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Locarno, inspiré de faits réels

 festival de Locarno

Le festival de Locarno bénéfice du privilège d’être situé à un moment de l’année où la concurrence en matière d’actualité culturelle est faible. Nos amis d’Avignon ont démonté leurs tréteaux (je crois que ça se passe comme ça, au théâtre), les rock stars se sont réfugiées dans leurs paradis fiscaux respectifs, on peut chaque année parler tout à loisir de ce festival suisse, lacustre (sur les rives du Lac Majeur) et italophone. Il suffit donc de lire un quotidien français au début du mois d’août (pratique devenue assez minoritaire) pour savoir que le symbole de la manifestation est un léopard et que chaque soir, un ou deux films sont projetés en plein air sur la Piazza Grande, qui peut accueillir 8000 spectateurs, alignés devant le plus grand écran d’Europe (26 mètres de large).

Les projections sont annoncées à 21h30, en attendant les spectateurs  qui sont arrivés de bonne heure pour s’asseoir au meilleur endroit sont filmés par des caméra alignées sous l’écran géant. Ils voient ainsi leur physionomie multipliée par 20. Certains prennent l’air embarrassé, la majorité adopte une physionomie réjouie et décontractée. A l’heure dite, les caméras se braquent sur l’horloge du clocher, et la séance commence.

Celle du 7 août a vu le vieux maître de l’anime japonais Isao Takahata recevoir un trophée des mains du plus tout jeune maître de l’animation française Michel Ocelot (on projetait le merveilleux Pompoko en deuxième partie de soirée). Ensuite, toute l’équipe est venue présenter le film allemand Unter Bauern/Retter in der Nacht (Chez les paysans, sauveurs dans la nuit). Réalisé par un Hollandais, Ludo Boeken, le film raconte comment trois membres de la famille Spiegel, piliers de la communauté juive de Ahnen en Westphalie, ont été cachés par des fermiers de la région pendant les deux dernières années de la second guerre mondiale.

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photos : Francesca Palli

Sur la scène et, simultanément, sur l’écran géant on a découvert une grande actrice blonde, Veronica Ferres et une petite dame qui semblait bien vieille mais dont on a eu du mal à croire qu’elle avait 97 ans. Marga Spiegel a écrit un livre (”en 1962, mais il est toujours en vente”, a-t-elle lancé aux spectateurs) racontant son sauvetage, et est venue sur le tournage du film de Ludo Boeken. A ses côtés une dame un peu moins vieille est restée silencieuse. Anni Aschoff, la fille des fermiers, à l’époque membre de la jeunesse hitlérienne.

Plutôt que sur la scène ou se tenait cette assemblée hors du commun, le public de la Piazza Grande avait les yeux rivés sur le grand écran où ces silhouettes prenaient des proportions surhumaines. Après ce moment intense et impur qui mélangeait la vérité de la mémoire et les rituels du spectacle, les images de cinéma sont arrivées. Ce n’est pas le lieu d’écrire une critique, mais la fiction n’a pas été à la hauteur.

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