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Paris Match en
flagrant délit de manipulation
Les dessous d’un
reportage photo à Clichy-sous-Bois. Révélation.
Le choc des mots, le
couac des photos. Dans son numéro du 1er mars, Paris Match avait
décidé de retourner à Clichy-sous-Bois pour y
effectuer un « grand
reportage » en
banlieue. Objectif : raconter la vie, un an et demi après les
« émeutes », dans la cité de la
Forestière. Laissons de côté l’article signé
Marc Sich pour nous intéresser à une photo où l’on
voit une jeune femme, blanche, assise dans un bus, entourée de
jeunes, noirs. Avec cette légende sous la photo d’Éric
Hadj : « Prendre le bus pour attraper un RER au Raincy et
atteindre le centre commercial le plus proche. Sur les portables, la
musique, du rap, joue à fond. La passagère, pas
rassurée, se plonge dans sa lecture et n’en sort pas. »
En découvrant le
journal, Mélanie M. n’en croit pas ses yeux. La jeune femme,
c’est elle. Elle est prof au lycée Alfred-Nobel de
Clichy-sous-Bois. « Je vous passe les clichés scandaleux
relatés dans cet article et les photos toutes plus
montées les unes que les autres : des jeunes taguant une voiture
en pleine journée, des photos de groupe de jeunes avec des
têtes à faire pâlir les petites mamies des campagnes
qui lisent ce journal... », dit-elle, choquée par la
méthode et par ce reportage « pro sarkozyste ». Un
reportage publié, il est vrai, dans un journal où Sarkozy
a ses entrées. N’avait-il pas obtenu auprès de son ami
Arnaud Lagardère, propriétaire de Paris Match, la
tête du directeur de la rédaction Alain Genestar pour un
article le concernant qui lui avait déplu ?
« Les jeunes pris
sur ces photos, poursuit la jeune femme, ont raconté au
lycée les méthodes de ce journaliste qui, en plus de les
faire poser, a fourni la voiture à taguer ! » « Je
n’étais pas au courant de cette photo et personne ne m’a
interrogée pour me demander si oui ou non j’avais peur ! dit la
jeune Bordelaise venue enseigner en région parisienne. C’est non
seulement de la manipulation de photo, mais je ne vous cache pas
qu’étant en contact avec les jeunes de Clichy, c’est plus que
déplacé. » Au lycée où elle
travaille, les remarques vont bon train : "Alors Madame, vous avez peur
des Noirs !"
« Mes
élèves connaissaient les jeunes de la photo qui sont
aussi au lycée et qui n’étaient pas au courant du
commentaire », explique-t-elle. Sollicité par la jeune
femme pour un démenti, Paris Match n’a pas, à ce jour,
donné suite.
Le poids des photos, le
choc des légendes... Le 1er mars, Paris Match (1) publie un reportage
du photographe Eric Hadj. Le
sujet, le quartier de la Forestière, à Clichy-sous-Bois,
au coeur des émeutes de 2005 : des immeubles lépreux, des
jeunes qui s'ennuient, des enfants qui lisent au pied des tours. Parmi
ces clichés, celui-ci, pris dans le RER, qui montre quatre
jeunes hommes noirs assis autour d'une jeune femme blanche
plongée dans un livre. Légende de la photo : «Sur les portables, la musique du rap
joue à fond. La passagère, pas rassurée, se
plonge dans sa lecture et n'en sort pas.» La
passagère s'appelle Mélanie Merlin. «Quand j'ai vu la photo j'ai souri, quand
j'ai vu la légende, j'ai bondi», raconte-t-elle
à Libération, encore choquée du texte qui ne
correspond en rien à la réalité : elle n'avait pas
peur et était simplement absorbée par son livre. Mais le
mal est fait : cette prof dans un lycée de Clichy-sous-Bois se
voit servir en classe un narquois : «Vous avez peur des Noirs, Madame ?»
Mélanie Merlin demande un démenti à Paris Match, qui l'envoie sur les
roses. Mais l'Humanité
sort l'affaire et, la semaine dernière, Paris Match publie une
«précision».
Problème, elle est de la taille d'un confetti. Du coup,
Mélanie Merlin vient d'assigner l'hebdomadaire du groupe
Lagardère pour préjudice lié à son travail
et demande la publication d'un démenti de la taille de la photo
incriminée.
Joint par
Libération, Eric Hadj se dit «vraiment désolé»
: «J'accompagnais ces jeunes
dans le RER. J'ai pris cette photo, mais je n'ai pas eu le temps de
demander l'autorisation à cette femme. J'ai demandé
à Paris Match de la flouter, mais ça n'a pas
été fait.» Second raté, la
légende : « Paris Match
a fait les légendes, explique Hadj. Je les ai validées,
mais celle-ci m'a échappé...»
(1) Paris Match n'a pas donné
suite à notre demande d'entretien.
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