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En France,
ils sont de plus en plus nombreux
Sophie de Ravinel
Ils refusent tout amalgame avec
les plus extrêmes de leurs cousins d'Amérique.
TIM ROSE n'aime
pas trop décliner son identité. Devoir avouer qu'il est
du sud des États-Unis, pasteur et missionnaire en France est un
exercice pénible. Pour cette raison, il est certain que les « intellectuels
français vont adorer Jesus
Camp ». « Ils vont se frotter les
mains et encore dénoncer ces Américains stupides et
dangereux ! »
Tim n'est pourtant pas évangélique mais
réformé. Pas franchement proche
des thèses de George Bush ni de cette « frange
protestante » présentée
dans le documentaire comme « adepte
du lavage de cerveau », et d'une foi « basée uniquement sur
l'émotion et la recherche de l'extase ».
Mais depuis cinq ans qu'il vit en France, à Aubervilliers
(Seine-Saint-Denis), il a eu le temps de poser un regard critique sur « cette
spécificité laïque qui n'existe nulle part
ailleurs ». « Le
documentaire va secouer les esprits, prévoit-il, car le succès des
évangéliques en France manifeste un certain échec
de votre système. »
Les
évangéliques se sont multipliés par sept ces
soixante dernières
années. Leur nombre tourne entre 350 000 et
400 000 sur les quelque 1,1
à 1,7 million de protestants français.
Implantés majoritairement en
zone urbaine, souvent d'origines afro-antillaises, ils se partagent
entre la Fédération évangélique de France,
la Fédération protestante de
France (FPF), les Assemblées de Dieu (pentecôtiste) et des
églises
« non inscrites ».
Atteinte à la
laïcité
Ce développement
intrigue les Renseignements généraux qui lancent une
enquête sur tout le territoire. À la FPF, on
s'inquiète des
conséquences sur les esprits de cette enquête qui « stigmatise »,
mais aussi de l'influence de ce documentaire sur l'image des camps
d'été pour jeunes. Il pourrait renforcer les convictions
de certaines
caisses d'allocations familiales qui refusent d'octroyer des bons de
vacances aux familles concernées au motif d'atteinte à la
laïcité. La
Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour
l'égalité a
été saisie à ce sujet par les protestants.
Directeur de la Ligue pour
la lecture de la Bible - qui organise une trentaine de séjours
annuels
-, le pasteur baptiste Marc Deroeux s'insurge : « Nos camps n'ont rien
à voir avec du bourrage de crâne à
l'américaine ! Nous ne sommes pas sur la même
planète. »
Secrétaire général de l'Alliance
évangélique française, Stéphane Lauzet
renchérit : « Nos
racines évangéliques ne se trouvent pas aux
États-Unis mais en Europe. »
La prudence
prévaut pourtant chez Jean-François Colosimo, auteur de Dieu est américain, chez Fayard. « Tout,
en France, semble interdire une collusion politico-religieuse. Mais la
laïcité est fragile et les tentations
présentes. »
Pour preuve, il signale que « les
mouvements religieux qui fonctionnent sont fortement
identitaires : charismatiques, évangéliques ou
loubavitchs ». Et
que des populations sont
« confrontées en banlieue au renouveau
islamiste ».
À l'heure des élections, un micro-Parti
républicain chrétien prétendant « inverser le processus de
déchristianisation »
va présenter son premier candidat aux législatives. Et
Georgina Dufoix,
ancien ministre, s'est lancée dans une vaste campagne
évangélique de
prière pour que l'Esprit-Saint descende sur la France...
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