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A Cuba, des santéros purifiés avec de la bière pour le carnaval

Son corps bougeant au rythme endiablé des tambours sacrés, Santos Ramirez prend une lampée de bière qu'il recrache aussitôt sur un énorme lampion que fait tourner un homme aux habits colorés, rituel ancestral de purification de la santéria pour le carnaval de La Havane.

LA HAVANE — Son corps bougeant au rythme endiablé des tambours sacrés, Santos Ramirez prend une lampée de bière qu'il recrache aussitôt sur un énorme lampion que fait tourner un homme aux habits colorés, rituel ancestral de purification de la santéria pour le carnaval de La Havane.

"Nous nous purifions du mal avant d'aller au carnaval en baptisant les +farolas+ (lampions)", raconte Santos Ramirez, 36 ans, arrière petit-fils du créateur d'une célèbre troupe carnavalesque, "Le Scorpion", qu'il dit "autant culturelle que religieuse".

Le "baptême des lampions" est effectué chaque année, le jour de la fête d'Obbatala, créateur de l'humanité dans le panthéon de la santéria, dans le quartier ouvrier d'El Cerro (centre), l'un des plus pauvres de la capitale de 2,3 millions d'habitants.

"C'est un rituel très important" de la santéria, issue d'un syncrétisme du culte des Yorubas d'Afrique - introduit par les esclaves - et du catholicisme, "parce qu'il nous assure pouvoir et chance, mais aussi parce que c'est une façon de préserver nos traditions et de respecter nos ancêtres", explique pour sa part Wilber Cruz, un jeune homme de 24 ans vêtu de rouge et blanc, couleur du dieu du feu, Chango.

Il fait tourner sur ses genoux un énorme lampion, dont certains pèsent jusqu'à 45 kg, tandis que des danseurs ayant pris les couleurs des divinités de la santéria crachent dans sa direction de la bière ou du rhum.

Créé en 1908, "Le Scorpion" tire son origine de la légende d'une esclave noire qui, au XIXe, s'était faite piquer par cet animal dans une plantation de canne à sucre. Une lanterne à la main, hommes et femmes étaient alors partis à la recherche du scorpion pour le tuer.

Héritier de cette troupe carnavalesque se transmettant de génération en génération, Santos Ramirez regrette que les restrictions économiques sur l'île communiste l'aient obligé à réduire cette année le nombre de lampions.

Son corps bougeant au rythme endiablé des tambours sacrés, Santos Ramirez prend une lampée de bière qu'il recrache aussitôt sur un énorme lampion que fait tourner un homme aux habits colorés, rituel ancestral de purification de la santéria pour le carnaval de La Havane.danseuse pour le carnavalfamille

"Nous avons 15 lampions, mais c'est avec beaucoup de difficultés que nous avons réussi à en mettre neuf sur pied pour le carnaval", dit-il.

Le coup d'envoi du carnaval a été donné vendredi dernier sur le boulevard du front de mer, le Malecon, pour la plus grande joie des Havanais qui cherchent à oublier un instant leurs problèmes quotidiens.

"En tant qu'Havanaise, j'aimerais que le carnaval redevienne ce qu'il était autrefois, mais les conditions économiques ne le permettent pas", dit à l'AFP la chef de la section culturelle du quartier El Cerro, Barbara Ruiz.

Ce carnaval n'a absolument rien du faste qui accompagne par exemple celui de Rio de Janeiro au Brésil et il n'y a désormais plus de compétitions entre les troupes bigarrées qui défilent au rythme de la musique conga.

Lors du carnaval de 1912, la victoire des danseurs du Scorpion sur ceux de L'Epervier avait causé de violents affrontements entre deux quartiers rivaux et entraîné l'interdiction des défilés de "comparsas" pendant plus de 20 ans.

Victor Marrero, 78 ans, a commencé à danser à l'âge de neuf ans dans la troupe du Scorpion.

"C'est toute ma vie et le jour où il n'y aura plus +Scorpion+, je vais mourir", dit l'interprète du "sorcier noir" qui, grâce à ses connaissances, réussit à découvrir le scorpion qui avait piqué l'esclave.la trou

 
De Rigoberto DIAZ (AFP)

4/08/09