Front Syndical de Classe
Site :
www.frontsyndical-classe.org - Courriel « Rien ne fait plus de mal aux travailleurs que la
collaboration de classes. Elle les désarme dans la défense de leurs intérêts et
provoque la division. La lutte de classes, au contraire, est la base de
l'unité, son motif le plus puissant. C'est pour la mener avec succès en
rassemblant l'ensemble des travailleurs que fut fondée la CGT. Or la lutte de
classes n'est pas une invention, c'est un fait. Il ne suffit pas de la nier
pour qu'elle cesse : renoncer à la mener équivaut pour la classe ouvrière à se
livrer pieds et poings liés à l'exploitation et à l'écrasement. »
H. Krazucki
Luttes, 49ème congrès de
la CGT : militants du terrain,
tout dépend de vous 
C'est à partir des
années 1980 avec l'arrivée de la « gauche de gouvernement » aux
affaires que la confédération CGT entre de plain-pied dans la théorie portée
par la social-démocratie européenne : rompre avec le capitalisme n'est
plus une nécessité mais il s'agit d'espérer le transformer en intervenant dans
sa gestion. Place donc désormais à la négociation et à l'entente avec le
Capital, qui vit de l'exploitation de la force de travail des salariés, afin de
faire accepter une exploitation « décente »,
« responsable », « sociale » voire « durable »,
sans remettre en cause le pouvoir de ce Capital qui s'appuie sur sa propriété
des moyens de production et d’échange pour casser l'emploi et les salaires, le
droit du travail, pour délocaliser...
Rendre le capitalisme
« social » tout en laissant aux capitalistes les commandes réelles,
voilà, sous couvert de modernité et d'adaptation à la réalité, cette quadrature
du cercle qu'est la collaboration de classes devenue stratégie de l'état-major
CGT, laissant sur le bord de la route l'orientation de naissance du
syndicalisme de classe : mener la lutte de classe en rassemblant les travailleurs,
lutter au jour le jour pour augmenter la part du travail payé et réduire
l’exploitation capitaliste, en rappelant qu’il n'est possible d’en finir avec
cette exploitation que par la socialisation des moyens de production et
d'échange.
Fin août 2009, après
30 ans de reculs sociaux considérables, les symboles de ce syndicalisme
perdant, B. Thibault et F. Chérèque, lors des « rencontres
estivales » de la CFDT, déclarent main dans la main que les
« manifestations ont montré leurs limites ». Ils refusent
l'organisation d'une journée nationale de grève et entendent obtenir des
« inflexions » à la politique du gouvernement (B. Thibault) et ne pas
sous-estimer les « avancées obtenues » (F. Chérèque), sous les
applaudissements de la Confédération Européenne des Syndicats qui ne cesse de
promouvoir l'accompagnement syndical du capitalisme, en pleine déroute dudit
capitalisme.
La situation des
travailleurs (travail du dimanche, casse des retraites et de la Sécu, chômage
de masse et délocalisations, baisse des salaires et explosion de la précarité,
casse des services publics et du statut de la Fonction publique (Education,
Poste, Hôpitaux...), répression anti-ouvrière) serait-elle si bonne qu'on se
félicite des « avancées » ou qu'on quémande seulement des « inflexions »
?
Comment ne pas
comprendre alors la colère des nombreux syndiqués et travailleurs constatant
que la forte combativité populaire du premier semestre 2009, des ouvriers de
l'automobile aux étudiants et aux universitaires, en passant par les électriciens-gaziers
ou les marins-pêcheurs a été menée dans l'impasse par une stratégie aberrante
de refus des luttes débouchant sur le fiasco de la journée du 13 juin ? Ou que
l'exemplaire lutte de Guadeloupe et de Martinique, prenant forme de grève générale,
n'a jamais été défendue par les directions confédérales ? Comment ne pas
soutenir l'expression de nombreux délégués syndicaux d'entreprises en lutte
contre les fermetures d'usines qui ont été laissés seuls face au patronat et au
gouvernement et à qui a été refusée pendant des mois la construction d'actions
convergentes, notamment dans le secteur de l'automobile ? Et qui en prime ont
été dénigrés par des secrétaires confédéraux CGT expliquant que leurs luttes
« radicales » n'étaient pas des exemples à suivre, qu'elles
risquaient de desservir l'action syndicale et que la grève générale était
proscrite car « le grand soir c'est dans les livres ».
Bien entendu, le refus
de la lutte et de l'unité des travailleurs dans l'action pour gagner n'est
guère surprenant venant de dirigeants de la CFDT, qui, de 1995 à aujourd'hui en
passant par 2003, ont pour mission de casser toute mobilisation et de signer
les accords les plus régressifs avec les gouvernements et le patronat.
