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Du
Gaullisme, parlons-en ! - … Il y a des moments dans la vie où le
silence des victimes encourage l’arrogance des vainqueurs. Ils se
mettent alors à exécuter devant nous leur danse macabre,
leur danse de
morts. Conscients de l’impunité de leurs actes criminels, ils
ont
l’audace de vouloir faire avaler au monde entier, la pilule de
l’amnésie collective.
Du
Gaullisme, parlons-en ! - … Il y a des moments dans la vie où le
silence des victimes encourage l’arrogance des vainqueurs. Ils se
mettent alors à exécuter devant nous leur danse macabre,
leur danse de
morts. Conscients de l’impunité de leurs actes criminels, ils
ont
l’audace de vouloir faire avaler au monde entier, la pilule de
l’amnésie collective. Nous vous interpellons, car l’Afrique dite
francophone, a vécu une semaine d’anniversaire, de
commémoration et
d’hommage au général De Gaulle et nous avons vu des
Africains aller
goûter à la sauce, aromatisée et gluante du
Gaullisme, bon marché dont
les tenants ne se rappellent même plus le mal, qu’ils imposent
ainsi
aux peuples en souffrance qui gardent dans leur chair, le
désespoir et
la ruine que cette doctrine a infligé au corps
économique, social,
politique et institutionnel de nos pays africains de l’espace
francophone.
Nous
avons ainsi eu droit à des messes de requiem, à des
expositions de
photographies, à l’appel du 18 juin, et au discours de
Brazzaville sur
certaines radios africaines, bref le grand jeu pour un mort lointain.
Alors que nos populations crèvent de faim et de soif pour ne pas
parler
de la pandémie du Sida.
Frappés
par l’amnésie, la cécité politique
et l’infertilité morale, certains gouvernants africains semblent
aujourd’hui être plus préoccupés par ce qui vient
de l’extérieur,
l’anniversaire de la mort du général Charles De Gaulle,
est un
évènement pour eux. Au lieu de se préoccuper du
bien - être de nos
populations qui végètent aujourd’hui encore dans la
crasse, la pauvreté
et la maladie, dans des villages sans eau ni électricité.
L’Afrique
dite francophone souffre de la nocivité du gaullisme et de ses
séquelles, c’est pourquoi en ce qui nous concerne, nous
refuserons
toujours d’être les Africains de service, ceux qu’on utilise
comme des
paravents pour faire croire que tout va bien.
Ceux
qui dans les
temps obscurs de l’esclavage, dormaient dans la maison du maître,
quand
les nôtres passaient la nuit dans la grange avec le
bétail, ceux qui
dans la période douloureuse de l’apartheid, servaient
d’indicateurs à
la police du régime criminel blanc d’Afrique du Sud.
Ceux-là même qu’on
utilise aujourd’hui encore contre nous pour mieux nous endormir.
De
Gaulle est mort le 9 novembre 1970 dans sa résidence de
Colombey-les-
deux-églises en haute Marne. Il laissait à la France
cette doctrine
politique qu’est le gaullisme, dont les gardiens du temple, nous disent
sans sourciller que:
c’est
une philosophie politique dont le principe repose sur la grandeur de la
France, son existence en tant que nation, son rayonnement dans le monde
ainsi que l’adaptation de ses institutions et de sa vie sociale aux
exigences du monde moderne.
Le
gaullisme a commencé pendant la
guerre comme un mouvement de résistance patriotique. Il se
caractérise
par - l’unité, le rassemblement et la résistance contre
l’occupation
hitlérienne.
L’indépendance
de la France, et le refus de sa «
vassalisation » par des organismes supranationaux ( ONU, OTAN et
de la
superpuissance des USA). Cette indépendance est défendue
dans les
domaines politique, économique, culturel, diplomatique et
militaire.
Sa
méthode dit-on, repose sur le pragmatisme et le refus des
carcans
idéologiques en vue d’atteindre les objectifs fixés :
l’indépendance de
la France, son rayonnement dans le monde, l’unité
intérieure de la
France au service du projet patriotique de son leader relié
directement
au peuple français par le suffrage universel direct.
C’est
aussi la fin de l’engagement colonial de la France à travers
l’indépendance des pays d’Afrique noire et de l’Algérie.
C’est
sur l’aspect concernant le rayonnement de la France et de la fin de son
engagement colonial que nous voulons intervenir pour relever les
ambiguïtés que l’Afrique a héritées du
gaullisme et qui sont en partie
responsables des malheurs de l’Afrique dite francophone.
Le
sacrifice des indépendances africaines par le gaullisme
Il y a quatre raisons fondamentales qui expliquent la nocivité
du gaullisme vis-à-vis des indépendances africaines :
la
première, c’est le rang de la France dans les relations
internationales
et à l’ONU particulièrement avec un cortège de
pays clients qui votent
à sa suite.
La
deuxième, c’est l’accès aux matières
premières
stratégiques ( pétrole, uranium) ou juteuses (cacao,
café, bois
précieux, etc. ) auquel il faut ajouter la domination
économique et
monétaire à travers la gestion du franc CFA relié
au Franc français.
La
troisième, c’est un financement d’une ampleur
considérable de la vie
politique française, à travers des
prélèvements sur l’aide publique au
développement, la vente des matières premières et
l’attribution des
grands marchés d’équipements de nos pays aux entreprises
françaises
quel que soit le montant de la facture.
La
quatrième, c’est le
rôle de la France comme sous-traitant des USA dans la guerre
froide,
pour maintenir l’Afrique francophone dans la mouvance anti-communiste
contre l’URSS.
Donc
pour ces quatre raisons De Gaulle met en place
un système qui va nier les indépendances de nos pays
africains. C’est
cela le caractère nocif du gaullisme sur lequel nous reviendrons
plus
loin.
Retour
à Brazzaville.
La
conférence de Brazzaville
convoquée dans la précipitation est ouverte par le chef
de la France
libre le 30 janvier 1944. Aussi bizarre que cela peut paraître,
il n’y
avait pas de représentant des différents pays
colonisés. Curieuse
conférence. Elle est sensée examiner l’avenir des
relations entre la
France et ses colonies avec les colons plus nombreux à la table
de non
négociation, devant quelques pauvres noirs de service.
Charles
De
Gaulle fut pour les français sans doute un homme de
référence et les
hommages qui pleuvent aujourd’hui encore sur sa mémoire nous
font dire
qu’ils sont plus attachés à ses idées. Examinons
ici ce qu’il disait à
Brazzaville, la capitale de l’AEF de l’époque dont le gouverneur
Félix
Eboué, était un noir, franc-maçon, originaire de
la Guyane actuelle.
