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La faute (pardonnable)
de Dieudonné
Je ne connais pas personnellement
Dieudonné et je n’ai pas
fait partie de ceux qui sont venus le soutenir au Palais de Justice de
Fort-de-France l’an dernier quand étaient jugés les deux
individus dont la loi
interdit de nommer et la nationalité et la religion qui
l’avaient agressé sur
le parking de l’aéroport du Lamentin. Je n’ai jamais suivi que
d’assez loin ses
déboires avec cette même justice et ne me suis en fait
intéressé au personnage
que tout dernièrement, à l’occasion de son apparition
lors de la fête «
Bleu-Blanc-Rouge » du Front National.
Sans verser dans la psychanalyse
à bon marché, ni la
sociologie à la petite semaine, je crois cependant
déceler une double
souffrance chez l’humoriste : l’une liée à sa personne,
à son être métis (père
africain, mère blanche) ; l’autre liée à ces gens
qu’il est interdit de nommer
(il a été partenaire de scène de l’un d’eux
pendant une dizaine d’années) et
que dans ce papier je désignerai donc sous le vocable
d’Innommables. Commençons
par le commencement : bien que de mère blanche, gauloise,
camembert, tout ce
qu’on voudra, Dieudonné sait que les gens comme lui demeureront
à jamais dans
la société raciste hexagonale un nègre et rien
qu’un nègre. Il aurait
d’ailleurs eu 70%, 80%, 99% de « sang blanc », il serait
toujours un nègre !
Voilà la réalité que cherchent à dissimuler
tous les donneurs de leçons
droits-de-l’hommistes et pseudo-démocrates. Oui, dans la
société raciste
occidentale, 1%, une seule goutte de sang noir (« the one drop
theory » dit-on
aux Etats-Unis) fait de vous un Nigger bastard. Même si vous
sortez de l’utérus
d’une Blanche (Dieudonné), d’une Asiatique (Tiger Woods), d’une
Latino (Mariah
Carey) ou d’une Peau-Rouge (Tina Turner). Autrement dit, cette
société
occidentale vous obliger à renier votre part « blanche
», incapable qu’elle est
de penser l’identité multiple et sauvagement suprémaciste
qu’elle se montre
depuis cinq siècles.
Il y a là certainement chez
les gens comme Dieudonné,
métis vivant en Occident, une souffrance réelle
liée à l’impossibilité pour eux
d’assumer ce qu’ils sont réellement. Souffrance qui pousse
certains métis
pouvant « passer pour Blanc » à renier de leur
côté leur part noire pour
pouvoir vivre tranquillement. Avez-vous d’ailleurs remarqué que
l’expression «
passer pour Noir » n’existe pas ? Hypocrisie occidentale, vaste
hypocrisie.
Mais poursuivons…
L’autre souffrance de
Dieudonné est, elle, liée à une énorme
erreur que nous faisons quasiment tous, gens du Tiers-Monde, gens de
couleur
comme ils disent, à savoir que face aux
gens-dont-il-est-interdit-de-nommer-la-religion (car dire ou
écrire de «
confession chrétienne », de « confession musulmane
» ou de « confession
boudhiste » n’est pas réprimé par la loi !), nous
sommes persuadés d’avoir
affaire à des frères de misère. A des victimes de
l’Europe et de l’Occident
comme nous. Pourquoi ? Parce que nous nous disons et moi le premier
qu’après
:
- l’Inquisition commise par les
Espagnols
- les pogroms polonais et russes
- « Le Protocole des
Sages de Sion » russe
- l’affaire Dreyfus et la rafle du Vel d’Hiv’
françaises
- les trains de la mort et les chambres
à gaz allemands,
nous nous disions qu’il
n’était pas possible que les
victimes de ces atrocités européennes ne soient pas du
même bord que, disons,
les Amérindiens génocidés par Colomb et ses
descendants, ou les Nègres
esclavagisés. Du même bord que nous, quoi !
