Double
claque pour le rap
Dure
semaine pour le rap
entre les conclusions négatives d’une étude britannique
et une manifestation
new-yorkaise contre l’usage de paroles trop fleuries…
En
Grande-Bretagne, une
enquête, commissionnée par le gouvernement, a conclu
vendredi que les
adolescents noirs avaient besoin au plus vite de nouveaux
modèles. Exit les
rappeurs, place aux avocats et aux médecins. Ce qui sous-entend
que le rap a
nécessairement une influence néfaste.
D’après
le quotidien
britannique The Independent, des officiers de police
londoniens
prétendent avoir trouvé des liens directs entre les
paroles de certains titres
et des meurtres commis dans la communauté noire britannique.
Vieux débat, un
rien tannant, sur la cause et l’effet… Depuis que le rap est apparu
dans les
quartiers pauvres et noirs de New York dans les années 70,
le genre a été associé
- le plus souvent par les médias blancs et majoritaires -
à la «culture» des
gangs et à sa violence. Il est vrai que les paroles des chansons
prennent
parfois racine dans le quotidien des gang bangs et des
dealers de
drogues, et que la mort violente de rappeurs comme Tupac Shakur et
Biggie
Smalls dans les années 90 n’a rien fait pour arranger
l’image du rap.
Aux
Etats-Unis, le procès
fait au rap ne concerne pas seulement son implication supposée
dans les milieux
criminels, mais dans la vie de tous les jours. La semaine
dernière,
200 New-Yorkais ont manifesté à Time Square,
exigeant que les lettres «N»,
«B» et «H», pour ne pas citer
intégralement- puritanisme oblige - les mots
qu’elles désignent, disparaissent des paroles des chansons.
Autrement dit : les
termes nigga, bitch et ho (contraction de whore)
- littéralement nègre, pute et traînée -,
qui contribueraient aux
discriminations de race et de sexe. Le très médiatique
révérend Al Sharpton,
activiste afro-américain, s’est promu fer de lance de cette
campagne en
manifestant à Detroit devant les locaux du musée Motown,
fameux label musical
black qui «symbolise le temps où la musique
divertissait sans insulter».
Et le révérend sait déjà comment parer les
objections des défenseurs de la
liberté d’expression. Appuyé par le sénateur
démocrate Antoine Thompson,
Sharpton dit lutter ainsi contre l’utilisation de l’argent public pour
subventionner l’industrie du disque. «A t-on le droit
d’utiliser les impôts
du peuple pour dénigrer les personnes? »,
martèle Sharpton. Après que la
mairie de New York a incité à délaisser le terme nigger,
Sharpton et
ses compères se sentent encouragés à engluer le
rap dans le rôle du bouc
émissaire d’une société qu’ils estiment
malade.
Par Mathilde Carton