«
Depuis un demi-siècle, à l’appel d’une vocation
civilisatrice vieille
de beaucoup de centaines d’années, sous l’impulsion des
gouvernements
de la République et sous la conduite des hommes tels que :
Galliéni,
Brazza, Dodds, Joffre, Binger, Marchand, Gentil, Foureau, Lamy,
Borgni-Debordes, Archinard Lyautey, Gouraud, Mangin, Largeau.
Les
français ont pénétré, pacifié,
ouvert au monde, une grande partie de
cette Afrique noire, que son étendue, les rigueurs du climat, la
puissance des obstacles naturels, la misère et la
diversité de ses
populations avaient maintenue, depuis l’aurore de l’histoire,
douloureuse et impénétrable ».
Bref,
nous vous épargnons la suite
de cette allocution qui parle d’établir de nouvelles bases des
conditions de la mise en valeur de notre Afrique, du progrès
humain de
ses habitants et de l’exercice de la souveraineté
française sur nos
malheureux pays africains.
Douche
froide dans une curieuse conférence
C’est
un tournant de l’histoire coloniale française et pourtant la fin
de
l’œuvre coloniale proclamée par celui qui parle au nom de la
France,
écarte toute idée d’autonomie et d’indépendance
des possessions dite
françaises.
De Gaulle n’est pas le décolonisateur dont la France
vante le mérite, c’est une immense supercherie des tenants du
gaullisme
sur laquelle nous nous réservons le droit de revenir, car en
définitive, c’est bien nous les africains qui sommes aujourd’hui
encore
les victimes de ce poison nocif qu’est le gaullisme.
Le
général De
Gaulle souligne la nécessité d’amener les africains
à participer à la
gestion de leurs propres affaires, mais avec une restriction importante
: « la fin de l’œuvre de civilisation accomplie par la France
dans les
colonies dit-il, écartent toute idée d’autonomie, toute
idée
d’évolution hors du bloc français de l’empire ; la
constitution
éventuelle - même lointaine - de self-governments dans les
colonies est
à écarter »
Nous
connaissons la suite : l’union française est crée
en 1946, après le retrait du général de Gaulle de
la vie politique pour
entamer à Colombey-les-deux-églises « une longue
traversée du désert »
Le
13 mai 1958, il revient au pouvoir pour amorcer le processus
éphémère
de la soit disant communauté franco-africaine en clair un
mariage du
cheval et du cavalier.
Laissons
ici le grand Sily guinéen Ahmed
Sékou Touré exprimer ce que les Africains dans leur
immense majorité
pensent réellement de l’homme à la croix de Lorraine, de
la France et
de la communauté de souffrance qu’ils proposent aux peuples
africains
des colonies françaises.
Le
gaullisme comme une immense duperie
Lundi
25 Août 1958, la rencontre du Sily avec la croix de Lorraine est
une
page de dignité dans l’histoire des peuples africains, peu
importe ce
que cela coûtera à Sékou Touré et à
la Guinée, mais les blancs savent
depuis ce jour là que tous les africains ne sont pas des laquais
prêt à
s’inviter à la soupe gluante et puante du gaullisme triomphant.
La
réception de Conakry fut grandiose et inoubliable, De Gaulle lui
même
en témoigne et le souligne dans ses mémoires. Les
historiens français
ne nous contrediront pas sur ce point. Ce jour là De Gaulle
habitué aux
interlocuteurs africains de service, plus formalistes, n’a aucune
idée
du tempérament fougueux et de la phraséologie
révolutionnaire et
syndicaliste du jeune leader guinéen.
Après
avoir salué l’homme du
18 juin, le patriote résistant, le héros de guerre,
l’homme à la croix
de Lorraine, l’éléphant orateur, le Sily guinéen
entre dans le vif du
sujet : « Notre option fondamentale qui a elle seule, conditionne
les
différents choix que nous allons effectuer, réside dans
la
décolonisation intégrale de l’Afrique, ses hommes, son
économie, son
organisation administrative, etc, en vue de bâtir une
communauté
franco-africaine solide dont la pérennité sera d’autant
plus garantie
qu’elle n’aura plus en son sein des phénomènes
d’injustice, de
discriminations ou tout autre cause de dépersonnalisation et
d’indignité. » Et le Sily ajoute comme pour porter
l’estocade : « Nous
ne renonçons pas et nous ne renoncerons jamais à notre
droit légitime
et naturel à l’indépendance. Car nous entendons exercer
pleinement ce
droit, le projet de constitution ne doit pas s’enfermer dans la logique
du régime colonial ». Puis il ajoute comme pour enfoncer
l’estocade : «
Nous sommes africains et nos territoires ne sauraient être une
partie
de la France. La qualité ou plutôt la nouvelle nature des
rapports
entre la France et ses anciennes colonies devra être
déterminer sans
duperie. En disant Non de manière catégorique à
tout aménagement du
régime colonial et à tout esprit paternaliste, nous
entendons ainsi
sauver dans le temps et l’espace les engagements qui seront conclus par
la nouvelle communauté franco-africaine.
Notre
cœur, notre raison,
en plus de nos intérêts les plus évidents , nous
font choisir sans
hésitation, l’indépendance et la liberté dans
cette union, plutôt que
de nous définir sans la France et contre la France.
Il
n’y a pas
de dignité sans liberté, car tout assujettissement, toute
contrainte
imposée et subie dégradent celui sur qui elle
pèse, et lui retire une
part de sa qualité d’homme et en fait arbitrairement un
être inférieur.
Nous préférons la pauvreté dans la liberté
à la richesse dans
l’esclavage »
Ce
discours est d’actualité et il n’y a aucun
africain aujourd’hui digne de sa race qui ne se reconnaît pas
dans
l’intervention sans concession du grand Sily guinéen. Il ne
s’agit pas
ici d’être pour la France ou contre la France et les Gaullistes.
Il
s’agit d’établir de nouveaux rapports qui instaurent la
confiance et
l’amitié vraie dans les relations franco-africaines.
Observez
aujourd’hui la pénétration des Chinois en Afrique et vous
comprendrez
que c’est sur la base de l’amitié, du travail bien fait dans la
confiance sans volonté de dominer l’autre qui fait
qu’aujourd’hui les
Africains se tournent vers la Chine pour construire de petites
infrastructures que les Français auraient facturé au
triple du coût
normal.
La
duperie, oui la duperie et le mensonge ont vicié nos
relations avec la France officielle, il est temps de décoloniser
les
relations Franco-africaine.
Pour
que nous retrouvons ensemble ce
que le Sily guinéen proposait à De Gaulle à
Conakry, il y a 48 ans. Un
vrais mariage sur la base de la confiance et de l’estime entre les deux
parties.
