SCENES DE LA VIE ORDINAIRE A LA MARTINIQUE

Il y
a quelques jours un ami me faisait part de sa crainte devant ce qu’il appela
« une jamaicanisation progressive » de la société martiniquaise et de
me donner l’exemple de ce mariage au cours duquel six voyous cagoulés ont fait
irruption, fusils à pompe à la main. Ils ont alors raflé tous les bijoux des
femmes, y compris des vieilles femmes et même de la mariée ! Je n’ai guère
prêté attention à cette anecdote, de même que je glisse sur les innombrables
articles de « France-Antilles » concernant les vols, les coups de
coutelas ou de fusil. Sans doute est-ce un tort…
C’est
vrai que les intellectuels ou ceux que l’on considère comme tel ne perdent pas
leur temps à lire des papiers consacrés aux « chiens écrasés » selon
l’expression convenue. Jusqu’au jour où…Car ces faits sont comme des symptômes,
des révélateurs de la société, surtout celles qui sont en crise quasi-permanente
comme la nôtre. Et ils ne concernent pas forcément des jeunes ou des gens
connus des services de police.
Il y
a une agressivité grandissante à tous les niveaux de notre société.
C’est
ainsi que je me trouvais l’autre samedi matin à la boutique de station
d’essence de Case-Pilote en train d’acheter des journaux. Je me range
normalement dans la queue. Il y a trois personnes avant moi. La vendeuse sert
la première puis nous annonce que sa caisse est fermée et que c’est la relève.
Puis elle entreprend de comptabiliser une bonne cinquantaine de tickets de
carte bancaire, ce qui provoque un léger agacement chez moi et un
« tjip » si discret qu’elle ne l’entend même pas.
Or,
ne voilà-t-il pas que le client qui est juste avant moi dans la queue et que je
ne connais ni d’Eve ni d’Adam, m’interpelle rudement :
« Vous
auriez fait comment à sa place ? »
Surpris,
je lui réponds calmement :
« Mais
je ne vous ai pas adressé la parole, monsieur. »
« Vous
êtes toujours pressés dans ce pays-là. Pour aller où comme ça ? » se
met-il à gueuler.
« Je
ne vous connais pas monsieur. Epi man pa palé ba’w. » (Je ne vous ai pas
adressé la parole.)
Et
là, il explose :
« Bonda
manman’w ! Ay koké manman’w, misié-a ! »
Je
réplique pareil, mon stock d’injures créoles n’étant pas inférieur au sien même
s’il est Noir bon teint et moi Chaben-prel-si. C’est alors que l’énergumène me
flanque une bourrade, ce à quoi je riposte par ma main dans la gueule.
Stupéfait, il prend les autres clients à témoin et s’écrie :
« Vous
voyez ! Vous voyez, il m’a frappé…Eh ben, je vais chercher quelque chose
pour lui » et il sort de la boutique pour se rendre à sa voiture garée sur
le parking mais à un endroit que je ne distingue pas car entre temps la station
s’est remplie. Je lance alors :
« Eh
bien si c’est comme ça, moi aussi, je vais chercher quelque chose à ma
voiture ! »
Je
sors donc de la boutique et me met à traverser le parking, ma voiture étant
garée assez loin. Ce en quoi je commets une erreur capitale qui aurait pu me
coûter la vie. Je ne prends pas la peine de regarder derrière moi, or
l’énergumène est déjà revenu de sa voiture, brandissant un rasoir et fond sur
moi, me flanquant un violent coup derrière la tête. Je suis presqu’à hauteur de
ma voiture. Un voile noir obscurcit ma vue et je perds conscience durant trente
secondes, tombant comme une souche par terre. Quand je reprends conscience, il
est en train de me bourrer de coups de pied au visage, dans les côtes, sur les
épaules, son rasoir prêt à frapper au cœur. Mais comme je débats, riposte tant
bien que mal avec mes pieds, toujours à moitié groggy sur le sol, il ne trouve
pas le bon angle pour me piquer et continue à me frapper avec rage en
m’insultant. C’est alors que les trois pompistes de la station font semblant de
s’interposer. L’un crie :
« Pa
pitjé’y ! » (Ne le pique pas !)
Il a
fallu finalement l’intervention de clients pour arrêter l’énergumène. Lorsque
les gendarmes arriveront sur les lieux, j’étais parti et quand j’ai eu affaire
à eux, ils m’ont dit texto :
« La
vidéo montre que vous lui avez donné un coup de poing. »
« Ah
bon ? Et elle ne le montre pas en train de m’insulter d’abord, puis de me
flanquer une bourrade ensuite ? »
« Heu
non, la bourrade n’est pas très visible sur la vidéo. En plus, les pompistes
ont déclaré qu’il n’avait pas d’arme. Lui-même a reconnu qu’il est bien allé à
sa voiture chercher une arme mais qu’il n’en a pas trouvée. »
J’ai
préféré sourire, de mes lèvres tuméfiées, face à ces deux gendarmes blancs.
Malheureusement, pendant le passage à tabac, mon passeport contenant mon permis
et ma carte grise ainsi que mon porte-carte contenant ma carte bleue, carte
Vital etc…sont tombés sur le sol sans que je le réalise. Revenu les chercher à
la station une heure plus tard, un pompiste me dit qu’il a vu un client les
ramasser. A ce jour, ledit client ne les a ramenés ni à la police ni à la
gendarmerie. Je précise que la dizaine de clients qui ont assisté à la scène
sans rien dire ni rien faire, hormis deux d’entre eux, n’étaient pas des petits
jeunes de 16-18 ans à tête nattée sur des boosters, mais des Martiniquais moyen
entre 30 et 60 ans.
Telle
est devenue notre Martinique en ce début de XXIè siècle…
Raphael
Confiant source
mardi 25 août 2009
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