DES
NORMES POUR UN…POISON MORTEL !!!

photo Coco B.
La nouvelle ne fera
sans doute pas grand bruit.
Les Martiniquais ont la
tête ailleurs. Plus
précisément au Tour
des yoles, certains regrettant l’absence d’un ex-préfet yoleur,
grand
« ami » des Martiniquais et proclamé
« mal-boug » par
maints intellectuels.
De quoi
s’agit-il ? La Direction des Services
Vétérinaires
de la Martinique, suite à une enquête, vient d’interdire
à un pisciculteur de
la commune du Saint-Esprit de vendre sa production et de continuer son
exploitation. Autant dire qu’on a signé au pauvre homme son
arrêt de
mort ! Motif : le taux de
chlordécone contenu dans ses « ouassous »
(écrevisses) est supérieur
aux normes autorisées. Et ce service de l’Etat d’annoncer
la nouvelle dans
un grand communiqué qui précise que des enquêtes
seront bientôt diligentées
auprès des autres exploitations aquacoles de l’île. Autant
dire que c’en est
fini, complètement fini, de l’aquaculture à la
Martinique ! Car il faut se
souvenir qu’il y a une dizaine d’années, le Conseil
Régional avait racheté les
bassins de Séguineau (à la frontière des communes
du Marigot et du Lorrain)
afin de les mettre à la disposition de jeunes aquaculteurs. Mais
jamais ces
bassins ne purent être mis en exploitation parce qu’ils
étaient gorgés de
chlordécone, se trouvant en effet, sur le bassin versant de
grosses habitations
bananières. Le Nord de la Martinique n’est-il pas
qualifié, par nos politiques,
de « royaume de la banane » ?
Souvenons-nous aussi
qu’après 30 ans
d’utilisation massive, le
chlordécone fut définitivement interdit en Martinique et
en Guadeloupe en 1993.
Cela fait donc 14 ans !!! Or, aujourd’hui, en 2007, les services
de l’Etat
viennent contraindre un pauvre pisciculteur de fermer boutique, ce qui
sera le
cas, à n’en pas douter, dans les prochains mois, de la
quasi-totalité de ses
confrères. Lorsque Louis Boutrin et moi-même avions
écrit dans notre livre,
« Chronique d’un empoisonnement annoncé »,
que la rémanence
(persistance dans les sols) de ce pesticide était, selon
l’ « American Cancer Institute » de 150 ans,
on nous avait ri au
nez. On nous avait traités de menteurs, d’affabulateurs, de
fossoyeurs de
l’économie martiniquaise. Nous n’avions pourtant fait que
traduire des passages
d’une enquête scientifique menée par des savants
étasuniens ! Comme quoi
un préfet colonial, deux-trois latifundiaires
békés et un président de Chambre
d’Agriculture nègre en savent plus que les docteurs en chimie et
toxicologie de
Washington ! D’autant que ce sont les Etasuniens qui avaient
« inventé » le chlordécone en 1976
et l’avaient définitivement
interdit en 1979…
N’oublions pas non plus
que juste avant
l’interdiction faite au
pisciculteur de Saint-Esprit, ces messieurs avaient pris
déjà une première
claque en pleine figure : le 10 juillet dernier, la Cour
Européenne de
Justice interdisait, en effet, l’usage du
« paraquat », puissant (et
dangereux) herbicide vendu dans le commerce sous le nom de
« R-Bix ».
Motif : il intervient dans le déclenchement de la maladie
de Parkinson. L.
Boutrin et moi en avions dénoncé l’utilisation massive et
incontrôlée dans
notre livre, pointant dans le même temps du doigt le
chlodécone bien sûr, mais
aussi le DDT, le Perchlordécone et la Dieldrine. Là, les
services de l’Etat,
les Békés et leurs affidés furent contraints de
s’écraser : Bruxelles
avait parlé. Ils ne pouvaient donc que s’exécuter.
Pourtant, M. Louis Bertome,
président de la Chambre d’Agriculture de la Martinique, avait
cloué au pilori,
dans un communiqué publié en avril, « ceux qui
veulent entraîner la
Martinique dans une guerre contre l’utilisation des produits chimiques
dans
l’agriculture », nous qualifiant lui aussi de fossoyeurs de
notre
agriculture. Aujourd’hui, ses amis et lui ont été
obligés de pondre un
pitoyable communiqué demandant…le retrait du paraquat. Si la
situation n’était
pas tragique, il y aurait là de quoi mourir de rire !