Et
la France officielle doit être heureuse que ce soit un
chercheur africain qui le dit clairement avec son indépendance
d’esprit. Car demain. Ce sera des hommes et des femmes, avec machette
et fusil en main dans la rue qui l’exigeront de Lomé à
Dakar, de Douala
à Brazzaville, de N’djamena à Abidjan, si ce n’est
déjà fait pour cette
dernière ville.
Et
ce jour là la France officielle et les
gaullistes du dimanche se rendront compte tardivement de la rupture
nécessaire qu’ils ont refusé d’opérer avec le
paternalisme de type
gaullien dans les relations franco-africaines.
Aujourd’hui,
il y a
en Afrique une autre race de chefs d’états. Ils ne sont pas
nombreux,
mais c’est une question de temps. Ils ne ressemblent pas et n’ont rien
à avoir avec les Houphouet-Boigny, Mobutu, Bokassa, Habyarimana,
Léon
Mba, Eyadéma, Yaméogo, Hamani Diori, Tombalbaye, Amadou
Ahidjo, Bongo,
Biya, Sassou Nguesso, Compaoré et consorts.
Ils
ont pour nom :
Ellen Johnson-Sirleaf, Tabo Mbeki, Yahi Boni, Gbabo Laurent, John
Agyekum KUFUOR. Et nous pouvons vous assurer qu’ils pensent tous la
même chose que le défunt Sily guinéen. Ils
souhaitent tous une amitié
sincère avec la France, loin des assujettissements qui nous ont
conduits dans les impasses du temps présent.
Revenons à Conakry pour écouter Charles De Gaulle
Face
a une exigence de bon sens et une main tendue par les nationalistes
guinéens pour construire une communauté fraternelle et
humaine.
Calmement, De Gaulle se lève d’un pas lourd, le regard lointain
et
méprisant, cette expression se retrouve toujours chez les blancs
quand
ils ont affaire aux africains.
Fier
de lui même et de sa patrie il
va répondre au grand Sily. Le commandant de la révolution
guinéenne qui
affronte ce jour là comme disent nos parents malinké le
deuxième des
trois jours inscrits dans son destin. (le jour de la naissance, le jour
du courage et celui de la mort)
La
réponse du général est claire
et brutale : « on a parlé d’indépendance ; ( comme
s’il ne connaissait
pas celui qui a parlé d’indépendance, c’est une
manière hautaine et
ironique de ridiculiser celui qu’on a en face de soit) je dis ici
plutôt qu’ailleurs que l’indépendance est à la
disposition de la
Guinée. Elle peut la prendre le 28 septembre en disant «
Non » à la
proposition qui lui est faite et, dans ce cas je garantis que la
métropole n’y fera pas d’obstacle.
Elle
en tirera bien sûr des
conséquences mais d’obstacle elle n’en fera pas et votre
territoire
pourra comme il le voudra et dans les conditions qu’il voudra suivre la
route qu’il voudra ». Puis De Gaulle poursuit sans état
d’âme : « La
communauté, si nous la faisons ensemble, ce sera un acte de foi
dans
une destinée commune et humaine et ce sera aussi, je crois bien,
la
manière, la seule manière d’établir une
collaboration pratique pour
bien des hommes dont nous avons la responsabilité. Je crois que
la
Guinée dira Oui à la France et alors je crois que la
route nous sera
ouverte où nous pourrons marcher en commun ».
Le
général De Gaulle ce jour là a manqué de
psychologie et de tact vis-à-vis des Africains.
En
effet les nationalistes guinéens n’attendaient qu’une simple
promesse
d’aménagement de ce qui était proposé pour voter
Oui, au lieu de cela,
le chef de la France libre brandit des menaces à peine
voilées.
Le temps des ruptures
Nous
rappelons ici que les Soussou, les Bambara et les malinké sont
des
vieux peuples d’Afrique de l’ouest, des peuples très fiers qui
en
Afrique connaissaient la notion d’Etat quand l’Europe d’aujourd’hui
était encore en plein moyen âge. Aller chez eux et
s’adresser à eux en
terme de menace, sur des sujets concernant l’indépendance et la
liberté, même l’homme le plus fou de la terre ne fera pas
cette grave
erreur historique.
L’histoire
des Etats qui se sont constitués au
cœur du continent africain depuis le XIVème siècle et le
XVIème siècle
et qui par leur dimension, le niveau de leur organisation et l’ampleur
de leur rayonnement, avaient dépassé le stade des
institutions et des
structures des sociétés médiévales
européennes, étaient aussi l’œuvre
des Bambara, des peuls et des malinké dont une bonne partie
vivent dans
la guinée actuelle.
Arrogant,
hautain, menaçant un des peuples les
plus ancien du continent africain et surtout en homme suffisant et
rempli de ses certitudes d’homme blanc, De Gaulle ce jour là ne
cherchait pas un dialogue constructif, il voulait que le peuple
guinéen
dans son entier soit à genoux devant lui pour son triomphe
personnel et
celui du Gaullisme gluant et puant d’arrogance.
Au
lieu d’un vrai
mariage entre égaux, De Gaulle parle de sécession
pénale : « nous
voulons la liberté, on nous promet des sanctions », dira
plus tard
Sékou Touré.
Ce
fut ces considérations qui motivèrent le « Non
»
de la Guinée au référendum du 28 septembre 1958.
Rappelons pour ceux
qui ne le savent pas que la question posée par le
référendum était : «
acceptez-vous que votre pays forme avec la France une communauté
de
peuples dont le fonctionnement est défini par le texte soumis
à votre
appréciation ? » C’est dans ces conditions exposées
plus haut que la
Guinée vota pour un « NON » retentissant, non
à De Gaule, non au
paternalisme et non au néocolonialisme français. Les
Guinéens
aujourd’hui encore estiment que les humiliations, et les luttent
menées
par les résistants africains, n’ont pas été faites
pour que le jour
venu, ils refusent l’indépendance et la liberté à
travers un simple
vote.
C’est également le même mépris et la même
arrogance qu’on
retrouve chez les néo-gaullistes qui à travers les
accords de
Marcoussis ont obligé un chef d’état africain, Laurent
Gbagbo, le
président actuel de la Côte d’Ivoire à accepter des
rebelles dans son
gouvernement pour voir la France mettre toute sa diplomatie dans le
concert international au service d’une Rébellion armée
dans le seul but
d’affaiblir un chef d’état qui refuse la vassalisation de son
pays et
qui exige sans complaisance, la refondation des accords de
coopération
franco-ivoirienne.
De
l’obliger à accepter les exigences d’une
rébellion crapuleuse et favoriser une révision des listes
électorales
permettant un peuplement artificiel de la zone occupée par la
rébellion
en vue de l’organisation des élections permettant à un
gouvernement
fantoche d’arriver au pouvoir.
