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Haïti : Des enfants abandonnés par leurs mères

bebe haitien

Le phénomène d’abandon des enfants prend de l’ampleur en Haïti. Des enfants sont abandonnés par leurs mères dans les hôpitaux, dans les rues, dans les poubelles ou dans des fosses septiques.

Les enfants récupérés vivants sont le plus souvent acheminés à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH) où ils sont pris en charge par l’Unité des enfants abandonnés du Service pédiatrique. Ils sont ensuite remis à l’Institut du Bien-être social et de Recherches (IBESR), chargé de leur trouver une crèche ou un orphelinat.

L’HUEH a remis, le 17 juillet, sept enfants abandonnés à l’IBESR. Ces enfants, qui sont en outre des handicapés, vont être placés dans des crèches. Par ailleurs, une vingtaine d’enfants reçoivent aussi des soins dans la salle des enfants abandonnés du Service pédiatrique de l’HUEH. Il s’agit des enfants récupérés sur la cour de l’hôpital, dans les rues, dans les poubelles voire dans des fosses septiques.

« Ce petit garçon, on l’a retrouvé seul, abandonné sur la cour de l’hôpital, avec des affections cutanées. On nous l’a emmené et nous sommes en train de prendre soin de lui », a confié une infirmière de l’HUEH.

Le chef du Service pédiatrique, l’infirmière Eunice Alcindor, a pour sa part rappelé le cas récent d’une petite fille, handicapée physique, qu’un policier avait découverte, dans un sac, au fond d’un égout, dans la commune de Delmas, à l’Est de Port-au-Prince. Mme Alcindor croit qu’il s’agissait d’une tentative d’infanticide puisque, en dépit de son infirmité, elle était en bonne santé.

Gérard, qui travaille également à la Section pédiatrique, ne se souvient plus du nombre d’enfants retrouvés abandonnés sur les lits de cet hôpital. Des enfants qui n’ont pas demandés à naître. Pour lui, ces agissements sont liés aux conditions économiques difficiles dans lesquelles vivent les mères.

Cependant, son collègue Jean, qui se rappelle avoir vu à Carrefour feuille, Sud de la capitale, « un enfant abandonné dévoré par des porcs », impute la responsabilité aux pères qui n’ont pas pris soin de leurs enfants. En effet, dit-il, « n’ayant le plus souvent personne pour les aider à prendre soin de leurs enfants, ces mères, après leur avoir donné naissance, les abandonnent ».

Moins d’une semaine s’est écoulée depuis qu’au portail de Léogane, au sud de Port-au-Prince, une jeune femme a jeté dans une fosse d’aisances son nouveau né. Le nourrisson a eu la vie sauve grâce à l’intervention des agents de la police nationale d’Haïti (PNH) et des casques bleus de la MINUSTAH, alertés par les riverains.

Dans la salle des soins, les enfants bénéficient d’un suivi médical. Ceux qui ont des déficiences physiques sont l’objet d’attention spéciale et sont gardés plus longtemps à l’hôpital. Ceux qui n’ont aucun handicap sont remis, après quelques mois, à l’Institut du Bien-être Social pour être confiés à des institutions caritatives.

Le chef de Service des œuvres sociales à l’Institut du Bien-être social, Vanel Benjamin, reconnaît que le phénomène d’abandon de bébé par leur mère constitue, en Haïti, un problème préoccupant. Le service qu’il dirige reçoit « au moins une dizaine d’enfants par mois ». Hormis les enfants qui transitent par l’HUEH, d’autres sont amenés directement à l’IBESR. En outre, « des mamans viennent avec leurs enfants à l’Institut du Bien-être social et les y abandonnent », a-t-il signalé.

Les enfants récupérés par l’IBESR sont « placés provisoirement » dans des orphelinats ou des crèches. Ce placement provisoire s’étend sur six mois. Il s’agit de permettre aux parents qui le souhaitent de pouvoir réclamer leurs enfants. « Après ce délai, les crèches et les orphelinats entament, de concert avec le Bien-être social, un processus de recherche de famille d’adoption pour l’enfant » a confié M. Benjamin, qui a ajouté qu’il est plus difficile de trouver des crèches ou des orphelinats pour accueillir les enfants handicapés.

Face au problème d’abandon d’enfant, l'IBESR se reconnaît impuissant. Pour M. Benjamin, il faut « une grande campagne de sensibilisation destinée à faire prendre conscience que de tels abandons de bébés constituent des crimes odieux ».