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Kasaï Occidental : des
vieillards emprisonnés pour prétendue sorcellerie

Au lieu d’être protégées dans des homes pour vieillards, les personnes
du troisième age accusées de sorcellerie sont arrêtées et jetées dans une
prison à Mushenge, une localité du territoire de Mweka. Elles y subissent des
tortures physiques et morales.
Ils disent que je suis sorcier, et que c’est moi
qui suis responsable de l’accident de train qui a coûté la vie à mon neveu,
confie Mingashanga Ngolo, 69 ans, condamné depuis 2005 par les autorités
traditionnelles à passer le reste de ses jours dans la prison pour sorciers, au
centre de Mushenge, une localité du territoire de Mweka, à environ 300 km au
nord de Kananga, chef- lieu de la province du Kasaï Occidental.
Depuis 2006, 120 vieillards, femmes et hommes, sont incarcérés dans ce bâtiment
où ils subissent des tortures physiques et morales perpétrées par la garde
rapprochée du chef Nyimi, le roi du peuple Kuba qui a lui-même créé cette
prison dans cette partie du pays. « Ils peuvent nous tuer ici chaque jour
ils ne cessent de nous répéter que nous sommes sorciers, et que nous devons
travailler sans pitié», témoigne Shamakwete, l’une des plus anciennes détenues.
Avant d’être jeté en prison, le vieillard est mis à la disposition du village
et chacun lui inflige une sanction au choix gifle, coups et voire blessures.
Ensuite, il part en prison sous prétexte de le protéger contre la colère du
village, qui risquerait de te tuer, comme cela se faisait dans le temps,
explique Minga, un membre de la famille royale.
Travail et chicotte
La vie dans le milieu carcéral est dure. Les contacts avec l’extérieur sont
interdits aux vieillards dits sorciers. Selon les gardiens, eux-mêmes risquent
d’être condamnés pour trahison en cas d’évasion d’un prisonnier. Ils devraient
alors prendre la place de celui-ci. « Pas de visites. En cas de fuite,
nous risquons notre propre vie », s’exclame un greffier près la prison de
Mushenge, qui a requis l’anonymat. « La maison carcérale située en face du
siège administratif de l’Etat est ceinturée depuis 2008 d’un enclos en pisées
et en bambous de Chine. C’est une façon de limiter la curiosité des
passants », affirme un témoin.
Les vieillards en détention perdent presque tous leurs droits, y compris aux
soins de santé. « Ils font semblant d’être malades, mais quand on prend le
fouet, tout le monde est debout », confie un gardien.
Chacun doit, à chaque saison, cultiver un champ de maïs d’au mains un hectare.
D’autres travaux sont aussi imposés, tels que fabriquer un à dix grands et
luxueux tapis en raphia appelés dishanga, en langue locale kuba. Mboma, une
prisonnière, en témoigne : « aller au champ et fabriquer des tapis est obligatoire
pour tout le monde, même quand on a des douleurs », s’inquiète-t-elle. Les
moins actifs s’exposent à la chicotte administrée par les gardes.
Malheureusement pour eux, les vieillards prisonniers ne profitent pas de
revenus de leurs travaux. Tapis et maïs sont remis aux cousins, oncles et
autres proches de la famille régnante qui, au nom du roi Nyimi de Bakuba, en
font ce qu’ils veulent : les vendre à Kananga, à Lubumbashi ou ailleurs, ou les
donner en cadeau aux connaissances et amis, localement ou à l’étranger.
« CeIa fait partie de leur peine, il n’y a pas a discuter », ajoute
le garde.
Loi du silence
Le combat pour le respect des droits des personnes du troisième âge que l’on
accuse de sorcellerie dans cette partie de la province du Kasaï Occidental n’a
pas encore commencé. Nombre des ressortissants du territoire de Mweka
considèrent que les personnes extérieures qui tentent d’aborder la question de
la prison des sorciers à Mushenge exagèrent.
Bope Mingambengele, enseignant et chercheur dans divers établissements
supérieurs et universitaires de la ville de Kananga, et qui est en même temps
l’un des intellectuels issus de cette contrée, le confirme : « Il ne faut
pas dramatiser cette situation.
C’est juste une sanction coutumière contre les membres de la communauté qui ont
abusivement usé de la sorcellerie pour nuire. Les gens ne peuvent pas accepter
que les vieillards censés protéger la communauté se mettent à la détruire. II
faut sanctionner les déviants »
L’information sur l’incarcération des vieux dits sorciers à
Mweka circule dès lors timidement. Ni les organisations de défense des droits
de l’homme ni les structures n’en parlent à haute voix. Seuls quelques
journalistes et commerçants curieux passés par Mushenge en discutent entre eux.
Le même mutisme est observé du coté du gouvernement comme du parlement
ouest-kasaien. Les élus des circonscriptions du territoire de Mweka n’en ont
jamais fait mention dans l’un de leurs rapports des vacances parlementaires.
Do longues et discrètes démarches menées conjointement par
des familles et quelques activistes des droits de l’homme permettent cependant
d’envisager la libération prochaine de quelques-uns de ces prisonniers.
(CL/Yes)
Syfia Grands Lacs/Le Palmarès
Kinshasa, 29/08/2009 /
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