Et
cela pour les seuls intérêts de
la France dans un pays qui n’aspire qu’à être libre dans
la
diversification de ses choix, de ses amitiés et de sa
coopération avec
le reste du monde. C’est ce qui explique la difficulté
présente d’un
règlement durable de la crise ivoirienne.
La
France néo-gaullienne
n’a pas tiré les leçons du Fantochisme et de ses
conséquences à long
terme dans le Moyen orient d’aujourd’hui. Nous soumettons à la
méditation des gaullistes et des experts du quai d’Orsay qui
n’ont pas
prévu une seule seconde l’opposition d’une société
civile ivoirienne
aux accords de Marcoussis, de réfléchir à
l’affaire Mossadegh.
Les
leçons de l’affaire Mossadegh
Permettez
- nous de rappeler aux néo-gaullistes l’histoire du nationaliste
iranien Mohammed Mossadegh. Sachez que pour la première fois, le
19
mars 2000, la secrétaire d’Etat américaine Madeleine
Albright,
reconnaissait publiquement l’implication des USA dans le coup d’Etat
qui renversa le premier ministre iranien le Dr Mohammad Mossadegh le 19
Août 1953.
Les
circonstances de cette implication sont aujourd’hui
bien connues, car le New York Times a divulgué en avril 2000 un
rapport
secret de la CIA sur le rôle joué par la CIA et les
services secrets
britanniques dans un événement qui bouleversa durablement
les rapports
de forces au Proche- Orient.
Mossadegh,
était un juriste qui avait
étudié les sciences politiques en France et le droit
à Neuchâtel en
Suisse. C’était un nationaliste intransigeant sur les
intérêts de son
pays vis-à-vis de l’étranger et surtout un
anticolonialiste
fondamentalement opposé à toutes les formes de
subordinations de son
pays. C’est lui qui, en 1944 rédigea la loi iranienne
interdisant à
quiconque de négocier un accord de prospection, de concession et
d’exploration pétrolière avec des compagnies
étrangères sans l’aval du
parlement élu par le peuple iranien. Devenu premier ministre de
l’Iran
le 29 avril 1951, il nationalise l’Anglo-Iranian Oil Company.
Contrairement
à ce qu’affirme à l’époque la propagande
britannique, le Dr Mossadegegh
est résolument démocrate. Nationaliste et non-communiste.
Il présente
une offre d’indemnisation aux britanniques, qui exigent une
compensation pour la totalité des revenus dont-ils seront
privés dans
les 40 années suivantes. C’est cette arrogance qui radicalisa la
position des nationalistes iraniens et celle du Dr Mossadegh.
Les
anglais s’adressent à la cour internationale de justice de la
Haye.
Le
Dr Mossadegh, qui conteste cette juridiction s’y rend et plaide
lui-même le 9 juin 1952 la cause de son pays . «
L’Anglo-Iranian oil,
était un Etat dans l’Etat. Tout était aux mains des
anglais, l’Iran
n’avait aucun droit de regard sur sa propre production et les prix, les
recettes sont dissimulées à travers les malversations
d’une double
comptabilité démontrée, audit à l’appui.
Cette affaire relève d’une
juridiction iranienne ». Il obtiendra satisfaction lorsque, le 22
juillet 1952, la cour par 9 voix contre 5 se déclare
incompétente.
La
CIA et le M16 britannique mettent alors en place «
l’opération Ajax »,
dont le but est de déstabiliser l’Iran et de renverser le Dr
Mossadegh
à travers un coup d’Etat avec le soutient d’un empereur
d’opérette le
Shah d’Iran Mohammad Reza Palavi.
Les
affrontement entre pro et
anti-monarchistes dégénèrent. Le 19 août
1953, 6000 figurants rémunérés
par la CIA, marchent sur le palais impérial pour réclamer
la démission
du Dr Mossadegh, qui est arrêté et jeté en prison.
Le Shah est ramené
d’exil par les USA qui lui impose comme premier ministre le
général de
pacotille Fazlollah Zahédi. Ce dernier met en place une terrible
répression contre les milieux nationalistes iraniens et une
police
politique , la Savak, sur le modèle de la Gestapo et laisse, les
USA,
les Britanniques, les français et les Hollandais,
contrôler le pétrole
iranien.
Le 6
mars 1967, trois malheureuses lignes annonceront
dans la presse iranienne le décès du Dr Mossadegh.
Considéré comme un
martyr par son peuple, des milliers d’Iraniens se rendent chaque
année
sur sa tombe à Ahmad-Abad pour rendre hommage à sa
mémoire.
Le
Shah considéré comme un traître par son peuple fut
renversé en 1979 par
une révolution islamique. Il est mort en exil et fut
enterré au Caire
en Egypte. Son nom est aujourd’hui associé au fantochisme,
à la
traîtrise et à l’irresponsabilité. Mieux encore, le
nom de REZA PALAVI,
est porté aujourd’hui par des animaux comme les chiens dans les
rues de
Téhéran. Cela doit donner à
réfléchir à tous ceux qui en Afrique,
complotent avec l’étranger contre les intérêts de
leur propre pays.
L’éviction
du Dr Mossadegh consacre l’échec de la première tentative
d’un pays du
tiers monde d’acquérir la maîtrise de ses richesses
naturelles. Cet
événement a nourri la frustration et de profonds
ressentiments chez les
iraniens d’aujourd’hui qui considèrent les USA et leurs
alliés arabes
et occidentaux comme des êtres malfaisants avec lesquels aucun
dialogue
n’est possible.
Aujourd’hui,
les Mossadegh se multiplient dans le
tiers monde, comme Nasser hier en Egypte, ils ont pour noms : Evo
Morales en Bolivie, Lula au Brésil, Hugo Chavez au
vénézuéla, Laurent
Gbagbo en Côte d’ivoire, Thabo Mbeki en Afrique du Sud, Abd
el-Aziz
Boutéflika en Algérie etc. La paix mondiale dépend
aujourd’hui de la
justice et du respect des autres dans les relations entre nations.
L’arrogance
des néo-gaullistes qui ont imposé des rebelles aux
institutions de la
Côte d’Ivoire et le ridicule comportement de la France à
l’ONU visant à
suspendre la constitution ivoirienne pour faire plaisir à la
rébellion,
nourrit déjà le dégoût et le ressentiment
des ivoiriens contre la
France néo-gaulliste, chiraquienne et sa coalition
politico-rebelle,
depuis l’échec du coup d’Etat du 19 septembre 2002, qui marque
le début
de la crise franco-ivoirienne.
De
Gaulle : Décolonisateur ou pas ?
Pour
nous les Africains, le seul devoir moral que nous avons aujourd’hui vis
à vis du gaullisme, c’est de contribuer à détruire
le mythe de cette
fausse croyance de légitimation du général De
Gaulle comme
décolonisateur, ami de l’Afrique et des africains. Nous allons
démontrer ici le contraire pour permettre à notre
jeunesse de regarder
le gaullisme avec d’autres yeux .
