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M. Lurel (PS) fait la part entre éthiques de responsabilité et de vérité

victorin lurel

Tout en s'affirmant "partagé entre l'éthique de responsabilité, pour ne pas affoler les populations, et l'éthique de vérité", le député Victorin Lurel, président du Conseil régional de la Guadeloupe et Secrétaire national du PS à l'Outremer, a plaidé mercredi pour la création d'une commission d'enquête parlementaire sur l'utilisation des pesticides aux Antilles françaises (Guadeloupe et Martinique).

Au cours d'une conférence de presse tenue en compagnie du deuxième député PS de la Guadeloupe, Eric Jalton, il s'est longuement expliqué sur la proposition de résolution dont il a pris l'initiative, et qui a déjà été signée par les 204 députés du groupe socialiste.

"C'est un engagement pris, pendant la campagne électorale, par tous les députés (antillais) et j'imagine même que certains députés de droite pourraient signer" cette proposition de résolution, a-t-il souligné.

"Ce n'est pas un coup politique: c'est une urgence de santé publique et de santé environnmentale" a affirmé M. Lurel en se référant à l'importante pollution des sols de Guadeloupe et de Martinique par le chlordécone, une molécule longtemps utilisée dans la lutte contre le charançon du bananier. Interdite en 1976 aux Etats-Unis et en 1990 en France métropolitaine, son utilisation a été autorisée aux Antilles françaises jusqu'en 1993.
"Notre optique première, ce n'est pas de faire de la recherche en responsabilité: nous voulons savoir l'état, la nature et l'ampleur des pollutions" a déclaré le parlementaire.

Selon la Chambre d'agriculture de la Guadeloupe, qui a déjà effectué 2.055 analyses de sols, plus de 4.000 hectares (69 % des terres analysées), soit un sixième de la surface agricole utile de la Guadeloupe, sont contaminés par le chlordécone à un taux supérieur à 10 microgrammes par kg.

La teneur maximale autorisée dans les productions agricoles varie de 50 microgrammes par kg (250 microgrammes/kg dans le sol) pour les tubercules, tomates, concombres et aliments de consommation fréquente, à 200 microgrammes par kg (1.000 microgrammes/kg dans le sol) pour les autres produits.

Evoquant à ce sujet la forte prévalence du cancer de la prostate constatée aux Antilles françaises et les soupçons qui pèsent sur le chlordécone, M. Lurel a regretté qu'une étude épidémiologique soit en cours en Guadeloupe, "où il n'y pas de registre des cancers et pas en Martinique, où il existe un registre des cancers". "C'est encore le flou" a-t-il affirmé: "on a l'impression d'une opacité et d'une inertie".

"Il faut reprendre le travail là où on n'aurait jamais dû le quitter" a-t-il souhaité en rappelant les difficultés rencontrées par la mission d'information parlementaire sur le chlordécone, créée en octobre 2004 et qui avait rendu son rapport en juin 2005. "J'espère que, face à l'ampleur du problème, le gouvernement et, singulièrement, la majorité parlementaire ne s'opposeront pas à la création d'une commission d'enquête" a conclu le député.

AFP