Aucun
élément rationnel ne justifie les décisions du Conseil d’État Le Conseil
d’État ne ressort pas
grandi de la décision d’annuler les élections à Saint-Louis, Saint-Paul
et
Saint-Leu. Aucune des décisions ne se base sur la rationalité, et
chacun
constate qu’elles aboutissent à redonner une chance à Cyrille
Hamilcaro, Alain
Bénard et Jean-Luc Poudroux, trois sortants battus dans les urnes qui
ont comme
point commun d’être des dirigeants locaux de la droite. Est-ce le
retour sur le
devant de la scène d’une certaine logique qui prévalait à l’époque de
la
répression, quand le Conseil d’État établissait des jurisprudences pour
couvrir
les fraudeurs afin d’empêcher les Réunionnais d’élire leurs
représentants au
suffrage universel ?
Au
lendemain
des élections de mars 2008, plusieurs recours ont été déposés.
Concernant La
Réunion, le juge des élections a prononcé plusieurs annulations.
L’opinion est
étonnée de l’invalidation des municipales de Saint-Louis et de
Saint-Paul,
ainsi que de la cantonale de Saint-Leu 2, eu égard aux arguments
discutables
qui sont avancés.
À Saint-Louis, il est question
d’un protocole d’accord entre deux personnes
avant le deuxième tour. Systématiquement, dans une élection au scrutin
majoritaire à deux tours, lorsqu’il y a un deuxième tour, il y a
négociations
entre candidats éliminés dès le premier tour et ceux qui restent en
lice. Ces
négociations entre les deux tours d’une élection débouchent toujours
sur un
protocole. Nier cela, c’est nier la vérité. Quand bien même ce document
ait été
rendu public, cela débouche sur un jugement curieux. Il considère que
le
candidat éliminé au premier tour est le propriétaire des suffrages
qu’il a
obtenu à ce scrutin, et que donc tous ceux qui ont voté pour lui vont
automatiquement reporter au second tour leurs votes sur la liste que
soutient
le candidat éliminé au premier tour.
Or, chacun a pu constater que
le deuxième tour est marqué par une participation
plus importante qu’au premier tour. Il y a davantage de suffrages
exprimés.
Cette réalité explique à elle seule l’augmentation du nombre de voix
obtenue
par les deux listes en présence au second tour.
Autrement dit, l’annulation
des municipales de Saint-Louis ne repose sur aucune
rationalité.
Aucune
rationalité à Saint-Louis, Saint-Paul et Saint-Leu
À Saint-Paul, le maire en place est battu. Il prend prétexte d’un
élément
constaté de dysfonctionnement au moment des élections pour déposer un
recours.
Ce recours se base sur des signatures différentes pour un même électeur
aux
deux tours de scrutin.
Tout d’abord, personne ne peut
ignorer que La Réunion compte 120.000 illettrés.
Ces personnes qui n’ont pas reçu du système éducatif une formation
suffisante
pour lire et écrire ont donc automatiquement du mal à signer, et encore
plus à
reproduire la même signature une semaine après.
Cela permet de mettre le doigt
sur l’élément principal de cette affaire. S’il y
a entorse au Code des élections, la police des élections appartient au
président du bureau de vote et ses assesseurs. Le président du bureau
de vote a
été nommé par le maire en place, et l’assesseur qui vérifie la validité
des
signatures était aussi nommé par Alain Bénard. C’était à ce dernier, et
au
président du bureau, de vérifier sur le champ l’entorse au Code des
élections
liée à la différence de signature, de la consigner dans un procès
verbal et de
compter ce suffrage comme nul.
Le juge aurait donc pu compter
ce suffrage comme nul, mais à aucun moment il ne
pourrait penser que cela a favorisé l’élection du candidat vainqueur.
Aucun
élément concret vérifiable ne permet de conclure sur cette hypothèse.
Là encore, cela ne repose sur
aucune rationalité. Le seul élément avéré est en
effet la défaillance de la police de l’élection, placée sous la
responsabilité
du président de bureau de vote désigné par le maire battu. C’est donc
uniquement le responsable de la police des élections qui devrait être
sanctionné, donc Alain Bénard.
Annulation
pour rumeur de sorcellerie !
L’annulation de l’élection d’Isabelle Poudroux au Conseil général est
tout
aussi marquée par le sceau de l’irrationnalité. En effet, le motif
d’annulation
validé par le Conseil d’État est une rumeur de sorcellerie qui aurait
profité à
Isabelle Poudroux. L’élue aurait bénéficié de votes favorables au motif
qu’une
rumeur d’accusation de pratique de sorcellerie visait Jean-Luc Poudroux.
Le juge n’a aucun moyen de
vérifier la traduction d’une rumeur en voix. C’est
sans doute la première fois dans l’Histoire de la République qu’une
élection
est annulée sur la base d’une rumeur de sorcellerie. Est-ce à dire que
les
juges du Conseil d’État considèrent que les Réunionnais sont
suffisamment
incrédules et immatures qu’ils votent en fonction d’une accusation de
sorcellerie ?
Il est à noter qu’à Saint-Leu,
la rumeur concernait aussi les municipales et
l’élection dans l’autre canton. Si le motif invoqué avait été juste,
alors les
deux autres élections auraient été annulées. Puisque tel n’est pas le
cas, il
faut que d’urgence le Conseil d’État dise à partir de quand une rumeur
en
sorcellerie est susceptible de fausser le résultat d’une élection. Le
Conseil
d’État ira-t-il jusqu’à publier un barème mettant en rapport le grief
invoqué
et le nombre de voix qui est en jeu ?
Trois
dirigeants de la droite remis en selle
Tous les observateurs de la vie politique à La Réunion restent en tout
cas
étonnés du particularisme dont fait preuve le jugement du Conseil
d’État. Mais
ce n’est pas un fait historique nouveau. Dans le passé, La Réunion a
beaucoup
servi à constituer la jurisprudence du Conseil d’État lorsque ce
dernier
couvrait les fraudes massives dont étaient victimes tous les
progressistes à La
Réunion.
Légitimement l’opinion
s’interroge : n’est-ce pas l’utilisation de la même
logique qui prévalait dans le passé, en l’adaptant à la donne de la
situation
actuelle.
Car le résultat de ces
jugements, c’est qu’ils créent les conditions pour
tenter de ramener Cyrille Hamilcaro à la Mairie de Saint-Louis, Alain
Bénard à
Saint-Paul et Jean-Luc Poudroux au Conseil général. Comme par hasard,
ces trois
battus dans les urnes remis en selle par une décision de justice sont
trois
responsables de la droite locale. Personne ne pourra empêcher l’opinion
de
penser que c’est là que se situe l’objectif des décisions du Conseil
d’État.
Devant une telle
irrationalité, le Conseil d’État ne sort pas grandi de sa
fonction de juge des élections en dernier ressort.
Manuel
Marchal
jeudi 13
août 2009
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