Les
petits bonimenteurs du
messianisme et de la mystification gaullienne, veulent nous faire
croire que dans le cadre de la décolonisation, De Gaulle avait
vite
compris les africains pour leur redonner la fierté et la
liberté. En ce
sens De Gaulle apparaît comme un messie attendu qui aurait fait
en
sorte que l’Africain soit soulagé de tous ses malheurs.
À
en
croire les exégètes du gaullisme, tout ce passe comme si
l’autonomie
interne que De Gaulle propose quand il revient au pouvoir en 1958 est
le paradis pour les africains. C’est de la foutaise. Observez les
colonies anglaises d’Afrique de la même période et vous
comprendrez,
Mesdames et Messieurs le ridicule des encenseurs, des troubadours et
autres laudateurs mesquins du gaullisme.
La
vérité est que le mot
indépendance n’était pas prononcé à
Brazzaville ainsi qu’à Conakry,
c’est par la menace qu’il répond aux nationalistes
guinéens. En terme
plus précis De Gaulle ne constitue pas un magicien de la
décolonisation
et les rapports qu’il entretient avec la décolonisation sont des
rapports de mépris qui doivent figurer en bonne place dans le
livre
noir du gaullisme.
Le
général De Gaulle n’a pas condamné les
massacres de Thiaroye près de Dakar au Sénégal, le
1er décembre 1944 au
cours desquels des anciens combattants d’Afrique noire qui
revendiquaient leurs salaires et les indemnités de
démobilisation,
furent massacrés par l’armée française en terre
africaine.
Ce
fut
un carnage, une boucherie digne de la France gaullienne, bref un
immense bain de sang, les braves militaires français, dont le
pays
était hier encore occupé par l’Allemagne, s’en sont
donnés à cœur joie
ce jour là sur des soldats africains sans armes et cet fut une
tragédie
inexcusable dans le manteau puant de lâcheté qui recouvre
la France
coloniale et gaullienne : 35 morts, 35 blessés graves, 850
blessés
légers, 34 inculpations et 34 condamnations à des peines
de 1 à 10 ans
de prison ferme pour insubordination, refus d’autorité et
mutinerie. A
cela s’ajoutent des amendes de 10 000f. Mieux encore, les 34
inculpés
furent exhibés en petite tenue dans les rues de Dakar sous forte
escorte militaire afin d’intimider la population. Nous parlons ici de
faits réels et non d’un roman de science fiction.
Nous rapportons
ici des faits, vérifiables, nous demandons qu’un seul
français nous
porte la contradiction sur les faits que nous évoquons dans ces
lignes
et nous nous ferons le plaisir de brandir l’extraordinaire plaidoirie
de Maître Lamine Gueye, qui fut l’avocat des soldats africains de
Thiaroye , devant le tribunal de Dakar, qui est
considérée aujourd’hui,
comme un document d’anthologie dans l’histoire du barreau africain. Il
plaida la relaxe pure et simple de ses clients.
Ce
document se
trouve dans les archives nationales du Sénégal et est
facilement
accessible. Malgré l’évidence des faits la justice
française, cette
justice teintée de racisme et de lâcheté condamna
sévèrement les
anciens combattants africains, curieuse justice, celle qui condamne les
victimes. La France a manqué à son devoir de
dignité ce jour là. C’est
pourquoi elle se couvre aujourd’hui encore du manteau puant et gluant
de son éternelle hypocrisie.
Alors
quand la France, les gaullistes
et les Français se gargarisent des mots bon marché de
liberté, de
fraternité et d’égalité ainsi que de patrie des
droits de l’homme, nous
devons les prier de se regarder bien en face et d’avoir un minimum de
retenue pour nos morts, c’est à dire ceux qui ont
été des victimes de
la méchanceté criminelle, d’un pays sans honneur qui
s’appelle la
France dont Charles De Gaulle en était le Chef.
La
tragédie de
Thiaroye fut un immense choc pour les Africains. Elle creusa un grand
fossé entre les peuples africains et le gouvernement provisoire
de la
République français que dirigeait le
général De Gaulle. Car De Gaulle
n’avait pas condamné les massacres de Thiaroye. Mieux encore en
tant
que chef du gouvernement Provisoire de l’après guerre, il
n’avait même
pas daigné amnistier, les soldats africains qui avaient soutenu
la
France dans sa guerre contre l’Allemagne.
Le
cynisme de son
comportement devant une telle tragédie, renforça le camp
des sceptiques
qui doutaient de la sincérité des promesses hautaines
faites à la
conférence de Brazzaville en Janvier-février 1944 par le
même général
De Gaulle sous la pression des événements.
La
tragédie de Thiaroye
fut une grande désillusion pour les peuples africains, une
blessure au
cœur de tous les anciens combattants africains qui reprochèrent
à la
France ses doubles langages, son cynisme et son ingratitude.
La
tuerie de Thiaroye a soulevé une vague d’indignation dans toute
l’Afrique. Ce fut l’événement de référence
qui a déclenché brutalement
la prise de conscience des sujets coloniaux et qui a donné le
point de
départ à la lutte d’émancipation africaine.
Les massacres à la chaîne de la France gaullienne
En
définitive les Africains d’aujourd’hui n’ont aucune
considération pour
la France et son armée, qui ont érigé le massacre
des populations
civiles comme moyen de perpétuer l’honneur perdu de la France
à
Thiaroye.
Le 8 mai 1945 répression sanglante à Sétif et
Guelma en
Algérie 20 000 morts, même l’aviation française fut
réquisitionnée pour
bombarder les zones insurgées.
Le
29 mars 1947, une insurrection
éclate à Madagascar, des renforts sont rapidement
acheminés et ce fut
le carnage : des milliers de civils sont abattus et massacrés
à la
baïonnette, des villages rasés : 100 000 morts : la
pacification de
Madagascar est le grand oublié des massacres coloniaux et De
Gaulle
bien sûr n’a pas condamné ce massacre indigne de son pays.
Le
17
octobre 1961, la France du général De Gaulle ordonne la
répression
criminelle d’une manifestation sur l’initiative de la
fédération de
France du FLN dans les rue de Paris et en banlieue. Cette manifestation
visait à dénoncer le couvre-feu raciste imposé au
« français musulmans
d’Algérie » la police parisienne était
commandée par le préfet Maurice
Papon. Les manifestants furent mitraillés et massacrés :
900 morts en
plein Paris. Certains furent jetés dans la Seine après
avoir été
bastonné, ceux qui ne purent s’échapper furent
raflés pour être envoyé
dans des centres de rétention où ils furent
torturés, certains furent
même pendus à des arbres dans les bois.
