PARAQUAT :
LES AGISSEMENTS CRIMINELS DE L’ETAT FRANÇAIS ET DES BEKES MIS A
NU !
Raphaël
Confiant
« Paraquat » ?
Ce terme ne dit
probablement rien au Martiniquais (ou Guadeloupéen) moyen. Ni
sans doute
« R-Bix », le nom commercial de ce redoutable
poison, utilisé comme herbicide
dans les plantations bananières antillaises depuis des
décennies et dont, le 10
juillet dernier, la Cour Européenne de Justice a interdit
l’utilisation.
Motif avancé : ce pesticide est, en grande partie,
responsable de
l’augmentation stupéfiante du nombre de cas de maladie de
Parkinson relevé sous
nos charmants cieux tropicaux.
Oui, nos
charmants cieux tropicaux, car le Paraquat, tout comme ses alter ego le
Chlordécone et la Dieldrine, autres pesticides abondamment
utilisés chez nous, n’a
jamais été ni autorisé ni utilisé sur le
sol français. Le sol de
l’Hexagone, ou de, comment dit-on déjà ?,
« la France
métropolitaine ». Cette France métropolitaine
qui, par le biais de ses
ministres de l’agriculture depuis un demi-siècle ainsi que ses
préfets et autres
chefs des services déconcentrés de l’Etat, a
instauré une sorte de régime
d’exceptionnalité pour les Antilles en matière
d’utilisation des pesticides.
Car ce sont bien ces ministres qui ont signé les
différentes A. M. M.
(Autorisation de Mise sur le Marché) de ces produits et ce sont
les préfets et
autres chefs des services déconcentrés de l’Etat qui se
sont chargés de les
faire appliquer, et qui, même quand certains de ces produits
furent interdits,
aux USA ou en Europe, se sont chargés, sous la pression des
Békés, d’obtenir
des dérogations.
Ainsi, les USA,
« inventeurs » du Chlordécone, et divers
pays européens l’interdisent
en 1979. Cela n’empêche pas la France de le ré-autoriser
aux Antilles entre
1981 et 1993, date de son interdiction définitive (mais pas de
son utilisation,
puisque 4 tonnes de ce poison seront encore découverts sur une
plantation
martiniquaise en…2002). Il en va de même pour le Paraquat que la
France va
ré-autoriser en 2003. Dans notre ouvrage « Chronique
d’un
empoisonnement annoncé », Louis Boutrin et
moi-même avons ciblé le
Chlordécone parce qu’il est le plus redoutable de tous (il est
responsable de
l’augmentation exponentielle du taux de cancers, de la maladie
d’Alzheimer et
de Parkinson, des malformations congénitales, de
l’infertilité féminine et
masculine etc.), mais nous n’avons pas pour autant ignoré les
autres poisons
massivement utilisés chez nous depuis cinquante ans. Aux pages
33, 34, 35 et 36
de notre ouvrage, nous avons listé, outre le Chlordécone
et le Paraquat :
. le DDT
(Dichlorodiohényltrichloroéthane) utilisé jusqu’en
1972 et responsables de
graves malformations de l’embryon humain.
. le
PERCHLORDECONE (substance active du Mirex)
. le HCH
(Hexachlorocyclohexane) dont les effets ostrogéniques et sur le
système reproducteur
des mâles a été mis en évidence
. la Dieldrine,
pesticide qui n’a jamais été autorisé en France et
qu’on a pourtant retrouvé
dans des analyses de l’eau de la Basse-Terre (Guadeloupe) en 1999-2000.
Suite à la
publication de notre livre, nous avons été traité
de « fossoyeurs de
l’économie martiniquaise » par le président de
la Chambre d’agriculture de
la Martinique, de « criminels » (dans le magazine
« Antilla ») par un ancien préfet de la
Martinique aux pieds duquel
s’est jetée l’intelligentsia locale parce que ce monsieur
était un amateur de
courses de yoles, de « voyous » par un
représentant des groupement
bananiers békés qui porte un nom à particule et de
« personnes qui
cherchent à vendre leur livre » par des marchandes de
Fort-de-France
manipulées par les services de l’Etat et hâtivement
rassemblées dans une
association-bidon, « Machann Foyal ». Nous avons
subi, en autres
pressions et menaces diverses, un harcèlement fiscal sans
précédent.
Aujourd’hui,
dès que l’interdiction de la Cour Européenne de Justice
est tombée, les
groupements bananiers békés se sont empressés de
pondre un communiqué demandant
« la suspension de la commercialisation du
Paraquat ». Farceurs,
va ! Hypocrites ! Oui, hypocrites, car si cette cour
européenne
n’avait prononcé cet arrêt, jamais, vous n’auriez
bougé. Vous auriez
tranquillement continué à utiliser ce poison dont le taux
de rémanence
(persistance dans le sol et l’eau) est évalué à 70
ans. Pour ceux qui
n’auraient pas compris, le Paraquat continue à agir 70 ans
après son
utilisation. Et le Chlordécone 150 ans ! Attitude
criminelle__là, le terme
se justifie !__envers les générations futures
puisque les études
scientifiques montrent que ce sont les deuxièmes et surtout
troisièmes
générations qui sont les plus fortement atteintes. Ainsi,
c’est aujourd’hui,
quarante ans après les bombardements au napalm et à
l’agent orange par l’armée
américaine, que l’on voit apparaître, au Vietnam, des
bébés dépourvus de bras,
aveugles ou sans système immunitaire.
