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Antilles : silence on empoisonne !

photo de Coco B.
Les nouvelles que nous recevons de Guadeloupe et de Martinique sont
véritablement effarantes. Avec la bénédiction de
l'AFSSA (l'Agence Française de Sécurité Sanitaire
des Aliments), l'Etat Français, sous la signature du ministre de
l'économie des finances et de l'industrie, du ministre de
l'agriculture et de la pêche, du ministre de l'outre-mer, du
ministre de la santé et des solidarités, vient
d'autoriser la consommation de denrées alimentaires d'origine
animale et végétales contaminées à des taux
élevés par le chlordécone, un pesticide
particulièrement redoutable utilisé sur les bananes.
Rappel des faits :
Octobre 2002 : une
tonne et demie de patates douces en provenance de la Martinique sont
saisies par la répression des fraudes sur le port de Dunkerque.
Elles présentent une forte contamination par le
Chlordécone, un insecticide puissant utilisé sur les
exploitations de bananes et interdit depuis 1993.
Juillet 2001 : un
rapport est remis à Dominique Voynet, ministre de
l'environnement, et à Dominique Gillot, secrétaire
d'état à la santé. Rédigé par deux
inspecteurs généraux des affaires sociales et de
l'environnement, il décrit un état de pollution
"difficilement admissible" ainsi que les risques sanitaires courus par
la population (cancers, troubles neurologiques et de la reproduction).
Mars, Octobre 2003
: deux arrêtés préfectoraux en Martinique puis en
Guadeloupe imposent l'analyse des sols avant toute mise en culture de
légumes racines. Les sols contaminés ne doivent pas
être
utilisés. Tout légume produit sur un sol non
contrôlé doit être analysé et retiré
de la vente s'il contient des traces de pesticides.
Juillet 2005 : dans
l'indifférence estivale est rendu public le rapport de la
commission parlementaire qui s'est rendue sur place en février
de la même année. Elle constate que les
arrêtés ne sont pas appliqués, d'ailleurs comment
pourraient-ils l'être ? Elle apprend aussi que le
Chlordécone ne se dégrade pas et pourrait rester dans les
sols pendant plusieurs siècles.
En conclusion : le rapport propose de
fixer une limite maximale de résidus (LMR) en dessous de
laquelle des produits contenant du chlordécone pourront
être consommés.
voir aussi notre article : DOM-TOM : les oubliés des lois sur
l'eau.
http://seaus.free.fr/article.php3?id_article=11
L'état des lieux, aujourd'hui
En avril 2005 était créé par les cinq
ministères concernés (Agriculture, Ecologie, DOM-TOM,
Santé, consommation et répression des fraudes), le GEP
(Groupe d'Etude et de Prospective "organochlorés aux Antilles")
Un premier séminaire en Octobre 2005, en Martinique, permettait
de faire le point.
- Aucun indice de dégradation du chlordécone n'a
été relevé, seul le lessivage, très lent,
des sols permettra leur décontamination. Cela prendra plusieurs
siècles dans certains types de sols.
- On pensait que seuls les tubercules, racines, oignons… étaient
contaminés mais on rencontre le pesticide également dans
certaines parties aériennes des plantes (base des cannes
à sucre et d'ananas)
- On espérait pouvoir décontaminer biologiquement les
sols mais les plantes ne concentrent pas le chlordécone. Leur
teneur est bien inférieure à celle des sols.
- 40% des espèces animales marines étudiées sont
contaminées
- Des espèces d'eau douce vivant au sud de Basse Terre
présentent des concentrations très importantes (tilapia,
ouassou). La pêche a été interdite dans les cours
d'eau concernés.
- La cartographie des sols pollués a été
engagée en Guadeloupe. 4000 hectares (1/6 des terres agricoles)
seraient ainsi pollués.
- Sur les anciennes bananeraies ont été établis
des "jardins créoles" qui nourrissent les familles. Des
lotissements ont été construits. Leurs habitants sont
particulièrement concernés.
Face à ce constat faudra-t-il interdire toute culture sur les
terres contaminées des Antilles et cela pour des siècles
? C'est là qu'intervient l'AFSSA (Agence française de
Sécurité Sanitaire des Aliments)
L'AFSSA paravent des "politiques" ?
L'AFSSA est supposée protéger la santé des
citoyens. Il semblerait que son rôle soit plutôt de fixer
les normes derrières lesquelles pourront se retrancher les
"politiques". Vérification avec le cas du chlordécone.
Pour rendre légale la consommation d'un aliment contaminé
par le chlordécone, l'AFSSA a fixé une LMR (limite
maximale de résidus). Sur quelle base ? "Il existe très peu de données
chez l'homme" reconnaît l'AFSSA. Elle affirme donc
s'être basée sur des études statistiques
concernant les habitudes alimentaires des populations antillaises. La
"norme" sera d'autant plus élevée que les produits seront
peu consommés. Imaginons le procédé
appliqué en Bretagne : 80% des bretons ne boivent plus l'eau du
robinet, on devrait donc pouvoir porter la norme de 50mg/l de nitrates
jusqu'à 200mg. De cette façon il n'y aurait plus une
seule rivière, plus un seul captage, plus une seule source qui
serait "polluée" en Bretagne. Toutes répondraient aux
normes !
C'est ce principe qui a été appliqué aux Antilles.
On a admis que 8 aliments (dachine, patate douce, igname, concombre,
carotte, tomate, melon et poulet) pouvaient être consommés
s'ils contenaient jusqu'à 50microgrammes de chlordécone
par kilogramme. Pour d'autres, moins consommés, la limite
était portée à 200microgrammes. Pour
mémoire, l'eau, pour être déclarée potable,
doit contenir moins de 0,1 microgrammes de pesticide par litre. On
pourrait donc consommer un aliment qui contiendrait 2000 fois cette
dose !
C'est avec cette recommandation de l'AFSSA que les ministères de
la Santé, de l'Outremer, de l'Economie, de l'Agriculture ont
publié un arrêté fixant ces normes de consommation.
C'est ainsi que les préfets des Antilles ont eux-mêmes
publié des arrêtés qui en précisaient
l'application.
Avec ces nouvelles données le GEP estimait pouvoir "alléger la contrainte que la
pollution des sols par le chlordécone" faisait "peser sur la production
végétale". La moitié des sols
"détectés contaminés" allaient, par ce simple
choix d'une "norme", pouvoir être déclarés aptes
à la production et mis en culture. Ainsi le chlordécone
qu'ils contiennent continuerait à contaminer les
générations de consommateurs qui allaient se
succéder dans les siècles à venir.
Une question, parmi d'autres nous vient à l'esprit : Allons nous
logiquement pouvoir maintenant accepter à Dunkerque les patates
douces qui y avaient été précédemment
détruites ? Allons nous les trouver à Rungis ou dans les
divers marchés de l'Europe continentale ? La commission
européenne va-t-elle enregistrer cette nouvelle "norme" ou ces
normes resteront-elles spécifiques aux Antilles ? Oubliés
des lois sur l'eau, les DOM-TOM vivront-ils également sous un
régime sanitaire d'exception ?
En attendant, en Guadeloupe des citoyens n'acceptent pas ce
mépris et cette fatalité. Ils se sont regroupés
dans un collectif
"Agriculture-Société-Santé-Environnement" (ASSE)
qui a décidé de porter plainte pour mettre chacun face
à ses responsabilités.
La lettre de S-EAU-S
Février 2006
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