitation" (LKP), en Guadeloupe, avait dénoncé le monopole de
quelques grands groupes de la distribution. La consultation des Etats
généraux
a, parallèlement, rouvert la polémique sur la place et le statut des
fonctionnaires métropolitains, dont les avantages salariaux contribuent
à
maintenir un niveau des prix très élevé.
Pour l'Etat,
cette remise en cause va de pair avec la nécessité de faciliter
l'accession des
ultramarins aux postes à haut niveau de responsabilité, dans le privé
comme
dans le public. Pour assurer cette forme "d'égalité des chances", le
gouvernement devra aussi renforcer considérablement ses efforts en
matière de
formation et d'enseignement supérieur.
Lors de son
déplacement en Martinique et en Guadeloupe, le 26 juin, le président de
la
République a relancé le débat institutionnel sur l'organisation des
territoires. Il a aussi annoncé la préparation d'un référendum dès
2010. Le
renforcement de l'autonomie des collectivités a paru satisfaire les
élus. Il ne
saurait en revanche être la seule réponse aux besoins économiques et
sociaux de
territoires gangrenés par le chômage de masse des jeunes générations.
En ce
sens, la consultation des Etats généraux a favorisé une prise de
conscience :
les habitants de l'outre-mer attendent désormais de l'Etat une autre
politique
que la distribution de crédits d'urgence pour apaiser les crises.
Michel
Delberghe
source
12.08.09
|
|