Car il faut
bien que chacun comprenne que le scandale ne s’est jamais limité
aux seules
plantations. N’importe qui pouvait se procurer du Chlordécone,
du
Perchlordécone ou du Paraquat chez les importateurs
békés. C’est dire que, sans
en connaître la vraie nature et donc la toxicité, nos
compatriotes les ont
utilisés dans leurs petits jardins créoles ou dans leurs
maisons (pour tuer les
rats par exemple). Pourquoi l’utilisation de produits que l’Etat,
les Békés
et la Chambre d’Agriculture savaient nocifs n’a-t-elle pas
été contrôlée et
encadrée ? La réponse ne fait pas l’ombre d’un
doute : aux
colonies, on peut se permettre n’importe quoi. Le
« nègre » a sans
doute la peau plus dure que les autres et les organes plus
résistants puisqu’il
peut boire, par exemple, l’eau de la source « Bod
Lanmè », à
Basse-Pointe, où les services de l’Etat eux-mêmes ont
relevé un taux de
Chlordécone…44 fois supérieur à la norme
autorisée.
C’est dire que
nous ne pouvons nous contenter des communiqués hypocrites des
Békés et de leurs
affidés. Cela d’autant plus que la France n’a toujours pas
officiellement réagi
à la décision de la Cour Européenne de Justice et
qu’elle peut parfaitement
faire appel. Les coupables de ces empoisonnements massifs et
concomitants
doivent être identifiés et jugés comme dans les
affaires du sang contaminé,
de l’amiante, du Régent ou de la vache folle. Quand nous disons
« empoisonnements concomitants », il faut que
l’on comprenne que tous
ces produits ont été utilisés en même temps
et pendant les mêmes périodes.
C’est-à-dire que la Martinique et la Guadeloupe ont subi un
véritable
bombardement chimique pendant près d’un
demi-siècle : Chlordécone contre
le charançon, Dieldrine contre la fourmi-manioc, Paraquat pour
tuer les
mauvaises herbes etc…Ce qui veut dire que nos sols, nos
rivières, nos nappes
phréatiques et nos rivages ont accumulé des tonnes et des
tonnes de poisons de
toutes sortes et que l’eau que nous avons bu à notre robinet
pendant tout ce
temps, par exemple, comportait un cocktail explosif de DDT,
chlordécone,
perchlordécone, Dieldrine et autre Paraquat. Il s’agit donc
non pas d’un
empoisonnement, mais d’un multi-empoisonnement.
Or, que fait
l’Etat français ? Loin de prendre le problème
à bras le corps, il s’est
employé, avec la complicité active des
Békés et des Chambres d’Agriculture de
Martinique et de Guadeloupe, à discréditer tous ceux qui
ont voulu dénoncer ce
scandale. Ils ne s’en sont pas seulement pris à Louis Boutrin et
Raphaël
Confiant, mais aussi à l’ASSAUPAMAR et à ses dirigeants,
au PUMA, à l’ASSE,
l’association guadeloupéenne qui a porté plainte contre
l’Etat pour
empoisonnement. A Me Durimel, avocat et écologiste
guadeloupéen, auquel on a
voulu chercher des poux dans la tête pour une soi-disant affaire
de
« violation du secret de l’instruction » dans une
affaire datant
de…2003. Face à ces agressions, force est de reconnaître
que nos populations,
désinformées par de puissants médias,
« métropolitains » ou locaux,
déshabituées
à se mobiliser et à protester depuis un certain
Moratoire, bombardées
journellement par la télévision de dérivatifs
débiles tels que les feuilletons
(telenovelas), la coupe du monde de football ou la « Star
Académie »,
est restée relativement passive. Certes, partout où L.
Boutrin et moi-même,
mais c’est aussi le cas des autres militants ou associations
écologiques,
sommes passés pour faire des conférences (à
l’Atrium, au Carbet, au Lorrain, à
Trinité etc.), nous avons reçu un accueil attentif et
souvent chaleureux, mais
en dépit de la création de l’ANC (Association Non au
Chlordécone), présidée par
Georges-Emmanuel Germany, aucune mobilisation de grande envergure n’a
été
possible pour obliger les responsables de ce multi-empoisonnement
à prendre
leurs responsabilités.
Nous avons
exigé la mise sur pied d’une commission d’enquête
parlementaire comme
pour les affaires du sang contaminé ou de la vache folle :
l’Etat n’a pas
bougé.
Nous avons
exigé une enquête épidémiologique
à grande échelle : l’Etat n’a pas
bougé.
Nous avons
exigé l’indemnisation de tous les moyens et petits
agriculteurs dont les
terres ont été polluées : l’Etat n’a pas
bougé.
Nous avons
exigé la mise en route d’un processus de dépollution
des sols contaminés en
utilisant, notamment, les procédés dits de
« phytoremédiation », en
usage au Canada : l’Etat n’a pas bougé.
Nous avons
exigé une enquête judiciaire pour identifier les
responsables :
l’Etat n’a pas bougé.
On nous
dira : « Oui, mais il y a les élus ! La
population a voté pour
mettre en place des maires, des conseillers généraux et
régionaux, des députés
et sénateurs. C’est à eux de monter au
créneau. »
Dans notre
livre, nous n’avons pratiquement pas parlé de la
responsabilité des élus
antillais en la matière, sauf pour déplorer qu’ils
n’aient pas réussi à obtenir
une commission d’enquête parlementaire sur le chlordécone
(mais une simple
mission d’information), d’une part et de l’autre, le fait qu’un
député du Nord
de la Martinique, se soit fait l’avocat des gros planteurs
békés pour obtenir
la réintroduction de ce poison aux Antilles. Nous avons
été gentils, très
gentils, envers nos chers élus. Or, force est aussi de
reconnaître qu’eux non
plus ne se bougent guère, hormis une « plainte contre
X » déposée, il
y a deux mois, par le Conseil Général de la Martinique.
Une plainte
contre X !!! On croit rêver…