N’oublions pas encore
les déclarations du
professeur Belpomme,
venu en Martinique, il y a trois mois, à l’invitation d’une
association
écologique, le PUMA, qui se bat depuis longtemps contre le
chlordécone mais
s’est toujours refusée à porter l’affaire sur le plan
politique, ce qui est
dommage : « Là où il n’ a pas ou peu de
bananeraies, il n’y a pas de
contamination possible au chlordécone ». Avec tout le
respect que nous
avons pour cet éminent cancérologue français (que
nous citons d’ailleurs à
plusieurs reprises dans notre livre), L. Boutrin et moi avancions le
contraire : pour nous, le château d’eau de la Martinique se
situant dans
le Nord et le Nord étant « le royaume de la
banane », présence de
bananeraies ou pas, toute personne qui pendant 30 ans a bu l’eau du
robinet a
été forcément contaminée. Tout agriculteur
ou pisciculteur qui s’en est servie
pour l’irrigation a forcément contaminé ses champs et ses
bassins. On nous
avait rit au nez ! Un benêt de journaliste, qui ferait mieux
de s’occuper
de la « Star Académie » ou du championnat
de foot de Ligue 1, avait
même ironisé sur « ces non-spécialistes
qui se permettent de contredire un
spécialiste » ! Or, aujourd’hui, la fermeture de
l’exploitation de
« ouassous » du Saint-Esprit nous donne raison,
d’autant que le
professeur Belpomme avait pris l’exemple du…Saint-Esprit, situé
au Sud de la
Martinique, pour asseoir son argumentation.
Mais bon, nous ne
tirons aucune gloire d’avoir eu
raison. Ce qui
nous intéresse, c’est que l’Etat et ses services
déconcentrés, que nos
politiques, que les directeurs des Chambres d’agriculture de la
Martinique et
de la Guadeloupe prennent les choses à bras le corps et cessent
de tergiverser. Il faut déclarer nos deux pays
« en
situation de catastrophe sanitaire ». Hors
de cela, point de salut ! Sinon on continuera à faire du
cosmétique, du symbolique : interdire quelques
exploitations piscicoles
ici et là, interdire à tel ou tel agriculteur de vendre
ses ignames ou ses
patates douces parce que les résultats de l’analyse de sa terre,
effectués par
le laboratoire de la Drôme, se seront
révélés positifs au chlordécone etc…Ce
que nous exigeons, c’est une prise en compte globale du problème
et non du coup
par coup. Ce que nous exigeons, c’est une cartographie
précise des terres contaminées et la mise en place
d’un système de traçabilité des
légumes qui se retrouvent
dans nos assiettes. Ce n’est quand même pas la mer à boire
pour la 5è puissance
économique du monde (la France) et pour le 1er bloc
économique du
monde (L’Europe). Surtout que les premiers à trinquer ne sont
pas les vrais
responsables ! Les premiers à trinquer sont les petits et
moyens
agriculteurs, les pisciculteurs et les marchandes de légumes.
Pas les gros
propriétaires fonciers ni les négociants en pesticides
(qui sont souvent les
mêmes d‘ailleurs !). On se souvient encore de
l’épisode lamentable de
cette association-bidon de marchandes de légumes,
« Machann Foyal »,
montée de toutes pièces en trois jours, que l’on a fait
défiler dans les rues
de Fort-de-France pour dénoncer « les fossoyeurs de
l’agriculture
martiniquaise » et qu’un certain préfet-yoleur avait
reçu en grandes
pompes. « Machann Foyal » avait té
bricolée à la hâte pour contrer
une manifestation prévue par l’ANC (Association Non au
Chlordécone), dont le
président est Georges-Emmanuel Germany, manifestation qui fut
bloquée devant la
Préfecture par un imposant cortège de policiers, le
préfet-yoleur refusant
cette fois d’en recevoir une délégation ! On se
souvient enfin des
tracasseries inadmissibles faites en Guadeloupe à Me Durimel,
avocat et grand
pourfendeur du chlordécone dans l’île-sœur.
Mais passons…car
aujourd’hui, il y a plus grave.
L’Etat et ses
services déconcentrés révèlent enfin leur
vrai visage avec l’affaire du
pisciculteur du Saint-Esprit. En effet, le communiqué de la
Direction des
Services Vétérinaires écrit noir sur blanc que la
présence de chlordécone dans
les bassins de cet exploitant « …dépasse
les normes ». On est en pleine science-fiction. Ou en
pleine
tragi-comédie si l’on préfère. Et nous posons
à ces messieurs-dames la seule
question qui vaille :
« Depuis quand
établit-on des normes d’utilisation pour un
poison mortel ? »
Un
poison est un poison et doit être interdit. Point barre. La
santé de la
population doit prévaloir sur la logique économique.
