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Staline a voulu la fin de l’Eglise gréco-catholique
d’Ukraine

La découverte d’une lettre de Khrouchtchev au maître du
Kremlin confirme de vieux soupçons
On soupçonnait depuis longtemps la main du Kremlin derrière les manœuvres qui
aboutirent en 1946 à la suppression de l’Église gréco-catholique d’Ukraine (1).
Cette communauté de plusieurs millions de fidèles, dont le lien avec le Vatican
était perçu comme un danger, fut alors intégrée de force, dans l’Église
orthodoxe, au terme d’une parodie de synode à Lvov. Celui-ci, manipulé par
Moscou, vota le « retour » à l’Église dont les « uniates » s’étaient séparés
depuis l’union avec Rome votée à Brest-Litovsk en 1596. Il n’y eut cependant
que 30 % de son clergé à accepter de rejoindre le Patriarcat de Moscou. Quelque
10 % des prêtres fondèrent une Église clandestine, 10 % partirent en exil.
C’est Staline en personne qui a dirigé cette annexion. Sa responsabilité
directe vient d’être établie par la découverte, fin juillet, d’une lettre du premier secrétaire du Parti communiste en Ukraine,
à l’époque Nikita Khrouchtchev, à Staline. Le document, daté du 17 décembre
1945 et tiré des archives secrètes du Kremlin, a pu être consulté par l’agence
Kathpress de Vienne, qui vient de le publier. Khrouchtchev y informe Staline du
déroulement du programme d’annexion de l’Église gréco-catholique et lui demande
des consignes pour la suite des opérations. Le document révèle que le « Comité
d’initiative pour la réunion de l’Église gréco-catholique avec l’orthodoxie »,
soutenu par le Parti communiste, a joué le rôle principal dans la liquidation
de cette Église de rite oriental, unie à Rome. Ses initiateurs étaient les
archiprêtres catholiques Gabriel Kostelnik, Michael Melnik et Anton Pelvetsky.
Un pseudo-synode gréco-catholique
Au
début de 1945 a été lancée par le parti une campagne médiatique à destination
des uniates d’Ukraine, intitulée « Revenez dans les plus brefs délais dans les
bras de votre véritable mère, l’Église orthodoxe russe ». Le 11 avril, tous les
évêques uniates de Galicie (Ukraine occidentale, où cette Église était
majoritaire) étaient arrêtés simultanément. Début 1946, ils étaient condamnés à
de lourdes peines de travaux forcés pour « collaboration avec l’Allemagne »
durant la guerre.
Et c’est les 8 et 9 mars que se tint, en la cathédrale Saint-Georges de Lvov,
un pseudo-synode gréco-catholique réunissant 216 prêtres : convoqués de force
pour dénoncer l’Union de Brest-Litovsk, ils votèrent par la même occasion le rattachement
au Patriarcat de Moscou. Aucun évêque légitime n’était présent à ce synode :
ils étaient tous internés depuis longtemps. Deux des trois prêtres artisans de
cette opération de l’intérieur de l’Église gréco-catholique furent
immédiatement consacrés évêques dans l’orthodoxie ; le troisième, Kostelnik,
étant prêtre marié, ne le fut pas, et disparut d’ailleurs mystérieusement un an
plus tard.
Sous Mikhaïl Gorbatchev, en 1989, l’Église gréco-catholique d’Ukraine
retrouvera sa liberté de culte et sa reconnaissance. Elle compte aujourd’hui
cinq millions de fidèles, animés par 15 évêques et 2 200 prêtres, 750 moines et
1 100 religieuses, disposant de 3 000 églises.
Michel KUBLER
(1) Une opération analogue aboutira, en 1948, à l’intégration de force de
l’Église gréco-catholique de Transylvanie dans le Patriarcat orthodoxe de
Roumanie. Source
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