Quand la justice
américaine
devient
criminelle
Peine
de mort . Les
exécutions programmées de Troy Davis et de Kenneth Foster
Jr montrent
l’incohérence du système pénal des
états-Unis.
Absence de preuves
tangibles, inégalités
de traitement, pressions de la police, erreurs judiciaires, sentences
disproportionnées et législation inappropriée
témoignent des failles du système
pénal aux Etats-Unis. Les sorts de Troy Davis et Kenneth Foster
Jr en
témoignent. Le premier doit être exécuté
demain. Bien qu’une commission des
grâces se réunit aujourd’hui, le vote s’annonce
très serré. Cet Afro-Américain
a été condamné à mort en 1991 pour le
meurtre d’un policier blanc alors
qu’aucune preuve matérielle n’a été retenue contre
lui. Son inculpation a
reposé sur les dépositions de neuf témoins
à charge. Depuis, six d’entre eux
sont revenus sur leurs déclarations, en accusant la police de
leur avoir forcé
la main à l’époque. A cela s’ajoute la
précarité de la situation de la Georgia
Resource Center, association d’aide juridique aux condamnés
à mort, qui a vu
ses subventions et ses effectifs réduits. Troy Davis, victime
d’un jugement
inique et raciste, est aujourd’hui soutenu aux Etats-Unis et dans le
monde par
des personnalités comme le Prix Nobel de la paix Desmond Tutu et
la soeur Helen
Prejean. Elles font valoir que tout accusé a droit à un
procès équitable.
La situation de
Kenneth Foster Jr, lui
aussi condamné à mort, diffère sensiblement. Une
nuit d’août 1996, Mauriceo
Brown sort de la voiture conduite par Kenneth Foster Jr. et tue Michael
Lahood
Jr., fils d’un avocat reconnu de San Antonio. Le meurtrier,
exécuté en juillet
2006, a reconnu que Kenneth n’avait rien à voir avec ce crime.
Mais, en vertu
de la loi des Parties (Law of Parties), en vigueur depuis 1974 dans le
seul
Etat du Texas, tristement célèbre pour ses nombreuses
exécutions, un individu
peut être reconnu comme « acteur secondaire d’un
crime » et, de ce
fait, en porter la responsabilité légale. Pis, cette loi
permet d’accuser une
personne présente au moment des faits pour n’avoir su ni
anticiper ni empêcher
un crime. Comme très souvent, Kenneth Foster Jr. n’a pas eu
droit à un procès
digne de ce nom : les circonstances du crime ont été
déformées, les
témoignages extorqués, la défense faiblement
assurée.
Le jugement avait
d’ailleurs été reconnu
inconstitutionnel en mars 2005, mais les méandres de la justice
ont finalement
conduit à casser cette décision. Tous les recours en
appel ont depuis été
rejetés. Kenneth Foster Jr, engagé politiquement et
poétiquement, doit être
exécuté le 30 août pour un crime qu’il n’a pas su
prévoir.
Camille
Le Coz et Aurélien Soucheyre
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