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Les
évangéliques, en plein essor, peinent à
trouver des lieux de culte
Chaque dimanche, le
pasteur Yvan Castanou et ses assistants officient
deux fois. A 9 heures, puis à 11 h 30, les centaines de
fidèles qui se pressent à l'église ont vite fait
d'occuper les 290 places assises installées dans un ancien
atelier d'une rue pavillonnaire d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne),
reconverti en lieu de culte en 2002. Dimanche 4 mars, comme à
l'accoutumée, les placeurs ont été
débordés. Dans l'entrée, les retardataires se sont
installés devant un écran de télévision qui
retransmet l'office. Privés de la chaleur et de la ferveur qui,
en quelques minutes, se sont emparées de la salle.
Pendant
le culte, les enfants sont rassemblés au sous-sol du
bâtiment, où une cafétéria aveugle jouxte un
espace exigu réservé à quelques ordinateurs "
pour l'aide aux devoirs et les cours de bureautique "
dispensés par l'église. " En cinq ans, nous sommes
passés de vingt à sept cents fidèles, d'origine
afro-antillaise pour la plupart. Chaque semaine, vingt nouvelles
personnes se présentent, assure le pasteur d'Impact centre
chrétien, le nom de l'église évangélique
qu'il a créée avec son frère. Depuis plusieurs
années, nous essayons de quitter ce quartier pour nous agrandir
mais nous ne parvenons pas à louer ou à acheter d'autres
locaux ; la dernière fois que nous avions trouvé un
bâtiment à Ivry, la mairie, communiste, a fait jouer son
droit de préemption. " Sollicitée à plusieurs
reprises par Le Monde, la mairie d'Ivry n'a pas souhaité
s'exprimer.
De
guerre lasse, M. Castanou, soutenu par la Fédération
protestante de France (FPF), s'est tourné vers d'autres communes
du Val-de-Marne. La location d'un entrepôt, situé sur une
zone industrielle, est en discussion. Le prix du loyer est
déjà fixé ; reste à convaincre le maire PCF.
Comme
le pasteur Castanou, de nombreux responsables d'églises
évangéliques, dont la vitalité ne se dément
pas, notamment en région parisienne, rencontrent des
difficultés pour offrir à leurs fidèles des "
lieux de culte dignes ". A la recherche d'entrepôts ou de
cinémas désaffectés, ils passent d'une
localité à l'autre, parfois pendant plusieurs
années, avant de trouver un point de chute. " Lorsqu'elles
visent un local, les communautés évangéliques se
heurtent souvent au droit de préemption des mairies ou à
leur refus de changer la destination des locaux. Les
municipalités ont peur car elles assimilent parfois ces
églises à des sectes. Ce qui est ridicule ", juge
Jean-Arnold de Clermont, le président de la FPF, qui constitue
une sorte de caution morale pour la trentaine d'églises
d'expression africaine qu'elle accueille en son sein.
Mais
parmi la multitude d'églises évangéliques
nées ces dernières années - on estime à 150
000 le nombre de fidèles en région parisienne -, toutes
ne bénéficient pas du " label " FPF. " C'est vrai que
les maires nous disent souvent qu'elles manquent de garants, mais
à partir du moment où une église a
été reconnue en tant qu'association cultuelle, elle n'a
pas besoin de tutelle supplémentaire ", poursuit M. de
Clermont. Les pasteurs sont en outre régulièrement
convoqués par les renseignements généraux.
Côté mairie, on dit craindre aussi les nuisances sonores
pour les riverains. " On a réalisé de gros travaux
d'insonorisation, assure Yvan Castanou à Ivry, mais
c'est vrai que notre culte, avec ses chants venus du gospel, du R'n'B
ou du hip-hop, est bruyant. Les voisins ne sont pas trop contents. Mais
nous restons convaincus que les refus des mairies sont purement
idéologiques, d'autant qu'on ne leur demande même pas de
subventions. Ce sont les dons des fidèles qui assurent le
financement de nos nouveaux lieux de culte. "
"
Aujourd'hui, les plus discriminés en matière de
construction de lieux de culte sont sans aucun doute les
évangéliques parce qu'ils sont les moins batailleurs,
confirme Didier Leschi, chef du bureau des cultes au ministère
de l'intérieur. Face à leurs dossiers, les mairies
exercent parfois un droit de préemption abusif. Or, pour
l'instant, les évangéliques hésitent à
porter plainte. " " Ce n'est pas dans notre nature et on ne
souhaite pas non plus aller perturber des séances du conseil
municipal ou des mariages comme peuvent le faire les musulmans ",
reconnaît M. Castanou, qui préfère s'en remettre
à Dieu qu'aux instances judiciaires.
Comparativement,
les musulmans jouissent désormais d'une relative facilité
pour ouvrir une salle de prière ou une mosquée. Si des
besoins demeurent en termes de surface, notamment, " l'islam des
caves " est en passe de disparaître. " Un lieu de culte
ouvre en moyenne par semaine ", indique M. Leschi. Plus de 2 000
lieux de culte musulman fonctionnent aujourd'hui. Et les responsables
musulmans le reconnaissent eux-mêmes, il est devenu
électoralement payant pour un élu d'assister à la
pose de la première pierre d'une mosquée. Les
évangéliques n'ont pas encore acquis ce poids
électoral aux yeux des élus locaux.
Stéphanie
Le Bars
© Le Monde
08/03/07
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