BONNES AMES ET
TENTATIVE DE DIEUDONNISATION

La saison des cyclones
est
largement terminée dans l’archipel des Antilles et pour une
fois, les îles ont
été épargnées. Certaines personnes, sans
doute en mal de sensations fortes et
frustrées de ce calme plat, ont tenté de
déclencher une tempête médiatique à
mon encontre sur la base d’un texte non publié ni posté
sur un quelconque
site-web ou blog. Etrange pratique de la part d’un journal
réputé sérieux tel
que « LE MONDE » qui semble désormais se
fonder sur des courriers
électroniques ou des textes à usage privé !
Peut-être qu’on est moins
exigeant dans le choix des correspondants locaux quand il s’agit de
couvrir
l’actualité sous les cocotiers. Mais passons…De quoi s’agit-il
en réalité ?
Disons-le tout net d’une tempête dans un minuscule verre d’eau.
Tempête
déclenchée par quelques individus en mal de
notoriété et qui ont trouvé là
l’occasion de leur vie de voir figurer leur nom au moins une fois dans
les
colonnes de la grande presse.
Selon
ces
personnes, Raphaël Confiant serait devenu un adepte de
Dieudonné et
promotionnerait désormais l’antisémitisme à la
Martinique. Et pourquoi ?
Parce que j’ai, dans un texte à circulation restreinte,
tenté d’expliquer
l’étrange comportement de Dieudonné quant à sa
visite à la fête
« Bleu-Blanc-Rouge » du Front National. Pour ces
esprits mesquins,
« tenter d’expliquer » équivaut
automatiquement à « porter son
soutien » !!! Ainsi donc dans le texte en question, je
disais voir
deux explications à la dérive de Dieudonné :
d’une part, le fait qu’il
soit métis (père africain, mère française)
et que c’est probablement un état
qui doit être très difficile à vivre dans une
société largement dominée par le
racisme ; d’autre part, le fait qu’il soit pourchassé,
diabolisé (et même
ruiné, me dit-on !), depuis un certain sketch, par une
certaine catégorie
de gens que je me suis refusé à nommer et que dans mon
texte, je désigne sous
le vocables d’ « Innommables ».
Evidemment,
mes détracteurs se sont appuyés sur ce terme pour
m’accuser d’être un
antisémite au motif que ce terme signifierait
« ignoble ». Or,
n’importe qui, en consultant un dictionnaire du français, peut
se rendre compte
que cette acception ne vient qu’en 4è position dans la liste des
acceptions de
ce mot. La première acception celle que dans mon texte je
précise bien avoir
choisie est la toute première à savoir « ce
qui ne peut être
nommé ». En effet, n’importe qui d’honnête peut
constater que l’on peut
écrire sans risque aucun d’être inquiété
« de confession musulmane »,
« de confession bouddhiste » ou « de
confession chrétienne ou
encore hindouiste ». Par contre, la mauvaise conscience de
l’Occident
aidant sans doute, nommer la religion de ceux que j’ai refusé de
nommer risque
de vous conduire tout droit devant les tribunaux.
Je
me
retrouve donc devant un procès en sorcellerie. C’est incroyable
quand on sait
que premièrement, mon propos n’était pas du tout
centré sur cette catégorie de
personnes : il visait, comme je l’ai déjà dit,
à tenter de comprendre
pourquoi Dieudonné s’était rendu à la fête
du FN. Ce besoin de comprendre prend
un sens très fort pour nous autres Martiniquais parce que des
milliers d’entre
nous avaient envahi l’aéroport de la Martinique, il y a quelques
années de cela,
pour empêcher l’avion d’Air France dans lequel se trouvait Le Pen
d’atterrir.
Avion en provenance de Paris qui après 8h de traversée de
l’Atlantique s’était
trouvé contraint de rebrousser chemin ! Et tout
dernièrement, des milliers
de Martiniquais ont porté Dieudonné en triomphe lors d’un
procès intenté à deux
personnes, que je ne nommerai pas, qui l’avaient agressé
physiquement aux
abords de son hôtel alors qu’il était venu donner un
spectacle dans notre pays.
Donc en liant ces deux événements, le refoulement de Le
Pen et l’héroïsation de
Dieudonné, les Martiniquais sont restés le bec coi devant
la visite du second à
la fête organisée par le premier. En tant que
Martiniquais, j’ai tenté de
donner à cette visite une explication qui m’est personnelle, qui
vaut ce
qu’elle vaut et qui n’a même pas été publiée
dans la presse ni postée sur un
site-web ou un blog. Voilà tout !
Si
je
voulais rire de tout cela, je dirais ceci : nommez-les, vous
êtes accusé
d’être anti-machin ! Ne les nommez pas, vous êtes
quand même accusé d’être
anti-machin ! Bravo, les gars, vous êtes vraiment
fortiches ! Par
contre, quand j’étais étudiant en France, j’ai
reçu en plein visage
« bougnoule », « bicot »,
« raton »,
« melon », « crouille »,
« Nordaf’ », comme des
dizaines de milliers de gens de mon phénotype, et pourtant, je
n’ en ai jamais
fait toute une histoire. C’est même la première fois que
j’en parle publiquement.
Bref…
Et
pour
finir, je vais être très clair une fois pour toutes. Qu’on
sache que tout ce
battage médiatique ne m’impressionne pas ni ne m’intimide et
cela pour une
raison très simple : ce n’est pas mon peuple qui a
pratiqué l’Inquisition,
les pogroms, la rafle du Vel d’Hiv’ et les chambres à gaz. Je
n’ai donc ni
sentiment de culpabilité ni mauvaise conscience à avoir
à l’endroit de ceux qui
ont été victimes de ces abominations. Je dis bien :
ces abominations. Et
d’une manière plus générale, je n’ai aucune
leçon à recevoir de ceux qui ont
génocidé les Amérindiens, esclavagisé les
Nègres, chambre-à-gazé les X……,
gégènisé
les Algériens, napalmisé les Vietnamiens,
apartheidisé les Zoulous et tiré
comme des lapins les Kanaks et les Aborigènes. Je me contrefous
des communiqués
hypocrites de la Ligue des Droits de l’Homme (Blanc).
Je
suis le
descendant ou plutôt le survivant de dix
générations d’esclaves, qu’on se garde
de l’oublier ! Et qu’on n’oublie pas non plus que le mot
« créole » est l’anagramme de
« colère » !
Raphaël CONFIANT (écrivain martiniquais)