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Nous, les Noirs de France

noirs de france

Patrick Lozès est un homme en colère. Furieux de constater qu'au pays des Droits de l'Homme, certains naissent moins libres et égaux que d'autres. Et que ces citoyens de seconde zone ont souvent la peau noire.

Voilà pourquoi, il a décidé de fonder le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) pour faire – enfin ! – entendre la voix des Noirs de France. Un combat urgent à l'heure où certains tentent de réhabiliter le « rôle positif » de la France coloniale.

Patrick Lozès revient ainsi sur des questions brûlantes qui interrogent les Noirs… et les autres : « statistiques ethniques », discrimination positive, risques communautaristes, « affaire Dieudonné »…

Cet ouvrage choc ne se contente pas de dresser un réquisitoire : à quelques mois des présidentielles de 2007, il adresse aussi aux candidats un certain nombre de propositions concrètes tout à fait applicables.

Parce qu'il est temps de faire comprendre à ceux qui nous gouverneront que la diversité est un défi, mais aussi une chance pour la France.



Les Noirs de France se comptent et entendent peser dans la présidentielle


regard

Par Anne-Marie LADOUES

Les Noirs de France se comptent, ils seraient 1,865 millions âgés de plus de 18 ans selon une étude TNS Sofres, la première du genre et entendent peser dans la campagne présidentielle pour lutter contre les discriminations dont ils s'estiment victimes.
Selon cette étude commandée par le Conseil représentatif des associations noires (Cran) en association avec le Parisien, il y aurait aujourd'hui en France 1.865.000 Noirs de plus de 18 ans, soit 3,86% de la population.

Parmi cette population, plus de la moitié (56%) se dit personnellement victime de discrimination raciale dans la vie de tous les jours: 12% déclarent l'être souvent, 19% de temps en temps et 25% rarement. 61% ont le sentiment d'avoir vécu au moins une situation de discrimination raciale au cours des 12 derniers mois.

Pire encore, 37% des Noirs interrogés affirment que les dicriminations dont ils sont victimes se sont aggravées depuis un an (contre 17% qui pensent qu'elles se sont réduites et 40% qu'elles n'ont pas changé).

Brice Teinturier, directeur général adjoint de la Sofres, qui présentait l'étude mercredi à la presse, a pris soin d'en noter "la stricte légalité", la loi interdisant de constituer des fichiers à partir de données ethniques.

"Nous ne sommes là ni dans la statistique, ni dans le recensement, a-t-il déclaré, mais dans l'étude d'opinion", soulignant que l'étude était fondée sur "la perception subjective de ceux qui se déclarent Noirs".

Il a en outre précisé que l'étude, réalisée du 3 au 23 janvier en France métropolitaine et dans les Dom auprès de 13.059 personnes, montrait que 81% d'entre elles étaient de nationalité française.

Patrick Lozès, président du Cran, s'est déclaré pour sa part "choqué" que 61% des Noirs français se soient sentis discriminés au cours de l'année et qu'ils ne fassent confiance aux politiques que pour 29% d'entre eux.

"Les Noirs feront la différence dans l'isoloir", a-t-il lancé rappelant qu'il n'y avait eu "que 200.000 voix de différence entre Jospin et Le Pen au premier tour" de la présidentielle de 2002.

Le président du Cran - qui a grandi dans la région parisienne -, pharmacien et fils d'un ancien sénateur de la IVème République, a dénoncé l'existence en France d'un "racisme de faible intensité que l'on ne perçoit que lorsque l'on est d'un seul côté de la barrière".

Le Cran, créé en novembre 2005 et qui fédère aujourd'hui un millier d'associations, a soumis un questionnaire aux différents candidats à la présidentielle sur la façon dont ils comptent lutter contre les discriminations, et attend les réponses pour le 16 février.

Récusant le terme de "discrimination positive" et de "quotas" pour mieux lutter contre les discriminations, Patrick Lozès a néanmoins déclaré que si l'"on veut que cesse la surreprésentation des hommes blancs en costume-cravate (...) il faut bien fixer des objectifs".

Et ces objectifs, a-t-il souligné, c'est notamment 8% de députés et de membres du gouvernement noirs.

Louis-Georges Tin, porte-parole du Cran, a pour sa part déclaré qu'il fallait "fonder une politique équitable". "L'Etat essaie sans cesse, dit-il, de rééquilibrer. Il le fait déjà en ce qui concerne la parité homme/femme ou, pour les inégalités économiques, avec l'impôt sur le revenu".

"Pour nous, a-t-il ajouté, il s'agit de corriger un handicap social et être noir est un handicap social".