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Extrait : Un peu d'histoire de
la colonisation de la Martinique
En
1635, le sieur Liénart
de l’Olive voulut faire la guerre aux
Caraïbes, Du Plessis s’y opposa arguant : « cela serait contraire aux ordres du Roi et des seigneurs de
la
Compagnie qui, ayant pour but principal la conversion de ces
infidèles,
voulaient qu’on entretînt la paix
avec
eux pour faciliter ce dessein. » Mais l’Olive, n’oubliait pas l’objectif de la
colonisation, la conversion des Sauvages, et dès le début
il s’y employa. La
mort de Du Plessis, lui laissa les mains libres et trouva un
prétexte pour attaquer les
Indiens : «En 1636, un an après
l'arrivée de l'Olive et
Duplessis, et quelques mois après la mort de ce dernier, l'Olive décida d'exterminer les "Sauvages". La
majorité se cacha; deux furent pris
et massacrés; deux autres faits prisonniers. » Les missionnaires s’insurgèrent en
parlant de
« conspiration ». Du
Tertre, le P. Raymond et les autres
religieux s’opposèrent à la politique menée par de
l’Olive : « Il n’était pas
permis de faire la guerre
injustement à une nation libre et lui ravir ses biens et
habitations.» Les Français prirent l’avantage, mais
l’insécurité fut telle,
qu’ils durent se
terrer dans leurs forts, car les embuscades succédaient aux
embuscades. En
1640, la paix revint après une médiation de Dyel Du
Parquet (Gouverneur de la
Martinique) avec les Indiens et la nomination d’Aubert comme gouverneur
en remplacement de l’Olive. Mais 1650, les
guerres redémarrèrent, en 1656. Les Caraïbes firent une alliance avec les Nègres marrons
qu’ils
débauchaient des plantations.
En 1657, ils attaquèrent les colons au Morne Riflet ;
et la même année, les Caraïbes signèrent la
paix : « Quoique la paix eût
été conclue avec
les Caraïbes, cela ne les empêchait pas de nuire aux
Français (…) Après les
avoir armés de flèches et de boutous, les Caraïbes
les roucouèrent à leur façon
afin qu’ils ne fussent pas reconnus, et ces deux nations sauvages de
l’Afrique
et de l’Amérique, mêlant leurs haines barbares contre
leurs maîtres et leurs
vainqueurs, couraient à la faveur des ténèbres, la
torche à la main, brûlant les
cases et massacrant ceux qui fuyaient à leur approche.»
L’une des ripostes nous est racontée, par l’historien Sidney
Daney, un des
tenants du système colonial, un esclavagiste avec la
mentalité de son époque,
avec tout le mépris, l’arrogance et
la
fatuité que cela implique,
affichant la
supériorité des siens comme une affirmation d’une
irrécusable
évidence : « Les
Français
en firent un carnage général, sans distinction de sexe ni
d’âge. C’est ainsi
que cette nation se vit chasser encore d’une de ses îles par les
Européens, et
que la Martinique en fut entièrement délivrée, sur
la fin de l’année 1658 .»
Si la Martinique se trouvait « délivrée»
de ses autochtones, ces derniers
n’étaient pas encore vaincus, et en l’an 1660, Houel fut chargé par les Gouverneurs de la
Martinique et de St Christophe, d’établir un traité de
paix avec les
Indiens : « parce que la
dite Isle Martinique était engagée dans la guerre avec les dits Sauvages il y a plus de six ans,
qui a causé de très grands
malheurs par
les meurtres, incendies et enlèvement de Nègres, fait par
les dits Sauvages, en
quoi le service du Roi a reçu un
notable
préjudice.»
Ils
négocièrent avec « quinze Sauvages
des plus renommés des isles de Saint-Vincent, de la Dominique,
et de ceux qui
avaient été chassés de celle de la Martinique. »
L’une des conditions
de cet accord de paix,
fut que les Indiens rendissent les cinq cents
Nègres esclaves volés sur les habitations et que les
colons cessent toute tentative
de peuplement sur Saint-Vincent et la Dominique, qui resteraient
« leur seul lieu de retraite. »
Tony Mardaye
Ces
excursions nocturnes et sanglantes durèrent
un an. Les Caraïbes et les
nègres, enhardis par l’inaction des
colons, ne s’astreignirent plus à profiter des ombres de la nuit
pour se livrer
à leurs déprédations et à leurs meurtres.
Ils poussèrent l’audace jusqu’à
s’avancer en plein jour, le 29 août 1657, sur des mornes qui
dominent
Saint-Pierre, appelé Morne Riflet, brûlèrent
quelques cases, tuèrent plusieurs
personnes à coups de flèches… Sidney Daney, op, cit., p.
81.
Sidney
Daney de Marcillac : Histoire de la Martinique depuis la
colonisation
jusqu’en 1815, Fort Royal, imp. E. Ruelle, 1846.
réimprimé en 1963 par la
société d’histoire de la Martinique Ed. des
Horizons, p.81.
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