Il y avait une vie «
innommable » brillante en Europe
depuis dix siècles dont Vienne était symboliquement le
centre. L’intelligence
européenne a été littéralement
inséminée, fécondée par la culture des
Innommables. Aujourd’hui, cette vie-là a été
éradiquée par le nazisme et le
yiddish, par exemple, est devenue une langue morte. D’ailleurs, le
mouvement
sioniste c’est-à-dire la volonté de se créer un
Etat à soi, un état dans lequel
les Innommables vivraient entre eux, n’est-il pas né…en Europe ?
Pas chez les
Innommables marocains, irakiens ou yéménites en tout cas.
Et pour cause ! Les
pogroms, les ghettos, les rafles du Vel d’Hiv’ et les chambres à
gaz, ce sont
les Européens qui les ont pratiqués pendant des
siècles. Les Innommables des
pays arabes étaient certes discriminés, mais jamais
massacrés à intervalles
réguliers comme en Europe. Gobineau n’est pas arabe (ni
nègre, ni chinois, ni
hindou ni polynésien ni eskimo).
Donc, bon, face à un
Innommable, tout homme du Tiers-Monde
pense d’emblée qu’il est face à un frère de
misère. D’où sa stupéfaction
lorsqu’il réalise que les victimes ont fait alliance avec leurs
bourreaux et
qu’un Roger Cukierman, par exemple, président du CRIF, peut
déclarer sur le
plateau de FR3 :
« Il faut que tous les pays
occidentaux, tous les pays du
monde civilisé, se mobilisent contre l’Iran. »
Ou encore quand je ne sais plus quel
ministre israélien
des affaires étrangères déclare :
« Nous autres, Occidentaux,
nous ne parviendront jamais à
nous entendre avec les Palestiniens à cause de la
mentalité arabe. »
Quand j’entends de tels propos, une
seule phrase me vient
à l’esprit :
« Ta civilisation, elle est
à Dachau et à Auchwitz ! »
La presse franco-européenne
bavasse depuis quelque temps
sur une prétendue « judéophobie noire ». Et
Dieudonné est classé comme le
grand-prêtre de ce nouveau racisme. Mensonge ! Hypocrisie ! Nous
sommes en colère, oui, très en colère, contre ceux
qui victimes de
l’Inquisition-Pogrom-Rafle-du-Vel-D’hiv-Chambres-à-gaz se
définissent
aujourd’hui comme Occidentaux, se réclament de la civilisation
occidentale et
massacrent en toute impunité les Palestiniens. Cette
colère provient en fait
d’une immense déception.
Dieudonné, je te comprends.
Je comprends ton désarroi.
Nous ne sommes pas civilisés,
mais au moins notre honneur
est de n’avoir pas brûlé des Innommables sur
l’échafaud comme dans l’Espagne de
l’Inquisition, de n’avoir pas ghettoïsé et massacré
des Innommables comme en
Pologne et en Russie, de n’avoir pas livré aux hordes nazies des
dizaines
d’enfants innommables comme lors de la Rafle du Vel d’Hiv’
française. Et encore
moins d’avoir fabriqué de chambres à gaz comme les
Allemands. Oui, c’est là
notre honneur.
Et à ce titre, nous n’avons
aucune leçon de morale, de
démocratie, d’antiracisme, de droits-de-l’homme et bla-bla-bla,
à recevoir de
gens qui comme l’écrit Frantz Fanon, dans « Les
Damnés de la terre », n’ont
cessé de massacrer l’homme partout où il le rencontrent.
Quand un Euro-américain me
fait une leçon de démocratie,
de tolérance et de droits de l’homme, j’ai deux réactions
: d’abord, je suis
admiratif devant un culot aussi monstre. Après avoir
génocidé les Amérindiens,
esclavagisé les Nègres, chambres-à-gazé les
Innommables, gègènisé les
Algériens, napalmisé les Vietnamiens et j’en passe, voici
que ça se pose en modèle
de vertu ! Chapeau, les mecs. Ma deuxième réaction est
que je me marre.
Par contre, quand un Innommable ;
après tout ce qu’il a
subi de l’Occident, vient me tenir le même discours et se pose
face à moi en
civilisé et en Occidental, là je n’ai plus qu’une seule
réaction. Comme
Dieudonné, je me fâche tout net.
Raphaël
CONFIANT
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