Le
savoir-faire de Maurice
Papon sous l’administration du Général De Gaulle, montre
une fois de
plus la collusion étroite entre les méthodes fascistes et
coloniales.
La France, fidèle aux syndromes de Thiaroye a occulté
jusqu’à ce jour
cette partie de sa propre histoire.
Massacre
en pays bamiléké au
Cameroun. Entre 1960 et 1970, les forces camerounaises sous la
direction de l’armée française commandée par le
général Max Briand
rasent le pays Bamiléké : 156 villages sont
incendiés, 40 000 personnes
sont massacrées.
Le
ministre des armées du général De Gaulle, Mr.
Pierre Guillauma, a évoqué cette tragédie en des
termes plutôt élogieux
dans un livre de François Xavier Verschave : voici ce que
déclare Mr.
Guillauma : « Foccart a joué un rôle
déterminant dans cette affaire. Il
a maté la révolte des Bamiléké avec Ahidjo
et les services spéciaux.
C’est la première fois qu’une révolte de cette ampleur a
été écrasée
convenablement. » C’est le ministre des armées d’une des
grandes
démocraties du monde occidental qui parle. La
postérité appréciera.
Sincèrement, y a t-il des preuves plus convaincantes que celles,
aussi
claires, qui sortent de la bouche d’une personnalité de ce rang
?
Jamais de mémoire d’homme, on a vu un pays qui accepte de
façon aussi
pertinente et triomphaliste la responsabilité d’un
désastre aussi
important contre les populations civiles d’un autre pays.
Le
colonialisme français n’est-il pas coupable de crime contre
l’humanité,
de génocide, de racisme, de massacres, de négation des
autres cultures
et de domination des autres peuples ? Voilà des questions
importantes
auxquelles les gaullistes et les néo-gaullistes doivent
répondre avec
sincérité pour que tout le monde soient à l’aise.
Cela donnera de la
modestie et de l’humilité à la voix de la France dans les
relations
internationales, au lieu d’étaler leur médiocrité,
leur suffisance et
surtout leur arrogance de matamore chaque fois qu’ils sont devant les
africains.
Ils
ont la mémoire courte, il faut leur rappeler que
quand leur armée s’était liquéfiée devant
la puissance de feu et les
frappes des troupes de la Weimar, c’est vers nous, qu’ils ont
trouvé
les premiers soutiens. Nos villages de la savane, de la jungle
tropicale et du désert sahélien, très loin du
front, ont donné à la
France leurs hommes les plus valeureux alors que le gouvernement
français de Vichy prônait la collaboration avec les nazis.
Il
est
possible que les français, les gaullistes et les
néo-gaullistes du
dimanche ont honte de cette partie de leur propre histoire, mais c’est
un problème qu’ils peuvent aujourd’hui régler en adoptant
une attitude
morale vis à vis de l’Afrique et des peuples africains et non
pas en
s’illustrant dans l’étalage d’une l’arrogance contre productive
qui
n’impressionne plus personne. Car en définitif, observez bien
les
Britanniques, ils n’ont pas envoyé en masse des africains se
battre
pour eux, ils ont préféré eux-mêmes se
mettre en première ligne pour
affronter les canons et les balles de l’ennemi allemand. On appelle
cela, assumer sont destin.
Pour
nous les africains, nous ne
remettons pas en cause la modification du statuts des colonies par De
Gaulle nous lui reconnaissons ce mérite et refusons de nous
abîmer dans
la mare boueuse de la malhonnêteté intellectuelle et
perdre de vue les
changements survenus en Afrique depuis 1960, car les
indépendances même
octroyées existent belle et bien.
Pourquoi
les ivoiriens sont
descendus en masse dans les rues pour sauver le régime de
Laurent
Gbagbo contre les chars de l’armée française ? C’est tout
simplement au
nom de l’idée d’indépendance de la Côte d’Ivoire.
L’idée que ce pays
existe et que ce n’est pas à la France de décider de qui
doit diriger
la Côte d’Ivoire. Comme disent les patriotes d’Abidjanais :
« Nous
préférons un mauvais gouvernement choisi par nous, qu’un
bon
gouvernement imposé par la France ».
Nous
ne jetons pas la pierre
à De Gaulle loin de nous cette idée, mais nous laissons
le soin aux
naïfs de croire que le Gaullisme est accoucheur de la
décolonisation,
il y aura toujours des petits français et des africains de
service et
des pantins pour le croire mais pas nous et les faits exposés
plus haut
nous renforcent dans cette position. En proposant la communauté
et plus
tard la coopération aux pays d’Afrique noire, c’est pour faire
de nos
pays des instruments d’une politique internationale au service de la
gloire de son pays la France.
À
écouter les gaullistes, c’est
comme si les peuples africains étaient restés inactifs,
impressionnés
et sans réactions devant les manigances du colonialisme
français. Comme
si la mythologie gaullienne et l’histoire du gaullisme n’étaient
pas
redevables de l’espace et du sang des africains. Les français,
ne
doivent donc plus nous parler de décolonisation, en racontant la
réalité de leur histoire d’amour avec De Gaulle. Nous ne
nous sentons
plus concerné par ce débat.
Chez
De Gaulle, l’intérêt de son pays
était plus important que la survie de notre continent. Il
n’était donc
pas un décolonisateur, c’était un colonisateur, qui avait
mieux perçu
dans quelle direction soufflait le vent de l’histoire.
Il
faut que cela change pour notre avenir commun
Permettez
- nous de rendre hommage à nos paysans du milieu rural africain.
Nos
origines paysannes nous autorisent à vous dire ici que nos
parents ont
donné la preuve de leur foi dans la construction nationale en
Afrique.
Par l’émulation dans un labeur enthousiaste. Ils ont produit du
café,
du cacao, du coton, de l’hévéa, des ananas, du riz, du
mil, du sorgho,
de l’arachide etc.. Pendant longtemps rien n’a pu décourager
cette
ardeur dans le travail au service de la patrie, rien, ni les
calamités
naturelles, ni les carences des gouvernements médiocres et
corrompus
issus de la décolonisation, plus préoccupés par
leur image à l’étranger
que d’œuvrer de manière conséquente pour le
progrès économique et
social de nos masses laborieuses.
Mais
à présent, la coupe est
pleine, c’en est trop, l’enthousiasme des ouvriers, des paysans des
cadres s’émousse un peu partout en Afrique à un rythme
inquiétant,
cédant la place à la rancœur, au découragement. Le
peuple se sent
trahi, frustré des droits pour lesquels il s’est
héroïquement battu,
spolié dans ses richesses et bafoué dans sa
dignité.
Voilà
pourquoi de Cotonou à Dakar, d’Abidjan à Lomé, de
Ouagadougou à Bamako,
de Libreville à Yaoundé, de Niamey à N’djamena et
de Brazzaville à
Nouakchott, le peuple veut que cela change.
