Le
tourisme sexuel gangrène de plus en plus les plages du Kenya
Le
tourisme sexuel et la prostitution enfantine sont répandus et
largement tolérés
au Kenya, notamment sur sa côte de l'océan Indien, selon
l'une des seules
études d'ampleur sur ce phénomène, appelant
à réagir d'urgence.
"Le
gouvernement kényan, la société civile,
l'industrie touristique et les
communautés doivent admettre que la
prostitution enfantine est répandue au Kenya", dénonce
cette étude publiée
par le gouvernement kényan et l'Unicef, alors que le Kenya, qui
attire de plus
en plus de visiteurs, aborde sa pleine saison touristique.
"Il est très choquant de parler d'exploitation sexuelle des
enfants dans
ce pays, un vice qui continue de grandir et atteint une magnitude
horrible, en
particulier autour de la célèbre région de la
côte", a déploré le
vice-président kényan, Moody Awori.
Réalisée
dans les districts de Diani (sud-est), Malindi (en octobre 2005),
Kilifi et
Mombasa (novembre 2005) et Kwale (mars 2006), l'étude
relève qu'au moins 30%
des filles âgées de 12 à 18 ans - soit entre 10 et
15.000 - vivant dans ces
districts sont impliquées dans la prostitution occasionnelle.
"Entre
2 et 3.000 filles et garçons" sont impliqués dans cette
prostitution
"durant toute l'année", relève l'étude. "Beaucoup
d'enfants
devenus des travailleurs du sexe" ont migré récemment
d'autres régions du
Kenya vers la côte, où vivent les populations parmi les
plus pauvres.
Les
touristes masculins impliqués dans ce phénomène -
le plus souvent en toute
impunité - viennent d'Italie (18%), d'Allemagne (14%) et de
Suisse (12%),
affirme l'étude, qui précise que ces nationalités
arrivent en tête concernant
l'activité sexuelle avec des mineures.
En 5e et 6e position de ce classement figuent les touristes ougandais
et
tanzaniens, puis les Britanniques et les Saoudiens.
En outre, "35,5% de tous les actes sexuels" impliquant des enfants
recensés dans l'étude "ont eu lieu sans
préservatif".
L'un des révélations du rapport réside dans le
fait que "plus de 41% des
clients" du tourisme sexuel impliquant des enfants "sont des
Kényans:
c'est très significatif", souligne Sarah Jones, auteur du
rapport.
"Nous devons vraiment nous condamner nous-mêmes", a lancé
M. Awori.
"Ne prenons pas le tourisme comme excuse, c'est notre problème",
a-t-il dit.
L'existence de cette "demande locale" permet à ce
phénomène de se
maintenir pendant la basse saison touristique.
Car pour l'Unicef, l'un des aspects les plus graves du
phénomène est "le
niveau d'acceptation (du public) de cette exploitation sexuelle
enfantine dans
les régions côtières qui fait courir des risques
à tous les enfants du
Kenya".
"Plus
de 75% des informateurs clefs interrogés (acteurs de l'industrie
touristique ou
représentants de la société) sur ce
phénomène considèrent le tourisme sexuel
avec des enfants comme normal ou tolérable ou l'approuvent
complètement; seuls
20% considèrent ce comportement immoral".
Autorités
kényanes et Unicef appellent donc à une action "urgente",
sinon, ce
phénomène "va gagner d'autres régions touristiques
du pays", selon le
vice-président, qui s'est dit "choqué" par le rapport.
Pour lutter d'urgence contre ce fléau, l'Unicef et les
autorités kényanes
préconisent une révision de la législation sur
l'enfance, une répression accrue
de ces abus, l'adhésion de la majorité des hôtels,
bars et clubs à un code de
bonne conduite - 300 établissements ont adhéré
jusqu'ici -, et la mise en place
d'un tourisme responsable.
KENYA -
19 décembre 2006 - AFP