Haïti – Noël
2006 : L’heure n’est pas à la fête

par Djems Olivier
Depuis
quelque temps, les
activités religieuses et mondaines qui, traditionnellement,
ponctuaient la fête
de Noël en Haïti, diminuent considérablement.
Raisons : une insécurité
grandissante, la fuite des cerveaux et des capitaux, les conditions de
vie
précaires des familles haïtiennes. Bon an mal an, d’aucuns
disent : Joyeux
Noël quand même !
L’idée de
fête est quasiment
effacée dans la tête des familles haïtiennes qui font
face à toutes sortes de
difficultés dans un pays considéré autrefois comme
la Perle des Antilles, un
pays où il faisait bon vivre, constate l’agence en ligne
AlterPresse en cette
fin d’année 2006 et à l’aube de 2007.
La crise aiguë de
l’insécurité,
donnant naissance au phénomène du kidnapping, bouleverse
les familles qui,
déjà, sont en butte à de sérieuses
contraintes socioéconomiques. Dans certaines
zones de la capitale haïtienne, même les églises sont
peu fréquentées.
Au centre commercial de
Port-au-Prince, ils ne sont pas nombreux les gens qui s’y rendent, soit
pour
faire leurs emplettes, soit pour écouler leurs marchandises
à l’occasion de la
nativité 2006, observe AlterPresse.
Venise est une jeune
femme qui
savait vendre des articles de décoration lors de la fête
de Noël. Dans une
grande cuvette, portée sur sa tête comme un pot au lait,
on ne trouve
aujourd’hui que des articles de toilettes. La raison est simple :
l’esprit
n’est pas à la fête.
« Par le
fait même qu’on
commence à kidnapper et assassiner nos enfants, je ne vois pas
pourquoi on est
obligé de fêter. Tonton Noël ne mettra pas la pointe
des pieds dans ce
pays », s’indigne cette femme maîtresse de maison.
La fête de
Noël, pour les
chrétiens, commémore la naissance de Jésus de
Nazareth qui, selon la tradition,
serait né à Bethléem le 25 décembre de l’an
1.
Cependant, cette
fête a toute
une autre considération avec la mondialisation des
échanges culturels et la
laïcisation de certaines sociétés.
Ce qui fait que les
festivités
liées à la Noël prennent progressivement un
caractère profane et familial, et
sont de plus en plus déconnectées de
l’interprétation religieuse.
Ce rituel se retrouve
également
à l’échelle d’une population locale avec la
décoration des rues et vitrines de
magasin des villes et villages dès le début du mois de
décembre (parfois même
avant) de chaque année.
Pour les enfants, la
venue du
père Noël, sur les marchés ou dans les écoles
pour apporter des jouets par
milliers, reste toujours un idéal vers lequel il faut tendre.
En Haïti, la
population semble
ne pas espérer grand-chose de Tonton Noël puisque, durant
tout le mois de
décembre 2006, les enfants étaient et sont les
principales cibles des preneurs
d’otage qui ont forcé les établissements scolaires
à fermer leurs portes.
C’est dans ce contexte
controversé que le président René Préval a
procédé, ce 22 décembre 2006, à la
distribution de jouets aux tout-petits, lors d’une activité
organisée au Palais
national.
Parallèlement,
une baisse
considérable est constatée dans l’achat massif de cadeaux
pour la fête de Noël
qui résultait, dans le temps, en un pic dans la consommation,
notamment sur les
secteurs du jouet, du loisir et de la restauration.
En 2006, les sapins de
Noël,
l’un des symboles de cette fête, ne sont pas nombreux dans les
vitrines des
maisons de commerce ou de cadeaux. Certains magasins, au centre
commercial de
la capitale, ouvrent leurs portes jusqu’à la mi-journée
pour éviter les
exactions de bandits armés.
« Le
rationnement du
courant électrique ne nous permet pas d’installer même des
sapins de
Noël ; les kidnappeurs sont dans la ville. Je souhaite,
malgré tout, que
le père Noël nous apporte de la
sécurité », déclare à
AlterPresse un
entrepreneur qui a requis l’anonymat.
Les boîtes de
nuit, de leur
côté, s’activent en dépit de la recrudescence des
actes de kidnapping.
Pour le week-end de
Noël,
différents groupes musicaux de tendance « compas
direct » sont à
l’affiche.
Bon gré mal
gré, Haïtiennes et
Haïtiens, petits et grands, souhaitent que le père
Noël apporte du changement,
de la paix et de la stabilité pour Haïti.
« Joyeux
Noël quand
même », c’est ce qu’on peut lire dans les
différents messages envoyés sur
Internet.