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Fesman
: Doit-on occulter la dimension Arabe de la culture noire ?

Dès sa première
édition, le festival n’a été qu’une succession de nuits folkloriques où
régnaient les tambourins. Et des pas de danse plus ou moins bizarres, voire
diambiques. Ces grands du monde noir n’y ont jamais pris part. S’ils n’en ont
pas été écartés ! Je pense à des sommités comme PELE, Cassius CLAY (MUHAMED
ALY), RAY CHARLES, MARTIN LUTHER KING, MALCOM X, SIDNEY POITIERS, HARRY
BELAFONTE, ALBERT LUTHILI, DESMOND TUTU, MANDELA, CAMARA LAYE, KWAME NKRUMAH,
JULIUS NYERERE et même - tenez-vous bien - CHEIKH ANTA DIOP.
L’organisation n’a jamais tenu compte de la première critique du Prix Nobel de
Littérature Wole SOYINKA. Expression simple, mais combien profonde : «Le tigre
ne crie pas sa tigritude, il griffe». En d’autres termes, il ne faut pas se
contenter de paroles superficielles (même bien distillées). C’est d’action en
profondeur que nous avons besoin. Ayant été aux côtés du Chef de l’Etat, Me
Abdoulaye WADE, au siège des Nations Unies à New YORK pour le lancement du
FESMAN, je me demande aujourd’hui si l’objectif était de faire adhérer la
diaspora vivant aux Amériques. Si tel est l’objectif, le résultat sera nul. Car
rien n’est fait à cet effet. En outre, si l’objectif était de conscientiser le
continent, la chose parait, aujourd’hui, bien sénégalo-sénégalaise.
Pour en venir à
la dimension arabe de la chose africaine, il y a lieu de rappeler que le Yémen
(berceau des Arabes), le sud de l’Arabie et l’actuel sultanat d’Oman ont presque
toujours fait partie de l’Abyssinie. D’ailleurs, c’est du Yémen que régnait la
Reine de SABA. C’est le lieu où fut érigé le premier barrage permettant la
rétention des eaux de la rivière Aarym, pour les cultures de contre-saison. Sur
les vestiges de ce barrage, l’on trouve des inscriptions en Ghez, langue
d’Abyssinie, probablement ancêtre des langues sémites que sont l’Arabe,
l’Hébreu et même l’Araméen parlé par JESUS. Cette langue africaine était écrite
avec des idéogrammes, dont l’alphabet a fortement inspiré les écritures arabes,
grecques et même latines.
La Mecque, en
tant que centre spirituel, a vu les prêtresses éthiopiennes dominer ce
sanctuaire durant les périodes qui ont précédé l’ISLAM. La montagne qui jouxte
la KA’ABA s’appelle le Mont des Abyssins. La KA’ABA, elle-même, doit être
toujours habillée d’une étoffe noire. Couleur sacrée. La pierre angulaire du
sanctuaire s’appelle Pierre Noire ou Pierre du Noir. Nous savons que la
littérature arabe antéislamique était dominée par les sept plus grands poètes
arabes de tous les temps. L’un des plus célèbres parmi eux, le prince noir
Antar, chantait déjà sa couleur dont il était fier :
« Par ma
couleur, comme la nuit, à mes ennemis, je fais peur. Par mon immensité, je les
absorbe. Et, ainsi, en moi, je sens leur torpeur». D’ailleurs l’Arabe est la
seule langue où le mot Noir et Seigneur découlent de la même racine
linguistique : saada, yaa suudu ; si yaadatan (seigneurie) sa waadan (noirceur)
Le premier khalifat noir
Combien savent qu’au IXème siècle, un khalifat noir fut fondé autour de
l’actuelle ville de Bassorah ? Qu’il s’étendait jusqu’à l’actuel royaume de
Bahreïn et jusqu’à la région iranienne du Khûzistân? Le Roi ALI, surnommé
Shirzanj -le Lion Noir- y avait bâti monnaie et organisé une armée régulière
qui avait résisté à trois khalifes Abbassides de Bagdad. L’un après l’autre,
ils finirent par reconnaître, de facto, sa souveraineté sur cette zone. Durant
une période qui s’étala sur 20 ans. Le Roi ALI avait même renversé la pyramide
généalogique.
Au point que
seul un Noir pouvait être Chérif et se réclamer du PROPHETE (L’Homme au Turban
et à l’Etendard noirs). L’influence de ce khalifat traversa la Mer Caspienne,
pour voir ses plénipotentiaires atteindre la cour de Russie. Un FESMAN où des pans
de la géographie, de la religion, de la culture sont occultés, est-il celui que
nous devons célébrer ? Une influence qui a fait que le PROPHETE de l’ISLAM ait
choisi la couleur noire pour son étendard et son turban, pour se distinguer
(Lui et Sa Descendance) des autres, ne doit pas être occultée. A moins qu’il ne
s’agisse de profiter d’une occasion pour faire la promotion d’un certain
paganisme, auquel l’on aura voulu donner une couleur obscure.
Ahmed Khalifa Niasse
Président du Présidium du F.
5/06/09
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