Nous
voulons pour nos
peuples africains, une politique intérieure de démocratie
et de
progrès. Une politique extérieure d’indépendance
et de dignité
nationale.
Nous
voulons une politique de coopération
interafricaine qui prenne le pas sur la coopération
franco-africaine,
une politique qui répudie donc la francophonie, ses mythes et
ses
projets.
Nous
voulons une politique de coopération internationale
rompant avec les alliances impérialistes et rejetant toute
subordination de nos pays au mercantilisme néo-colonial
français, avec
ses barbouzes, ses réseaux occultes, ses mercenaires, ses
combines et
autres instruments d’intimidations et de morts.
Il
est vrai que
les monarques n’entendent pas la voix des peuples quand ils sont
blottis dans leurs tours d’ivoire, jusqu’au jour où il devient
trop
tard. Nous craignons aussi que ce jour-là, il ne soit trop tard
pour la
France qui se fait aujourd’hui protectrice des régimes
impopulaires,
pour renouer un dialogue constructif avec les patriotes africains, pour
sauver l’amitié de son peuple avec les africains. C’est
justement parce
que tel n’est pas notre souhait que nous tirons la sonnette d’alarme
pendant qu’il est encore temps.
La
France et sa francophonie
Concernant
la francophonie, la France avance de façon subtile en croyant
que les
africains ne perçoivent pas la nocivité de sa
stratégie à moyen et à
long terme. Dans cette affaire la France sera le deuxième Gahou,
c’est-à-dire la victime de sa propre naïveté.
Nous
continuons de
penser que la francophonie n’est rien d’autre que l’adaptation et la
perpétuation de la « communauté impériale
». C’est au zèle et à
l’imagination de ses agents locaux que l’impérialisme
français doit
cette trouvaille de la francophonie.
Qu’est-ce,
au fond que la
francophonie ? Présentée comme un cadre de
coopération culturelle, elle
n’est rien d’autre, en vérité qu’un substitut de la
communauté
éclatée,et de la communauté sous sa forme
impériale. Elle l’est par sa
doctrine et sa stratégie.
Une
doctrine de coopération qui se fonde
sur l’appartenance à une même communauté de langue
et de culture, qui
ne sont autres que la langue et la culture du conquérant. De ce
point
de vue la francophonie apparaît clairement comme une doctrine
d’impérialisme culturel. C’est là l’impérialisme
le plus redoutable,
celui qui sans coup férir ouvre la voie aux autres formes de
dominations, économiques et politiques. C’est
l’impérialisme le plus
redoutable. Celui qui assure les meilleures chances de
pérennité par
des aliénations et des destructions anthropologiques.
Dans
ce cas,
quel avenir peut-on espérer pour les langues nationales, pour
les
cultures nationales sous le régime d’une telle doctrine ? Ouvrez
les
yeux et observez Mesdames et Messieurs, les ministères de la
francophonie qui ont poussé comme des champignons dans nos
gouvernements d’Afrique, pour comprendre notre rage vis-à-vis de
cette
doctrine néfaste.
Nous
le disons clairement et sans faux-fuyant,
que par sa stratégie de reconquête, la francophonie est
également une
grave menace contre l’unité à la fois politique,
économique et culturel
de notre continent. Sa démarche avouée ou non, tend
à contrecarrer le
processus de formation d’espaces de solidarité
décolonisés,
géographiquement et historiquement plus homogènes.
Ce
n’est pas
tout car par sa nocivité, la francophonie, dispose aussi d’un
organe
qui, bien qu’informel , n’en constitue pas moins un cadre de
concertation néo-coloniale. Nous voulons parler de la «
conférence
franco-africaine » qui, par sa composition, par les sujets
qu’elle
aborde, par les décisions qu’elle prend, par le rôle
prépondérant qu’y
joue la France, est une conférence impériale et
néo-coloniale.
En
tant que stratégie de reconstruction d’un espace de domination
néo-coloniale, la francophonie est la négation de toute
entreprise de
création de solidarité horizontale ou même
verticale géopolitiquement
cohérent. Observez les pays africains francophone et vous verrez
qu’en
matière de coopération, le volume des échanges est
toujours moins avec
leurs voisins anglophones.
Ouvrez
les yeux et vous observerez
comme nous que tous les pays africains francophones se sont
alignés
politiquement et diplomatiquement sur la position de la France,
favorable à la rébellion dans le cadre de la crise
ivoirienne. Les pays
qui ont soutenus le président Gbagbo sont l’Angola, la Ghana, la
Tanzanie, l’Afrique du sud et la Guinée.
La
France et les
dirigeants politiques français doivent se rappeler aujourd’hui,
que
leur pays est une ancienne puissance coloniale, un pays qui occupe dans
le présent une position moyenne dans les affaires
internationales.
Sa
langue est battue en brèche par l’anglais, la langue des USA la
seule
puissance du monde unipolaire dans lequel nous vivons. Le soutien des
africains sera donc nécessaire à la France dans le
concert des nations,
c’est dans cette voie que l’humilité comme sous-bassement d’une
coopération sans duperie, juste et humaine sera d’une grande
utilité
pour reconstruire notre avenir commun. Perdre de vue cette
réalité,
c’est tout simplement, parier sur le plus lamentable des fiascos. Car
la démographie est une science et elle nous dit que dans 20 ans
plus de
la moitié des locuteurs de la langue française seront
africains.
L’avenir
du français en tant qu’instrument de communication entre les
nations,
se joue donc en Afrique. Nous prions les francophiles, les gaullistes,
les néo-gaullistes et tous ceux qui ont foi en cette langue, de
se
mettre au travail dès aujourd’hui pour qu’elle ne se
présente pas à
nous comme une langue de domination. Car la nouvelle
génération
d’africains observera à la loupe le comportement du principal
locuteur
avant de s’engager dans la défense de la langue
française, qui est pour
nous une langue d’emprunt et non une langue maternelle.
Conclusion
générale
Nous
avons examiné le contenu des accords de 1961, dits de
coopération qui
lient la France aux anciennes colonies africaines. En
réalité ces
accords vident l’indépendance nationale de son contenu. Il faut
que les
gaullistes, les néo-gaullistes et tous les français qui
pensent
perpétuer la domination française sur nos malheureux pays
africains se
ressaisissent. Car ce sera une erreur désastreuse, les exemples
cité
plus haut montrent les limites d’un tel choix.
Nos
pays souhaitent
un partenariat loyal et une amitié sincère avec la
France, mais nos
pays africains ne veulent plus être une chasse gardée de
la France ou
des partenaires exclusifs et inconditionnels de la France encore moins
des agents français, des laquais comme le fut le Shah d’Iran
pour les
USA, avec l’errance, la fin malheureuse et minable que nous avons
retenue de lui.
