"Vous
ne pouvez pas planifier un tel
événement. Il doit être le fruit d'une série de circonstances qui se
rejoignent
mystérieusement". A y regarder de plus près, Woodstock, du 15 au 18
août
1969, a failli ne jamais avoir lieu. Mais l'esprit hippie d'entraide et
de
fraternité a miraculeusement tenu le festival debout !
Michele
Dean était une "fille gentille et comme il faut"
en arrivant
au festival de rock de Woodstock en 1969. Pas pour longtemps... Les
premiers à
accueillir cette lycéenne de 17 ans furent "deux types et
une fille
sortis d'un lac complètement nus". "Ciel! A cette
époque on
n'était pas habitué à ce genre de scènes", s'exclame 40 ans
après la
technicienne de 57 ans qui travaille chez IBM. Puis la foule (près d'un
demi-million de personnes, la clôture de sécurité n'a pas tenu
longtemps) est
arrivée, et avec elle trois jours de rock libéré, beaucoup de drogue et
encore
plus de corps dénudés. "J'ai passé tout le festival bouche
bée",
se souvient Mme Dean. Même 40 ans plus tard, elle reste stupéfaite.
Pour ceux qui étaient là, Woodstock a été un moment magique: il n'y
avait plus
de règles, les hippies avaient pris le pouvoir et des géants du rock
comme Jimi
Hendrix étaient à leur zénith. Woodstock, c'était un vrai miracle,
explique Mel
Lawrence, un des directeurs du festival organisé à une centaine de
kilomètres
de New York.
Comment Woodstock a failli ne jamais
avoir lieu ?
Le festival a failli capoter lorsque des habitants de Wallkill, près de
la
petite ville de Woodstock où les concerts devaient avoir lieu à
l'origine, ont
tout d'un coup retiré leur permission. Un nouveau site a été trouvé
dans une
ferme de Bethel, non loin de là. Avec moins d'un mois pour installer la
scène,
la sono, la logistique pour accueillir des dizaines de milliers de
personnes
et... l'électricité. "On avait seulement 28 jours pour
monter le site.
Il y a eu une vingtaine de jours de pluie, on n'avait plus d'argent,
mais on
l'a fait", rappelle Mel Lawrence.
Festivaliers et
riverains ont aidé des organisateurs dépassés
Et les défis ne faisaient que commencer pour les organisateurs qui
avaient
prévu 100.000 personnes et qui ont dû en gérer quatre fois plus. Quand
la
barrière de sécurité est tombée, le festival est devenu un événement
gratuit.
Les routes étaient tellement bouchées que beaucoup y abandonnèrent
leurs
véhicules. Sans oublier qu'il y avait peu de sanitaires et quasiment
pas
d'abris. "Et puis à un moment, le deuxième jour, il n'y a
plus rien eu
à manger", se rappelle Mel Lawrence.
Face au chaos qui se dessinait, les organisateurs pas très organisés,
les
leaders de la contre-culture, les esprits conservateurs du coin et des
tonnes
de fans de rock rassemblés pour l'occasion se sont serré les coudes.
Les
habitants ont fourni des provisions, les organisateurs ont obtenu des
cargaisons d'assiettes en carton, rendant possible le fameux "petit-déjeuner
au lit pour 400.000 personnes" servi dans un champ inondé
par la
pluie.
Drogue : même les policiers étaient
"stones" à cause de la
fumée des autres
Michele Dean se souvient de spectateurs montrant un vrai esprit hippie,
partageant tout, sans mauvaises vibrations. Quand deux jeunes
commençaient à se
battre, "les gens les entouraient et les deux types
s'arrêtaient en se
serrant dans les bras", se souvient-elle. Une bonne part de
cet
esprit "peace and love" tenait sans doute aux nuages de marijuana qui
flottaient. "Je dirais que la moitié des gens prenait de la
drogue", témoigne l'ancien policier Robert Fink. "C'était
partout. Il n'y avait pas besoin de fumer pour être dans les vapes".
L'ex-policier, 73 ans aujourd'hui, était censé rejoindre son poste,
installé
dans une caravane. "Au moment où je suis arrivé, c'était
trop tard. Ce
n'était plus possible de rentrer, les voitures ne pouvaient même plus
se
garer". S'il y était parvenu, comment aurait-il pu arrêter
l'équivalent d'une petite ville ? "Ce n'était pas possible",
répond-il. "C'était un instant sauvage".