Mobilisation
pour Troy Davis, sur le point d'être exécuté aux
Etats-Unis

Le 17 juillet. Depuis
que la date de son exécution a été
fixée, la mobilisation monte aux Etats-Unis autour de Troy Anthony
Davis,
un Afro-Américain condamné à mort à
l'âge de 23 ans pour le meurtre d'un
policier blanc. C'était en 1991. Depuis, il patiente dans le
couloir de la
mort, clamant son innocence, multipliant les recours. Mais tous ont
été épuisés
après que la Cour suprême a refusé de
réexaminer son cas, le 25 juin.
Mené par Amnesty International et la "National coalition to abolish the death penalty"
(Coalition nationale pour l'abolition de la peine de mort), un
comité de
soutien rassemblant des associations, des membres du Congrès,
des responsables
religieux mais aussi plusieurs personnalités comme le Prix Nobel
de la paix
Desmond Tutu, ou la Sœur Helen Prejean, figure de proue de la lutte
contre la
peine de mort aux Etats-Unis, mène une campagne
en sa faveur demandant la clémence du Bureau des grâces et
des libérations
conditionnelles de l'Etat de Georgie chargé de statuer sur son
cas le 16
juillet, veille de son exécution.
UNE INSTRUCTION
BÂCLÉE
L'affaire remonte au
19 août 1989. Ce
jour-là, une altercation oppose un homme armé et un
sans-abri près d'un
fast-food à Savannah, en Georgie. Mark Allen Mc Phail, un jeune
policier de 27
ans intervient. Il est abattu de deux balles. Troy Anthony Davis est
interpellé
quelques heures plus tard et inculpé du meurtre du policier. La
procédure qui
aboutira à sa condamnation à mort en 1991 ne se fonde sur
aucune preuve
matérielle, l'arme du crime n'a par exemple pas
été retrouvée, mais sur la base
d'une série de témoignages désormais soumis
à caution : six des neuf témoins à
charge sont revenus sur leur déposition, certains mettant en
cause
l'acharnement des policiers à leur faire incriminer Troy Davis.
Un des trois
témoins ne s'étant pas rétracté est par
ailleurs lui même mis en cause par
plusieurs témoignages.
"Si nous
intervenons en faveur de
Troy Anthony Davis, c'est que son cas est particulièrement
symbolique d'un
certain nombre de dossiers de condamnés à mort aux
Etats-Unis, explique
Anne-Marie Duranton, coordinatrice
Etats-Unis pour Amnesty France. L'instruction a été
bâclée : comme c'est
malheureusement souvent le cas, les policiers ont choisi le coupable
parmi les
personnes présentes sur les lieux du crime et ont ensuite fait
pression sur les
autres pour qu'elles l'accusent. On se retrouve avec des
témoignages
incohérents, des témoins qui se rétractent, et de
possibles coupables qui, pour
avoir la chance de s'en sortir, en accusent un autre. Ajoutons à
cela que Troy Anthony
Davis est noir et pauvre et que la victime est un policier blanc, les
chances
diminuent d'avoir un procès équitable."
"NE PAS COMMETTRE
L'IRRÉPARABLE"
La peine de Troy
Davis est confirmée par
la Cour suprême en 1993. Deux ans plus tard, suite à une
décision du Congrès
américain de supprimer toutes les subventions
fédérales aux associations d'aide
aux condamnés à mort indigents, le Georgia Resource
Center, l'association
d'aide juridique qui s'occupe de sa défense, voit deux tiers de
ses subventions
supprimées, son équipe réduite à deux
avocats pour s'occuper de quatre-vingts
condamnés à mort. Dépassés, les conseils de
Davis dénonceront trop tard les
pressions de la police sur les témoins : leur plainte pour
non-respect des
droits de la défense sera rejetée en 1997 par la Cour de
l'Etat.
"Nous n'affirmons
pas que Troy
Anthony Davis est innocent. Nous disons qu'il n'a pas eu droit à
un procès
équitable et qu'à défaut d'être sûr de
sa culpabilité, il ne faut pas commettre
l'irréparable en l'exécutant", explique
Anne-Marie Duranton. Un argument qui pèse dans la mobilisation
autour du
condamné, âgé aujourd'hui de 38 ans à
l'heure où l'opinion américaine,
sensibilisée par plusieurs précédents, s'interroge
sur le risque de condamner
un innocent. Dans sa lettre de soutien adressée au Bureau des
grâces, le révérend
Desmond Tutu écrit : "Il a été
démontré à plusieurs reprises que notre
système judiciaire est faillible et nous savons que cent
vingt-quatre personnes
ont été innocentées alors qu'elles étaient
dans le couloir de la mort aux
Etats-Unis, accusées par erreur." Reste à savoir si
cela convaincra le
Bureau des grâces de commuer, lundi, la condamnation à
mort de Troy Davis en
prison à perpétuité.
Aline Leclerc
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