Notre
conception des rapports franco-africains a
évolué suivant les deux lignes crêtes que nous
livrons aujourd’hui aux
gaullistes et aux néo-gaullistes pour que la francophobie qui
couve
aujourd’hui et qui risque de s’installer durablement entre nous
s’atténue et cède le pas à une coopération
au bénéfice de nos pays
africains et de la France et non au profit exclusif de la France, dans
l’humiliation continue de nos peuples.
1)
La première est une
ligne idéaliste, philosophique, sentimentale qui correspondait
à la
phase euphorique des indépendances. Nous n’étions
pourtant pas aveugles
sur la nature des relations définies par les « accords de
communauté,
ou de coopération » et qui recelaient structurellement des
risques
perceptibles de domination et de satellisation de nos pays africains.
La
France , nation aînée, détenait les centres de
décisions, occupait la
position de leader du groupe. Mais on espérait, malgré
tout, que
l’amitié fraternelle qui était à la base de nos
rapports l’emporterait
sur les effets d’emprise des structures, sur l’instinct de puissance et
les tentations de l’ex-colonisateur à imposer ses lois et ses
volontés
comme normes de coopération. Faute d’analyse objective, nous
avons
confondu le domaine de la science politique avec celui de la
métaphysique, frayant ainsi le chemin à d’amères
désillusions.
2)
C’est là que nous sommes passé à une seconde ligne
qui consacre notre phase de désillusion .
C
’est la découverte du réalisme politique fondé sur
une analyse
objective des rapports internationaux. C’est dans cette perspective
qu’il faut comprendre les combats de nos pères et de nos
frères d’hier
: de Kwamé Nkrumah à Patrice Lumumba, du Colonel Gamal
Abdel Nasser à
Sylvanus Olympio, de Ruben Um Nyobé à d’Amilcar Cabral,
du Commandant
Marien Ngouabi, au Capitaine Thomas Sankara.
Les
combats qu’ils
ont menés nous enseignent qu’il n’y a pas d’exemple dans
l’histoire de
pays dominés qui ont réussi leur développement, ou
dont le plein
épanouissement national à été l’œuvre d’un
autre pays. C’est grâce au
pouvoir d’autodétermination conféré par
l’indépendance qu’un peuple
retrouve la libre disposition de lui-même et peut alors
s’organiser de
manière à bâtir une économie, une culture,
une nation à son service.
Voilà
pourquoi nous revendiquons la deuxième indépendance de
nos pays
africains issus de la colonisation française afin de briser le
carcan
étouffant des séquelles du gaullisme et du
néo-gaullisme qui continuent
de vicier nos rapports avec la France officielle.
Nous
pouvons
choisir dans cette voie l’épreuve de force à la
manière du Dr Mossadegh
ou du Colonel Nasser, avec la certitude de gagner à long terme
ou la
voie du dialogue constructif dans une renégociation qui prend en
compte
les intérêts des deux parties. Car en définitif,
nous considérons d’une
manière générale que la souveraineté d’un
pays ne doit s’accommoder
d’aucune allégeance quelle qu’elle soit, et que la coexistence
des
Etats a besoin, pour être durable et profitable à tous,
doit être
établie sur le respect et la considération
réciproque et non sur des
rapports entre tuteur et mineur. Elle doit être exempte de toute
contrainte et laisser intacte, chez chacun, la capacité de
choisir et
de refuser.
La
situation de monopole des entreprises françaises
dans nos pays, leurs tendances à la surfacturation et à
l’ingérence
dans nos affaires, leur volonté de vouloir décider pour
nous sans notre
avis et cela avec le soutien des gouvernants français dont les
campagnes électorales sont financés par ces entreprises
et les régimes
fantoches d’Afrique, nous font dire ici :
Que
la vraie coopération
franco-africaine doit prendre à bras le corps la lutte contre la
pauvreté, pour que nous puissions avoir chez nous aussi des
routes
praticables en toutes saisons, des hôpitaux pour nous soigner des
écoles pour éduquer et former notre jeunesse, bref, faire
en sorte que
des choses simples comme se loger, mettre son fils à
l’école et se
nourrir convenablement ne soient plus un rêve pour notre
génération.
Que
la gestion du francs CFA sorte complètement de l’opacité
actuelle pour
ne pas faire de nos pays des éternels pourvoyeurs de devises du
trésor
français. C’est un immense scandale qui s’apparente à du
vol. Nous
demandons aux dirigeants français d’ouvrir simplement leurs yeux
si
longtemps fermés sur la réalité africaine. Pour
constater que tous les
pays anglophones d’Afrique, disposent de leur propre monnaie, il n’y a
pas de souveraineté sans monnaie. Une monnaie sur laquelle on a
aucune
emprise, une monnaie téléguidée de
l’étranger n’a jamais dans
l’histoire assuré le développement économique d’un
peuple.
Que
les dirigeants politiques Français, y prennent garde. Car ce
sera la source du prochain grand contentieux franco-africain.
Avec
l’armée française tirant à balles réelles
sur des foules africaines et
des contingents de rapatriés français fuyant l’Afrique en
perdant tous
leurs biens devant la colère des peuples trahis par la France
officielle. Cette réalité risque de se
répéter dans de nombreux pays
africains.
Comme
nous le montre si bien les images des évacuations
en catastrophe des français d’Abidjan en novembre 2004. la crise
ivoirienne deviendra un vrai cas d’école pour tous les pays
africains
qui étouffent sur l’emprise de l’ogre français. Devant de
telles images
nous sommes tous saisis par un profond dégoût
vis-à-vis du gaullisme et
de ses séquelles profondément enracinées dans la
coopérations
franco-africaine. Bref dépoussiérer les accords de
coopération avec la
France de ses séquelles coloniales et néo-coloniales
hérité du
gaullisme pour que naisse enfin après la mort du
général De Gaulle ,
une coopération franco- africaine, accoucheuse de la
deuxième
indépendance de nos pays africains de l’espace francophone. Un
tel
changement de cap sera bénéfique à la France et
lui donnera plus de
poids et de crédibilité dans les relations
internationales nous
permettant de dire qu’elle a humanisé le gaullisme comme le
résume si
bien cette vieille chanson paysanne du Venezuela :
«
Se Puede matar el hombre
Pero no mataran la forma
En que se alegraba su alma
Cuando sonaba ser libre »
Ils
peuvent tuer l’homme
Mais ils ne peuvent tuer la façon
Dont son âme se réjouit
Lorsqu’elle rêve d’être libre.
Par
Dr Serge-Nicolas NZI, Chercheur en communication
Directeur du
Centre Africain d’Etudes Stratégiques
source
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