A
Port-au-Prince, la loi du plus fort gagne le quartier de Martissant

Avec des
centaines de maisons accrochées à
la montagne qui domine la baie de Port-au-Prince, Martissant est un
vaste
bidonville où la violence due à des conflits entre
groupes armés fait parfois
jusqu'à 10 morts par jour.
Avec ses
300.000
habitants, ce quartier du sud de la capitale haïtienne est en voie
de
surclasser celui de Cité-Soleil, jusque-là connu comme le
plus violent de
Port-au-Prince. "Ici il y a une différence, les gens se battent
entre eux
pour le contrôle du quartier, mais ils ne sont pas en conflit
avec les forces
de l'ONU", tempère Zaché, 27 ans, qui préside un
comité de promotion du
dialogue entre les belligérants.
Les chefs
de bandes se
livrent une guerre sans merci pour étendre leur autorité
sur les quatre zones
qui forment le quartier, devenu en certains endroits le fief de
truands. Les
accrochages avec la police nationale sont également
fréquents dans ce quartier
qui croupit sous des tonnes de détritus. Pas d'eau, pas
d'électricité, la
misère règne et engendre la prostitution parmi les jeunes
du quartier, qui
traînent sans pouvoir aller à l'école et se
retrouvent souvent pris dans la
spirale de la violence. "Notre vie est gâchée, totalement
bloquée
ici", se plaint Ingrid, une jeune fille de 18 ans.
Jeune
chef d'un groupe
armé à Martissant, Jean Jean pavane et plaisante dans son
antre, entouré de
trois filles. Mais il interdit toute prise de photo. "Pas de
caméra, pas
de vidéo", prévient le maître des lieux, le corps
frêle vêtu d'un
tee-shirt sans manche et d'un jean délavé d'où
pendent, accrochés à la taille,
trois téléphones portables.
Jean Jean
s'oppose à
la domination des autres chefs de bandes désireux d'imposer
leurs lois sur
l'ensemble du quartier. "Ce n'était pas mon choix de toucher
à une arme,
mais les autres m'y ont contraint", assure-t-il, après avoir
soulevé son
maillot pour montrer un corps marqué de multiples cicatrices.
"Tout jeune,
on m'a tiré dessus alors que je me rendais à
l'école. Et puis on n'a pas cessé
de m'attaquer parce que je m'oppose aux autres", explique-t-il.
Victime
de plusieurs
attentats et soupçonné d'attaques contre les autres
groupes rivaux, il s'est
fait soigner à Cuba et en Allemagne. "Je vis actuellement avec
deux
projectiles dans l'estomac et je dois bientôt voyager pour me
faire
opérer", poursuit-il.
Il vit
comme en
clandestinité dans le labyrinthe de corridors du quartier qu'il
connaît comme
sa poche. Il se montre très critique à l'égard de
la mission de l'ONU pour la
stabilisation d'Haïti, qualifiant ses membres "de vacanciers qui
courent
après les jeunes Haïtiennes". Mais le chef de bande se
plaint aussi de
l'absence de l'Etat: "Les membres du gouvernement ne font rien pour
résoudre ce problème (la violence), les partis politiques
tirent les ficelles
des conflits".
"Dans ces
conditions, il y a peu d'espoir de voir la violence s'arrêter en
Haïti",
craint Jean Jean qui préconise un "pardon national et la
réinsertion de
tous" pour sauver le pays d'une violence
généralisée.
AFP
09/01/07