pyepimanla





accueil
Accueil actualites
Actualités forum
Forum annonces
Annonces archives
Archives

L'exception fiscale de "Saint-Barth"

saint barthelemy maisonsL’île de Saint-Barthélemy est un petit caillou de 24 km2, plus proche de Porto Rico que de la Guadeloupe. La France l'a achetée à l'Ordre de Malte en 1674 puis l'a cédée à la Suède en 1784 en échange de droits d'accès à Göteborg. Le souverain suédois en fit un port franc, ce qui garantit un siècle de prospérité relative, selon François Seners, ancien sous-préfet de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy et auteur d'un rapport de 1999 sur l'avenir des deux îles.

L'île est rétrocédée à la France en 1877, mais l'administration française en est quasiment absente jusqu'en 1946. Une "culture d'autoadministration" faite d'"un mélange de règles coutumières locales, de vides juridiques et de pratiques importées de l'étranger" s'y est développée. Devenue, en mars 1946, une commune de la Guadeloupe, Saint-Barthélemy a bénéficié du maintien de son régime commercial, douanier et fiscal.

Jusqu'à la découverte de l'île par des Américains fortunés, l'exception n'a posé aucun problème : absence de droits de douane et d'impôts directs locaux, non-paiement de l'octroi de mer perçu par la Guadeloupe et de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), non-recouvrement des impôts sur le revenu et sur les sociétés (jusqu'à ce que le Conseil d'Etat y remédie, en 1985 et en 1989).

saint barthelemy pecheurLes Saint-Barths ne sont pas rentrés dans le rang pour autant : ils ont obtenu du gouvernement Chirac qu'il donne des instructions au fisc, en 1986 et 1987, afin que les contribuables refusant de remplir leurs déclarations ne soient pas poursuivis, dans l'attente d'une solution globale. A cette date, "les fonctionnaires de l'île, qui étaient quasiment les seuls à payer l'impôt sur le revenu, ont décidé de cesser de remplir leurs déclarations", précise le rapport Seners.

La transformation de l'île en collectivité d'outre-mer, le 15 juillet, change la donne. Soucieux que "Saint-Barth" ne devienne pas un paradis fiscal ou un centre offshore sur le mode des îles Caïman, l'Etat doit signer avec la nouvelle collectivité une convention fiscale. Elle vise à éviter les risques de double imposition et, surtout, d'évasion fiscale. La loi du 21 février dispose qu'il faut cinq ans de résidence fiscale pour être assujetti, sur ses revenus insulaires, aux seuls impôts levés par la collectivité.

saint barthelemyPour accroître leurs ressources, les nouveaux élus seront probablement tentés d'augmenter un peu la fiscalité locale, constituée essentiellement du droit de quai. Ils souhaiteront peut-être s'aligner sur les Caraïbes britanniques en créant une taxation légère des activités économiques forfaitaire. Ils réfléchiront sûrement au relèvement de la retenue à la source sur le prix de vente des biens immobiliers, qui s'envole.

En revanche, il semble peu probable qu'ils introduisent les impôts sur les sociétés, sur les revenus ou sur la fortune, pour rester compétitifs avec leurs voisins.

Claire Guélaud
Le Monde