pyepimanla





accueil
Accueil actualites
Actualités forum
Forum annonces
Annonces archives
Archives

KOKIYOKO, Papa Yaya !
Hommage à Gérard Lauriette - un an déjà.


gerard laurietteLe génial pédagogue guadeloupéen Gérard Lauriette nous quittait en Août 2006. C’est ce premier anniversaire que sa commune de Capesterre Belle-Eau se prépare à fêter.

Génial chaben ! Gérard Lauriette le vénérable, barbu
d’envergure, lettré-pédagogue, thaumaturge, humain, nous a laissé.Papa Yaya possédait une vieille Jeep Willis. Sur la plaque on pouvait lire en guise de matricule : PGL, soit : Propriété Gérard Lauriette.

Ce braveur de la bêtise conformiste avait choisi pour mot de Cambronne créole l’exclamation : KOK ! Ce qui voulait dire selon le cas : Va te faire  f… !.. Qu'importe !...
En garde !... Qu'on se le dise !... J'ai dit !... Qu’à cela ne  tienne !... La vie triomphe !... Bravo !... C'est sublime !...

Proverbial mot-verbe, il résume en bon créole la malicieuse conclusion existentielle de celui qui prenait dans la rue les ratés et les déçus créolophones du système scolaire françois pour en faire des candidats aptes au CEP. Ce certificat d’études primaires (eh oui!), c'était la clé-sésame, le véritable bacc des petits de l’époque… Et des admis au concours de policier, ou de facteur, il en a fait aussi, grâce à sa pédagogie pragmatique de l’accouchement des esprits, face-à-face pédagogique vrai, qu’il nommait le Zié an Zié.

Maître d’un art de dire sentant le fré, mot bien français qu’il  apprenait aux pêcheurs de poisson à dire et à écrire sans honte, l’homme Lauriette livrait son maître-mot KOK ! en jubilant, fût-ce à la télé. Péter un KOK ! le délivrait, et nous abreuvait de sa libido créole, force mentale dont le spectre allait du kalbondage poétique au raffinement intellectuel de l’esprit qu’il savait, messieurs les intellos secs, unir au cœur.

Eclaireur de l'ignorant, celui qu’on a surnommé un trouble-fête du consensus était tout autant le rééducateur de son adversaire, à la manière de Gandhi, qu'il aimait bien. Il en voulait à la bêtise, mais point à la personne. Il eût été en effet difficile pour un tel humaniste, fin connaisseur du pourquoi des choses qui arrivent et du comment y faire, de haïr nommément, d’ostraciser ou de rejeter la production de quiconque.

Lauriette sut sa vie durant porter sa croix et son flambeau en optimiste. Il but en pionnier le calice de l'incompréhension d'une académie qui le déçut, puis le déchut, persistant dans son bon-sens inné avec cette forte dose d’humour et de tolérance
spirituelle qui manquera toujours à une petite majorité d’intellectuels trop imbus de leur pseudo-savoir.

Généreux, vaillant penseur, fécond créateur, il était de ceux dont le sens pratique et la détermination nous manquent, dès lors qu’il faut face plus intelligemment que par la haine et la colère débile aux monstres qui nous avalent - ceux de l’intérieur aussi.

Car Lauriette savait s’introspecter et se remettre en question.

Enfantin toujours, il n’était pas infantile. Créoliste né, tendre, curieux de tout au penser aiguisé, patriarche jovial, bonimenteur, il était l’actif convaincu de la nécessité d’une
éducation détraumatisante et requinquante, plutôt que d’un placage de choses toutes faites ailleurs. Il concevait un enseignement qui ne prive plus l’élève de son appris-maison de base, mais le fasse plutôt évoluer de son propre vécu à l’universel.

Papa Yaya était ainsi pétri d'affection pour le pays Guadeloupe et ses enfants. C’est avec sa foi en l'homme créatif et réactif, sa confiance dans l’intelligence plutôt que la mémorisation bête, qu’il resta attaché à ses racines. Et qu’il brava jusqu’au
bout la niaiserie fonctionnaire et les fanatismes de tous bords.

L'amour figue-raisin, il en déglutit le nannan, comme tout précurseur. Mais qu'importe ! KOK ! Car si rien n'est jamais acquis, rien ne se perd non plus. Kidonk, KOK ! Ses gênes ne se sont pas gênés - un de ses petits-fils au moins, vêtant le rouge, a pris à bras le corps son penser avant-gardiste, et s’est engagé à le relayer.

On saura donc ce que nous a légué Papa Yaya. Il le faut ! Il n'aura pas vécu pour rien, pourvu que dans les médiathèques, sur le net et les média, dans les librairies, dans les écoles, dans les IUFM et dans les familles, on retrouve tant soit peu de cette guadeloupéenne vindicte au cri décaleur : KOK !

Et cette profonde sagesse, au front du paysan lettré.

Jean S. Sahaï.