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Quand RFO déconne avec le
chlordécone.

Ce jeudi 12 avril 2007,
la radio d’Etat, RFO, s’est livré à une de ces
habituelles manipulations dignes d’une république
bananière. Cela n’aurait présenté aucun
caractère de gravité si le sujet dont traitait
l’émission de Paulo, « A l’abordage »,
n’était pas justement un sujet gravissime : la santé
du peuple martiniquais. En effet, alors même que le livre de L.
Boutrin et R. Confiant, Chronique
d’un empoisonnement annoncé,
est sorti depuis le 22 février dernier et que jamais la radio
publique n’a invité ces deux auteurs à venir en parler
sur ses ondes, voilà qu’elle fait venir de
« Fouance » rien moins qu’un Grand Blanc. Le
vice-président en personne de la FNSEA, le plus important
syndicat agricole français. Et ce monsieur de tailler en
pièces l’ouvrage en question en déclarant qu’il s’agit
d’ « un fond de commerce », qu’il
« ne repose sur aucune base scientifique »,
qu’ « il vise à détruire l’agriculture
martiniquaise » et qu’ « il s’agit d’un
chiffon rouge qui est agité à tort et à
travers ».
La moindre des
choses eut été d’organiser un débat contradictoire
afin qu’un seul et unique son de cloche, celui des patrons et des
Békés, ne soit pas asséné ainsi au peuple
martiniquais, cela dans le but évident de déculpabiliser
et de dédouaner les responsables de 30 ans d’empoisonnement de
nos sols, nos nappes phréatiques, nos rivières et nos
rivages. « A l’abordage » et son animateur se
sont discrédités aux yeux de tous les Martiniquais
conscients, non seulement en bafouant les règles les plus
élémentaires de l’équité médiatique,
mais surtout en renforçant l’idée que la parole d’un
Blanc-France vaut davantage que 227 pages écrites par deux
nègres martiniquais.
Mardi dernier, dans le
courrier des lecteurs de « France-Antilles », on
pouvait lire un courrier du professeur Dominique Belpomme,
éminent cancérologue de stature mondial et l’un des tous
premiers à dénoncer les effets nocifs sur la santé
humaine des pesticides, en particulier du chlordécone. Celui-ci
y déclarait même quelque chose que L. Boutrin et Confiant
n’ont pas consigné dans leur ouvrage : à savoir que
les enfants sont les premiers atteints par les ravages du
chlordécone. En effet, une enquête à
démontré que 90% des femmes enceintes de la Martinique et
de la Guadeloupe ont un taux de ce produit considérablement
supérieur à la normale. Cela signifie que c’est le
devenir même de nos peuples qui est en péril, d’autant que
le taux de fécondité chez nous est tombé à
1,8 enfant par femme, c’est-à-dire en dessous du seul de 2 qui
est celui du renouvellement normal d’une population (par comparaison,
celui de la France est à 2, 1).
Après cet
émission-coup bas, il est à espérer que les
journalistes martiniquais de RFO qui ont un minimum de dignité
protesteront auprès de leur direction et exigeront que la parole
soit donnée à L. Boutrin et R. Confiant dans les
mêmes conditions que celles qui ont té
attribuées au vice-président de la FNSEA, syndicat
patronal, faut-il le préciser, dont l’idéologie et les
méthodes sont vivement contestées dans l’Hexagone par
tous les partisans d’une agriculture saine et biologique.
La rédaction
de MONTRAY KREYOL
1)
RFO : Réseau France Outre-mer
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