Benoît
XVI:
Intention Missionnaire,
janvier 2007

“Afin
que l'Eglise en Afrique devienne de plus en plus témoin
authentique de la Bonne Nouvelle du Christ et s'engage dans chaque
nation à
promouvoir la réconciliation et la paix” Commentaire de
l'Intention
Missionnaire indiquée par le Saint-Père Benoît XVI
par le P. Vito Del Prete,
P.I.M.E. Secrétaire Général de l'Union Pontificale
Missionnaire.
Dans son discours d'ouverture du Synode africain, en 1994, le card.
Arinze
proclama : “L’Heure est venue”; l’heure où Jésus-Christ
appelle l'Afrique ;
l’heure où les personnes présentes doivent écouter
l'appel du Seigneur et
“ce que l'Esprit dit aux Églises”.
Le Cardinal, par ces paroles, entendait donner un ton et un sursaut
à
l'assise des évêques d'Afrique, continent dans lequel
semblent être
concentrés, comme dans un enfer, les maux, les contradictions et
les
tragédies de notre époque. Dans l'Eglise d'Afrique a
été vue l'épouse
bronzée par le soleil du Cantique des Cantiques, là
où il est dit : Je suis
noire, mais je suis belle. "L'épouse noire du Cantique des
Cantiques crie de
joie, mais également d'angoisse quand elle perd son
époux. Ces dernières
années il semble que le visage joyeux de l'épouse
africaine se soit
transformée en visage triste de la mère noire qui pleure
sur ses nombreux
enfants, victimes de l'injustice, de l'exploitation, de l'oppression,
morts
à cause de la faim, des maladies, des guerres fratricides". (P.
John Baur,
Histoire du Christianisme en Afrique, EMI, 1998)
Humainement parlant, la situation du continent africain a touché
le fond de
la tragédie humaine, presque pour construire un point de non
retour. Là,
plus qu'ailleurs, l'humanité a été offensée
et violentée dans ses racines
les plus profondes et les plus élémentaires. Là,
le colonialisme et
l'institution même de l'esclavage ont continué à
exister sous des formes
plus modernes et sophistiquées. A ce propos nous
ne pouvons
ignorer les paroles du pape Benoît XVI, le 8 janvier 2007. Parmi
les
questions définies comme « essentielles », le
Saint-Père a cité les millions
de personnes, spécialement les femmes et les enfants, qui
manquent d’eau, de
nourriture, de toit. « Le scandale de la faim, qui tend à
s’aggraver, est
inacceptable dans un monde qui dispose des biens, des connaissances et
des
moyens pour parvenir à ses fins » a affirmé
Benoît XVI, invitant les
responsables des nations les plus riches « à prendre les
mesures nécessaires
pour que les pays pauvres, souvent pleins de richesses naturelles,
puissent
bénéficier des fruits des biens qui leur appartiennent en
propre ».
Une autre question d’importance, soulève également
Benoît XVI est celle du
phénomène migratoire : « des millions d’hommes et
de femmes sont contraints
de quitter leurs maisons et leur patrie à cause des violences ou
pour
rechercher des conditions de vie plus dignes. Il est illusoire de
penser que
les phénomènes migratoires puissent être
bloqués ou contrôler simplement par
la force. Les migrations et les problèmes qu’elles créent
doivent être
affrontés avec humanité, justice et compassion ».
Les états africains ne trouvent pas la paix, et ne
réussissent pas non plus
à suivre le changement continu de leur configuration
géographique même,
sujets comme ils sont à des divisions, des unions, qui durent
parfois peu de
mois, ou peu d'années. Il y a une forte instabilité
politique,
principalement due aux intérêts hégémoniques
des puissances occidentales.
Mais les conflits entre les différentes ethnies qui constituent
les
différents états africains, les guerres et les conflits
provoqués par des
fondamentalismes religieux et la folie des dictateurs qui s'installent
au
pouvoir par la violence, devenant des patrons absolus du territoire et
des
gens, pèsent encore plus gravement. Ainsi s'amorce ce
système de corruption
tellement répandu, qui dépasse les limites de garde de la
corruption normale
qui prend racine partout.
L'Afrique est devenue plus pauvre,
plus souffrante.
L'histoire à laquelle nous venons d'assister est récente.
