
Esclavage,
les archevêques de Canterbury et d'York conduiront une marche de
repentance
prévue à la fin du mois de mars
Les
deux personnes les plus emblématiques de l'Eglise d'Angleterre,
les archevêques
de Canterbury et d' York conduiront une marche de repentance
prévue pour la fin
du mois de mars, exprimant le regret et le repentir de l'Eglise
d'Angleterre
pour la part qu'elle a prise dans l'esclavage, rapporte le Sunday
Times. Les
deux archevêques seront à la tête de milliers de
personnes qui vont charrier
une croix géante à travers la ville de Londres. Un geste
commémorant
l'abolition de la traite des noirs.
Selon
Ekklesia News Service, des moments de réflexion silencieuse
rythmeront la
procession alors que des tambours africains feront résonner une
sombre
complainte. Le point culminant de la marche sera un acte symbolique de
"
libération du passé", probablement sous la forme d'un
fac-similé d'un avis
de vente d’esclaves aux enchères qui sera déchiré,
ou de fers et de chaînes qui
seront détachés de la croix.
"La
marche du témoignage" programmée le 24 mars
coïncidera avec le
bicentenaire de l'abolition de l'esclavage. Selon Ekklesia News
Service, la
dernière étape des actes commémoratifs qui ont eu
lieu depuis février 2006 est
le vote du Synode Général de l’Eglise Anglicane
d’Angleterre qui a décidé d'une
demande de pardon pour son implication dans l'esclavage. La
majorité des
prélats ont voté en faveur de cette décision du
Synode, soutenue par Rowan
Williams, archevêque de Canterbury, et John Sentamu,
archevêque d'York (né en
Ouganda, il est le premier noir à être nommé
à la charge d'archevêque dans
l'Eglise Anglicane d'Angleterre). Le Synode voit un lien certain entre
l'esclavage et le racisme actuel persistant.
L’Eglise
anglicane s’excuse
Mercredi,
lors de son synode à Londres, l’Eglise anglicane s’est
officiellement excusée
pour son rôle dans la traite négrière. Un geste
symbolique alors que la
Grande-Bretagne vient de lancer les préparatifs du bicentenaire
de l’abolition
de l’esclavage qui sera fêté en 2007.
L’Eglise
anglicane a présenté ses excuses pour son rôle dans
la traite négrière,
« reconnaissant les dégâts causés aux
héritiers de ceux qui ont été placés
en esclavage ». Réunie en synode mercredi à
Londres, elle a voté en faveur de
ces excuses officielles alors qu’elle débat actuellement d’une
motion sur les
conséquences « honteuses et déshumanisantes
» de l’esclavage, dont le
bicentenaire de l’abolition sera célébré en 2007
en Grande-Bretagne. La
déclaration de mercredi a fait suite à un débat
passionné, certains évêques
faisant valoir que l’ensemble du pays devait partager cette
culpabilité et pas
seulement l’Eglise. Mais l’idée a été soutenue par
la majorité des prélats
présents, dont l’archevêque d’York, Dr John Sentamu, le
premier noir à accéder à
cette charge, et l’archevêque de Canterbury, Rowan Williams, chef
spirituel des
77 millions d’Anglicans du monde entier, qui a déclaré
que ces excuses étaient
« nécessaires ». « L’Eglise a le
devoir de partager la honte et les
péchés de nos prédécesseurs. Il ne s’agit
pas de politiquement correct. Cela
fait partie de ce que nous sommes en tant que communauté
chrétienne. ».
C’est
le révérend Simon Bessant, de Blackburn (nord de
l’Angleterre), connu pour
condamner le racisme comme un « pêché »,
qui, dès le mois de janvier, a
lancé le débat pour savoir si l’Eglise devait oui ou non
présenter des excuses.
Il avait alors appelé les évêques à
« confesser leurs péchés devant Dieu »
pour le support, direct et indirect, que l’Eglise avait apporté
à la traite
transatlantique. « Il est temps de lever la main et de dire
que nous avons
aussi pris part au problème. Car l’Eglise a non seulement
apporté une aide
morale aux milliers de propriétaires d’esclaves de l’empire
britannique, mais
une agence missionnaire était également
propriétaire de dizaines d’esclaves
dans une plantation à la Barbade.» Des
évêques auraient aussi possédé des
centaines d’esclaves à titre individuel.
Marqués
au fer rouge
« Même
si l’aile évangélique de l’Eglise s’est levée
contre l’esclavage, ce n’est pas
assez pour condamner la complicité de l’institution dans la
pratique
esclavagiste », explique le révérend Bessant qui
précise que certains membres
de l’Eglise l’ont pressé d’arrêter de parler du
problème, de peur que des
excuses ne mènent à des poursuites judiciaires contre
l’Eglise. Cela ne l’a pas
empêché de largement participer aux débats de
mercredi. Il a rappelé que
l’Eglise anglicane avait joué un rôle dans l’esclavage via
la Société pour la
propagation de la parole dans les contrées lointaines et via les
propriétés de
celle-ci, comme la plantation Codrington à la Barbade. Le
révérend a indiqué
que le mot « Société » était
marqué au fer rouge sur la poitrine des
esclaves appartenant à l’église anglicane.
Parmi
les dirigeants de la Société se trouvaient alors
l’archevêque de Canterbury
ainsi que les évêques de Londres et de York. Il a
également rappelé que lors de
l’émancipation des esclaves, seuls leurs anciens
propriétaires ont été
indemnisés financièrement. L’Eglise a reçu 9 000
livres (500 00 livres
d’aujourd’hui) pour la perte de ses esclaves dans la plantation de la
Barbade.
L’évêque d’Exeter (sud de l’Angleterre) et trois de ses
partenaires en affaires
dans les colonies ont touché 13 000 livres en 1833 en
compensation des 665
esclaves qu’ils avaient dû libérer.
Pas
de réparations financières
« Nous
étions au cœur de l’esclavage, nous étions directement
responsables de ce qui
est arrivé, nous pouvons même dire que nous
possédions des esclaves, nous en
avions même labellisés certains, c’est pourquoi je pense
que nous devons
reconnaître notre histoire et présenter nos excuses
», a expliqué le révérend
Bessant. Suite à ces excuses, qui se placent en droite ligne de
celles
formulées par l’ancien Pape Jean-Paul II pour l’Inquisition et
l’antisémitisme
de l’église catholique romaine, la question des
réparations financières pour
les descendants d’esclaves s’est aussi posée mercredi. Les
hommes d’Eglise
répondent d’une seule voix qu’il n’en est pas question.
Les
excuses de l’Eglise anglicane ont eu lieu quinze jours après le
coup d’envoi à
la préparation du bicentenaire de l’abolition de l’esclavage. La
Grande-Bretagne a adopté le 25 mars 1807 la loi sur l’abolition
de la traite
des esclaves et en 1833, une loi interdit l’esclavage dans l’Empire
britannique.
Une commission consultative a été constituée pour
coordonner les diverses
manifestations de l’année prochaine et le gouvernement a
déclaré qu’il allait
donner 28,6 millions de dollars en 2006 aux associations et aux
musées pour
monter des projets. L’Eglise anglicane souhaite utiliser cet
anniversaire pour
promouvoir les valeurs chrétiennes et attirer l’attention sur
l’esclavage
moderne. Elle veut encourager les gens à connaître le
réformateur anglican
William Wilberforce, qui a conduit la campagne au Parlement pour abolir
l’esclavage, au début du 19e siècle.
Assist News
Service/RFI
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