C’est tout. Jamais on ne
dirait aux gens de consommer ne serait-ce qu’un milligramme d’arsenic,
par
exemple. Et le chlordécone, le paraquat, la dieldrine et
consorts sont pire que
l’arsenic car au moins ce dernier agit-il immédiatement et la
personne atteinte
peut être rapidement soignée, tandis que les pesticides
susnommés agissent
sournoisement, pendant des années et des années, et sont,
au bout de 30 ans,
comme nous l’avons écrit dans notre livre, L. Boutrin et moi,
responsables de
l’explosion des cancers de toute nature que l’on constate aux Antilles,
du
développement exponentiel des maladies d’Alzheimer et de
Parkinson, des
malformations congénitales, de l’infertilité
féminine cet masculine
etc…Evidemment, là encore, on nous avait traité
d’affabulateurs lorsque nous
avions déclaré que la Martinique était le
deuxième pays au monde le plus touché
par le cancer de la prostate après les USA lequel, soit dit en
passant est le
plus gros utilisateur de pesticides au monde. Le numéro 1814 du
magazine
« LE POINT », en date du jeudi 21 juin 2007,
vient nous donner
raison. Il est intitulé « Hôpitaux : le
palmarès 2007. 700
établissements au banc d’essai. Les meilleurs, ville par ville
pour 400
spécialistes. ». Que découvre-t-on dans cette
étude ? Que La Meynard
à Fort-de-France et le C.H.U de Pointe-à-Pitre ne
figurent pas dans la liste
des 50 meilleurs hôpitaux français, ce qui n’est pas
choquant vu le manque
criant de matériel et de personnel régulièrement
dénoncé par les syndicats
locaux. Mais ce qui est beaucoup plus intéressant, c’est qu’il
n’y figurent pas
non plus pour les 50 meilleurs hôpitaux traitant de l’infarctus
du myocarde,
des accidents vasculaires cérébraux, des stimulateurs
cardiaques, de la
chirurgie des artères, de la chirurgie des testicules, des
calculs urinaires, de
la thyroïde etc…Et savez-vous dans
quelles spécialités nos deux centres hospitaliers
antillais figurent dans ce
palmarès ?
Dans
celui du cancer de la…prostate. Le CHU de Pointe-à-Pitre est
classé 10è et La
Meynard 26è. Pas mal non ? Surtout que si l’on tenait
compte de notre
faible population par rapport aux départements français
de l’Hexagone, notre
classement serait nettement meilleur. Exemple : l’hôpital
Cochin à Paris
traite 313 cas par an et le CHU de Pointe-à-Pitre 184.
Même s’il n’y a pas que
Cochin comme hôpital à Paris, cette ville compte tout de
même 8 millions
d’habitants contre 400.000 dans toute la Guadeloupe. Pas besoin
d’être un grand
arithméticien pour comprendre qu’aux Antilles, ce cancer
explose. Le problème,
c’est que l’enquête du « POINT » ne traite
pas de cancers normalement
rares comme celui du « myelum », mais
hélas, point du tout rares au
« royaume de la banane » comme le constatent,
effarés, divers médecins
généralistes du Lorrain, du Marigot, de Basse-Pointe et
de Sainte-Marie. Nos
détracteurs avaient rétorqué que le cancer de la
prostate était d’origine
génétique, en clair qu’il frappait surtout les
Nègres. Nous diront-ils
maintenant que le cancer du myelum frappe surtout les chabens ou les
Koulis ?
On
serait en plein vaudeville, en pleine
bouffonnerie, si ce
n’était pas l’avenir même des peuples martiniquais et
guadeloupéens qui étaient
concerné. En fait, l’Etat, les Békés et les
Chambres d’agriculture font tout
pour dissimuler leur responsabilité et empêcher la
constitution d’une commission d’enquête parlementaire
qui seule serait habilitée à éclaircir les choses,
bénéficiant il est vrai de
l’incurie de la plupart nos politiques, de la pleutrerie de la plupart
de nos
journalistes et de l’inertie de nos populations auxquelles sont
offerts, jour
après jour, des dérivatifs. C’est à qui, par
exemple, cherchera, ces jours-ci,
à gagner le concours « Digicel » pour
avoir un « Hummer »,
cette sorte de petit frère du tank que l’on voit mal rouler sur
nos routes
surencombrées.
En attendant, que l’on nous permette de reposer
notre question à
l’Etat et à ses services déconcentrés :
« Depuis quand établit-on des
normes pour l’utilisation
d’un poison mortel ? »
Raphaël
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