Ethiopie, Erythrée,
Soudan, les régions des Grands Lacs, Burundi, Rwanda, Togo,
Algérie, Guinée
Bissau, Côte d'Ivoire, Cameroun, Sierra Leone, Nigeria, Zimbabwe,
Congo,
sont devenus synonymes de violence, pauvreté, maladies, haine,
conflits,
génocides. Des millions de personnes ont été
sacrifiées aux intérêts croisés
des puissances économiques internationales et aux seigneurs de
la guerre.
Elles ont été contraintes et elles sont toujours
contraintes à fuir en exode
leurs terres, pour des raisons politico-religieuses, et elles forment
ces
longues réserves d'exilés, qui n'ont rien à envier
aux camps de
concentration. L’explosion haineuse entre Hutus et Tutsis au Rwanda et
Burundi a été d'un tel drame et cruauté, que la
radio enseignait non comment
se défendre, mais comment tuer ceux de l'ethnie opposée.
Le cri de Josephine
Uwamahoro, une jeune tutsi sauvée du génocide le soir du
6 avril 1994 révèle
l'abysse dans lequel le pays était précipité.
Après avoir été sauvée de la
mort et soignée pendant un mois par des personnes qui l'avaient
recueillie,
blessée, passant devant une église, elle soupira : “Nous
ne retournerons
plus dans cette église. C'est un cimetière. Les anges
nous ont abandonnés”.
C'est cela le nouveau massacre des innocents, qui se passent dans
différentes parties de l'Afrique. Voilà pourquoi
l'épouse noire mais belle a
été transformée en l'image la plus
véritable de la mère qui pleure ses
enfants, qui lui sont enlevés dans d'atroces souffrances.
Spécialement pour l'Afrique ce que Jean-Paul II écrivait
dans sa Lettre
apostolique Novo
Millennio ineunte s'avère vrai et triste : “Notre
monde
commence le nouveau millénaire chargé des contradictions
d'une croissance
économique, culturelle, technologique, qui offre à
quelques personnes de
grandes possibilités, laissant des millions de personnes aux
prises avec des
conditions de vie bien au-dessous du minimum dû à la
dignité humaine. Est-il
possible que dans notre monde il y ait encore des gens qui meurent de
faim ?
Qui soient condamnés à l'analphabétisme ? Qui
manquent des soins médicaux
les plus élémentaires ? Qui n'aient pas de maison ou
s'abriter ?” (NMI, n.
50)
Lors du Synode africain les évêques ont redécouvert
une nouvelle image de
l'Eglise, la plus adéquate pour la culture africaine et telle
à se poser au
centre de la vie ecclésiale du continent : l'Eglise comme
Famille, la
Famille de Dieu en Afrique. Le Peuple de Dieu, entendu comme famille,
est
approprié pour conférer le sens d'appartenance, et en
même temps pour être
instrument de communion contre les barrières culturelles et
ethniques qui
sont tragiquement la cause de nombreux maux. C'est dans cette logique
que
les évêques africains requirent plus de justice dans les
rapports entre Nord
et Sud, en dénonçant les conditions iniques dans les
trafics commerciaux, la
vente d'armes aux factions africaines belligérantes, et le poids
insupportable de la dette extérieure qui tenaille la majeure
partie des pays
africains.
C'est pourquoi ils ont adopté le modèle d'Eglise-famille.
“Le mystère de
l'amour de Dieu un et trine est l'origine, le modèle et la fin
de l'Eglise,
un mystère qui trouve son expression convenable à
l'Afrique dans l'image de
l'Eglise comme famille ; il met en relief les concepts de soin de
l'autre,
de solidarité, de chaleur des rapports, d'accueil, de dialogue
et de
confiance. De plus, il indique la manière dont l'autorité
est exercée comme
service dans l'amour” (prop. N. 8).
La réconciliation est pré-condition de toutes les autres
activités
d'évangélisation, du même effort de
développement et de la même angoisse de
justice. Parce que, avant tout, il est nécessaire de convertir
et de changer
le coeur. Dans son discours du 8 janvier le Pape Benoît XVI a
répété: "nous
n’oublions pas l’Afrique et ses nombreuses situations de guerre et de
tension. Il faut rappeler que seules les négociations entre les
différents
protagonistes peuvent ouvrir la voie à une juste
résolution des conflits et
à faire entrevoir des progrès vers la consolidation de la
paix ».
L’annonce de l'Evangile en Afrique doit être
spécifiquement une annonce pour
une conversion à la réconciliation, quelle qu'elle soit.
