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Chlordécone : l’UPG et 3 associations portent plainte

bananier
photo de Coco B.

Le 3 mars 2006, 4 associations actives dans l’affaire de la pollution au chlordécone en Guadeloupe – l’Union Régionale des Consommateurs, SOS Environnement Guadeloupe, ASSE (Agriculture Société santé Environnement) et l’UPG –  ont déposé une plainte contre X  pour « mise en danger de la vie d’autrui » et pour « administration de substances nuisibles ».

La dangerosité de cet insecticide est connue depuis de nombreuses années :
1976 : il est interdit aux Etats-Unis suite à la fermeture d’une usine de production pour pollution de son environnement immédiat et effets toxiques aigus du produit sur les travailleurs.

1977 et 1980 : deux rapports mettent en évidence la pollution des sols et des milieux aquatiques aux Antilles.
1979 : le chlordécone est classé comme cancérogène probable par le Centre International de la Recherche contre le Cancer.
1990 : reconnu toxique et fortement rémanent, il est interdit en France.

Pourtant, en Guadeloupe et en Martinique, une dérogation autorise les planteurs à l’utiliser jusqu’en 1993 – date de son interdiction définitive. Pendant une vingtaine d’années, « les bananeraies ont été traitées parfois plusieurs fois par an, à raison de 3 kg de substance active par hectare et par application ; au total près de 300 tonnes de substance active (soit 6000 tonnes de Curlone) ont été vendues, d’après les données commerciale de l’époque » (1).

Cette dérogation est véritablement scandaleuse car ceux qui l’ont accordée n’ont pas simplement enfreint le principe de précaution, ils ont surtout prolongé consciemment l’exposition au danger de la population antillaise et de son environnement.
C’est en 2002 que la catastrophe écologique et sanitaire éclate au grand jour lorsqu’une cargaison de patates douces en provenance de Martinique, contaminée au chlordécone, est saisie par les douanes à Dunkerque : preuve que l’insecticide, présent dans les sols antillais, a contaminé la chaîne alimentaire.

En Guadeloupe, le bilan de la pollution des sols et des eaux par le chlordécone est alarmant. On estime qu’au moins 4000 hectares soit un sixième de la surface agricole utile de la Guadeloupe sont pollués (voir carte) – et ce pour plusieurs siècles puisque aucun signe de dégradation de la molécule n’a été relevé. Les rivières du Sud Basse-Terre sont polluées et la pêche y a été interdite en 2005.
Face à cette pollution, la réaction des autorités a été tardive et bien timide : en 2003, deux arrêtés préfectoraux obligent les producteurs à faire analyser leurs sols avant toute mise en culture de tubercules et interdisent la vente des produits contaminés. Fin 2005, des limites maximales de résidus dans les produits végétaux et animaux sont fixées par l’AFSSA. Cependant, ces limites fixées à la hâte supposent des contrôles fréquents sur les marchés et sont difficiles à faire respecter dans la pratique.

La plainte déposée vise à faire établir les responsabilités dans cette affaire et, par la suite, à obtenir l’indemnisation des producteurs qui sont doublement victimes : d’abord parce qu’aux yeux des consommateurs, ce sont eux les pollueurs, et d’autre part car la contamination durable de leur outil de travail les plonge dans la détresse économique : obligés de se diversifier pour faire face à la crise du secteur de la banane mais sans alternative face à la pollution, ils se retrouvent dans une impasse.

Cette pollution au chlordécone est, aux Antilles, un des premiers désastres écologiques déclarés dû à la pratique d’une agriculture productiviste, industrielle et chimique. L’UPG dénonce ce type d’agriculture peu soucieuse des dégâts occasionnés sur l’homme et son environnement, et propose en alternative une agriculture paysanne visant à laisser un patrimoine sain aux générations à venir.

(1) : d’après le Bulletin d’Alertes et de Surveillance Antilles Guyane n°8 de Juin 2005