Mais alors que les
syndicats et les militants CGT de base se battent avec acharnement contre la
casse sociale et l'exploitation patronale, la ligne d'abandon des principes de
classe est en passe de tuer la « grande dame » combative de 1936,
1945 ou 1968 à qui les travailleurs de France et leurs acquis doivent tant. Au
point que la direction confédérale actuelle portera une lourde responsabilité
dans la perte d'acquis sociaux résultant de près d'un siècle de combat dont
certains ont été gagnés par le sang des résistants contre l'hitlérisme.
Alors que la crise et
l'offensive antisociale du Medef, du gouvernement et de l'UE vont encore
s'accentuer, le moment est venu de rompre avec cette orientation désastreuse
pour les travailleurs et pour la CGT elle-même. Cela suppose que les bouches
s'ouvrent, en particulier dans l'optique du 49ème congrès CGT du
mois de décembre.
En effet, le document
d'orientation préparé par la direction confédérale reprend l'essentiel de son
analyse de ces dernières années : évacuation de la lutte des classes au profit
de l'intervention dans la gestion, célébration du syndicalisme rassemblé mais
impotent, de ses résultats (!) et de l'action de la CES. Aucune autocritique,
la stratégie est la bonne, il faut l'amplifier.
Mais un problème de
taille se pose que révèlent les nombreuses prises de position d'organisations
et de militants de base CGT. Cette réalité est d'ailleurs confirmée par
l'enquête diligentée par la Confédération en juillet auprès des UD et des Fédés
et dont les remontées sont très claires : si la ligne est approuvée par
l'appareil permanent, elle ne passe pas dans les syndicats : « nous
avons du mal à être écoutés », déplorent les cadres intermédiaires.
Rien de plus logique
alors pour la direction confédérale : si la base résiste, c'est qu'il y a un
problème d'efficacité, c'est que les structures, qui laissaient s’exprimer la
base, sont obsolètes. Le document d'orientation propose en conséquence la
remise en cause des syndicats d'entreprise et du fédéralisme et programme leur
remplacement par de nouvelles structures « à la carte » validées par
une commission confédérale d'affiliation en fonction de leur adaptation à la
ligne confédérale. Adieu donc à ce qui a fait la richesse de la CGT : la conf'
n'est plus la coordinatrice mandatée par la base mais, depuis Montreuil et les
bureaux de la CES à Bruxelles, elle dirige, valide ou exclut : la démocratie
syndicale est supplantée par le centralisme bureaucratique.
Ainsi serait
définitivement verrouillé le recentrage confédéral et, après la mise en place
du Cogetise au congrès précédent, l'état-major confédéral disposerait de tous
les moyens pour mettre au pas les organisations de base encore largement
imprégnées de lutte de classes – avant de les exclure.
L'enjeu est de taille
pour les syndiqués CGT et, au-delà, pour l'ensemble des travailleurs. Mais les
jeux ne sont pas faits car la résistance à la dérive confédérale progresse, à
mesure que s’accumulent les dégâts occasionnés par sa stratégie d'accompagnement
de l'offensive capitaliste. De nombreuses entreprises cherchent à bâtir une
coordination des luttes à partir de l'appel des New Fabris ; de nombreux
syndicats de base de la Chimie et de la Métallurgie de la filière automobile
ont réussi à obtenir de leurs fédérations l'organisation d'une journée d'action
avec grèves et rassemblement le 17 septembre devant la Bourse à Paris, qui peut
créer une dynamique et favoriser d’autres mobilisations public/privé sur les
salaires, les retraites, la protection sociale etc..
C'est pourquoi le
49ème congrès peut et doit être autre chose que ce que veulent en faire les
stratèges de Montreuil. Souvenons-nous de la défaite cuisante du bureau
confédéral au sujet du référendum européen de 2005.
Cela suppose qu'à
l'exemple de la CGT Continental, de la CGT Goodyear Amiens ou de l'UL CGT de
Douai, les bouches continuent de s'ouvrir à la base et que des liens se tissent
pour unir toutes les forces qui entendent se battre pour la défense du syndicalisme de classe. Le Front
Syndical de Classe poussera de toutes ses forces en ce sens et propose d'ores
et déjà une rencontre publique unitaire à la fin du mois d'octobre.
Enlisement réformiste
à marche forcée ou renouveau sur des bases de classe et de masse : du
développement des luttes en bas et de l'intervention des
syndiqués dépendent l'avenir de la grande CGT et des acquis des
travailleurs.
Le bureau, 31 août 2009
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