Le but de toute
l'économie du salut est finalement de réaliser la
communion de tous les
peuples dans l'unique famille de Dieu, qui est Père de tous. Il
a fait des
deux, un peuple seul, arrachant sur la croix l'édit
d'inimitié qui était en
vigueur. L'Évangile doit montrer ici son pouvoir salvateur, se
revêtant des
valeurs culturelles du peuple africain. Quels sont les
éléments culturels
évangéliques et africains qui peuvent favoriser cette
réconciliation ? Pour
l'Évangile, ce sont la miséricorde - le pardon, et pour
la culture
africaine, le dialogue.
La rencontre de l'Évangile avec les cultures produit un bien non
seulement
pour la culture qui le reçoit, mais également pour les
autres cultures
proches et également pour le même christianisme. Un feu
est allumé, qui ne
brûle pas, s'il ne hait pas, les divisions et les offenses
inévitables que
les cultures et les peuples se sont faites lors de leur histoire. Mais
il
réchauffe également les coeurs de toutes les cultures les
embrassant d'un
amour filial divin et de la fraternité universelle.
Mais la réconciliation, pour être vraiment telle, exige
que la justice se
rétablisse. C'est ici que l'Eglise doit jouer fortement son
rôle prophétique
de témoin et d'annonce. L’évangélisation est
appelée à donner de la voix à
qui n'en a pas (prop. n. 45), à se mettre du côté
des pauvres, des
violentés, des tués, à porter la croix avec eux,
et à proclamer et vivre la
justice. Cela ne peut pas être un projet humain, inter mondain,
qui serait
un échec seulement à la pensée de compter
exclusivement sur la méthodologie
et les moyens humains. Mais elle doit être sur la ligne de la
mission
messianique du Christ dans la puissance et l'onction de l'Esprit.
Seulement
ainsi elle ne devient pas démagogie et projet politique.
Avant tout, il est nécessaire que les Églises africaines
soit témoins de la
Bonne Nouvelle. Parce que seulement à partir de la
cohérence avec la foi,
qui devient témoignage, la résurrection de l'Afrique peut
commencer.
“Evangéliser en Afrique - disait Paul VI - n'est pas seulement
annoncer le
salut, mais c'est comparer de manière continue notre vie, nos
comportements,
nos mentalités, nos projets avec la Charte des
Béatitudes, avec les
exigences d'amour que le Christ donne à ses disciples. C'est une
oeuvre de
longue portée”, qui exige de donner tout le soin
nécessaire à la formation
des consciences(Allocutions aux Évêques du Burundi en
visite Ad Limina, dans
“L’Osservatore Romano”, 7 avril 1978, p.1).
Seulement ainsi les Églises en Afrique peuvent être signes
de réconciliation
et de paix. Mais pour créer la paix, il est nécessaire de
créer la culture
de la justice, avec la reprise des valeurs naturellement africaines.
L'Eglise en Afrique est appelée de plus en plus avec insistance
à assumer un
rôle prophétique. “Il nous faut des prophètes pour
notre époque, et toute
l'église doit devenir prophète. L’éducation
à l'engagement pour le bien
commun et au respect du pluralisme sera la tâche la plus
importante de notre
époque”. Toutefois, afin que son rôle prophétique
soit crédible, il est
nécessaire qu'elle donne un témoignage fort de justice et
de paix dans ses
structures mêmes et dans ses relations parmi ses membres. “Qui
ose parler de
justice aux autres doit également s'efforcer d'être juste
à leur égard. Il
est donc nécessaire d'examiner avec soin la procédure,
les propriétés et le
style de vie de l'Eglise” (Propositions 43-44; Exhortation 106).
Nous sommes invités à prier pour que les Églises
en Afrique soient
effectivement des sacrements de réconciliation et de paix. A
travers
l'oeuvre de réconciliation de l'Eglise, cette terre, que le
poète africain
Abioseh Nicol dénomme “un compendium de l'infini”,
s'élèvera de sa situation
et ne sera plus seulement un continent du Tiers Monde en voie de
développement, mais une troisième puissance spirituelle
entre l'Occident et
l'Orient, ou bien, comme dit le poète africain Blyden, le
réservoir
spirituel de l'humanité”.
P. Vito
Del Prete
Pour lire le texte
intégral
du discours que le pape
Benoît XVI a dressé au corps diplomatique: «
pour examiner les défis que nous sommes appelés à
affronter ensemble
»: ► Benoît
XVI
Sources