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Les bateys dominicains dérangent au Festival de films haïtiens de Montréal

 

enfant haitienne dans un bateysLe colloque «Sang, sucre et sueur» sur la de vie des coupeurs de canne haïtiens a donné lieu à des grincements de dents chez la participants haïtiens et des prises de bouche entre organisateurs et un groupe de Montréalais d’origine dominicaine...

Le colloque international «Sang sucre et sueur» autour des conditions de vie des coupeurs de canne haïtiens en République Dominicaine a donné lieu, mercredi dans les locaux de Radio-Canada, à des grincements de dents chez la participants haïtiens et des prises de bouche entre organisateurs et un groupe de Montréalais d’origine dominicaine à la suite du visionnage de «Sucre noir» du réalisateur québécois Michel Régnier.

Le cinéaste qui a séché le colloque a échappé aux frondes de la communauté dominicaine de Montréal. Malgré les efforts de la coordonatrice du colloque, la journaliste Nancy Roc, pour faire atterrir les discussions sur des pistes de solutions, elles ont tourné court. La photographe Céline Anaya Gauthier qui tient l’exposition «Esclaves au paradis» dans le cadre de la 3e édition du Festival international de films haïtiens de Montréal (FIFHM), présente dans la salle, a été prise à partie par au moins cinq Dominicains.

«Ce sont des montages. Vous présentez des photos prises il y a plus de vingt ans et qui ne correspondent pas à la réalité d’aujourd’hui», lui ont-ils lancé dès l’annonce de la pause-dîner juste avant les débats. Mme Gauthier n’a pas semblé si inquiète face à ces attaques même si «par prudence», a-t-elle dit en entrevue à HPN, qu’elle ne remettrait plus les pieds en République Dominicaine. «S’ils disent que j’ai menti qu’il m’attaquent en justice pour diffamation», nous a-t-elle lancé l’air plutôt amusé.

La Franco-Péruvienne a vécu six mois dans les bateys (camps de coupeurs de canne), en 2005, et a arraché des images poignantes d’un «esclavage contemporain»: près de 500.000 braceros (travailleurs agricoles d’origine haïtienne) entassés dans des baraques sans eau ni électricité y travaillent plus de 12 heures par jour pour un salaire d’environ deux dollars. Cette pratique a débuté en 1916 sous l’occupation américaine d’Haïti (1915-1934) et faisait l’objet de contrat entre les deux États jusqu’en 1991.

Plus ça change plus c’est pareil Ces champs de canne appartiennent au Fanjul, Campollo et Viccini, les trois richissimes familles de l’industrie du sucre basées dans le Sud-Ouest de la République Dominicaine. Selon le prêtre belge, Pierre Ruquoy alias Pedro, qui a travaillé pendant 30 ans dans les bateys et qui est l’un des panélistes du colloque, «ce commerce d’esclaves» n’a pas cessé. On est au 21e siècle. Il dit avoir découvert, en 2002, juste avant d’être éconduit par les autorités ecclésiastiques et étatiques dominicaines pour avoir pris une part active et importante dans une campagne de dénonciation de la situation, que des passeurs- recruteurs d’Haïtiens pour la zafra, saison de la coupe de cane- feraient venir entre 20 à 26 mille Haïtiens pour cette activité. Ces derniers qui vivent une situation précaire en raison de la paupérisation dans leur pays sont amadoués puis ramenés de gré dans les champs de canne.

D’autres sont interceptés à la frontière puis emmenés de force par des militaires dominicains qui les dévalisent et les rouent parfois de coup. «Recrutés à Cité-Soleil, La Saline et au Cap-Haïtien dans le Nord, ces gens sont emmenés par bateau comme au temps de la traite négrière dans les bateys», dénonce le religieux belge qui a fait l’objet de menace de mort, de tentative de corruption et d’assassinat depuis qu’il a pris parti pour les braceros.

Après la zafra ils sont expulsés massivement et avec brutalité. «La marine dominicaine ainsi que des officiers de l’immigration dominicaine sont impliqués dans ce trafic» a affirmé le père Ruquoy qui a fait 20 heures d’avion de la Zambie (en Afrique où il a été réaffecté par L’Église) à Montréal, lors d’une entrevue mardi dernier à l’agence. Le silence de l’île

Regaldo Daniel de la Fondation dominico-canadienne croit que les images présentées au colloque n’équivalent pas à la réalité. «Si tel était le cas, les deux gouvernements devraient se parler afin de corriger cela», a-t-il dit. La consule générale de la République Dominicaine à Montréal, Raguela Racobo, est du même avis. La diplomate a même lancé, en marge du colloque,un appel à la France et au Canada, deux pays ayant accueilli jusque là «Esclaves au paradis», à aider l’île Hispaniola à adresser la problématique.

Côté haïtien cela frôle le mépris. Aucun chef d’État haïtien n’a visité un batey depuis bientôt un siècle de servilité des ressortissants haïtiens fait remarquer le père Ruquoy. «Même le gouvernement haïtien a tendance à nier le problème. Imaginez donc la réaction du gouvernement dominicain», nous a confié de son coté Anne Sainte-Marie porte-parole de la branche francophone de Amnety international Canada.

L’organisation basée à Londres en Angleterre vient de publier au printemps dernier un rapport sur la situation des bateys et dans lequel elle a enjoint l’État dominicain de «protéger les droits des migrants haïtiens et de leurs descendants». La République Dominicaine n’a toujours pas respecté la loi du sol, ce qui fait que les enfants des braceros demeurent des apatrides.


Jean Numa Goudou
source

20/09/07