Homme blanc grand sorcier
Si la
métropole semble découvrir
les problèmes sanitaires, du moins le désastre sanitaire
auquel les Antilles
sont confrontées et ce à cause d’une pollution des sols,
des eaux, des milieux
naturels et des milieux côtiers due en grande partie, par
l’utilisation de
pesticides organochlorées, d’insecticides et d’engrais dans la
production
agricole, notamment bananière en Martinique et en Guadeloupe,
qui a généré
une pollution de grande ampleur, un
scandale sans précédant, qui fait dire à un
journaliste français sur une chaîne
câblée : « Il y a comme une
volonté d’exterminer les Noirs… »
Le chlordécone
n’est pas
une découverte en Martinique ou en
Guadeloupe, cela fait des années qu’on en parle,
que nous sommes conscients des ravages que
causent cette
utilisation effrénée de « produits
chimiques » dans la culture
bananière et appelons à une production qui soit plus
respectueuse de l’environnement
et des hommes.
En octobre 2005,
j’avais relevé
cette discussion sur le forum de BMJ : «
La vérité
est parfois dure à entendre. Quand on
aura fini de mettre des engrais et autres produits chimiques dans les
bananeraies, quand on sera décidé à produire une
banane naturelle, quand on
aura banni la monoculture qui appauvrit les sols en
général, alors les choses
iront mieux. Il n’est pas nécessaire d’augmenter les prix mais
la QUALITÉ seulement. Plus la banane
est bonne, plus les
consommateurs sont preneurs, plus les producteurs vendent et tout le
monde est
content. Laissons tomber les rivalités, le productivisme et les
apparences
trompeuses et servons nous au mieux de la technologie pour une
agriculture
“bio”. Concernant la banane génétiquement
modifiée, pas de quoi se réjouir… »
En Novembre 2005, c’est
Gwadadian qui donnait son
sentiment sur ce
même forum : « Depuis le temps que cette
culture
ultra-subventionnée et destructrice pour l’environnement (allez
voir la qualité
de l’eau dans les régions cultivées) est sur le
déclin, quelles solutions de
rechange ont été proposées ou même
recherchées ?
Et pour cause, les
décideurs sont parfois eux-même
propriétaires de terres
bananeraies…
La transition aurait pu se faire en douceur, mais
là... »
Le problème et
sa dénonciation
n’apparaît pas qu’aujourd’hui, mais rien n’y faisait , nos
politiques trop
proches des békés ou aux ordres minimisaient le
problème, quand ils ne
l’éludaient pas ou endormaient la population à force de
les assurer que tout
allait bien.
Mais tout à un
temps, et la
vérité finit par émerger de ce tas de mensonges.
Il a fallu que paraisse
l’ouvrage de Louis Boutrin et de Raphaël Confiant : Chronique
d’un
empoisonnement annoncé, pour que cette question soit
débattue, plutôt
contredite. Les journalistes ne faisant pas leur travail d’informations
du
public aux Antilles, les autorités mettant tout en œuvre pour
discréditer le
contenu de l’ouvrage et les auteurs.
Mais la persistance de
ce sujet
sur le net, sur les forums afro-antillais, la multiplicité
d’articles sur la
question à contribué à la mise en lumière
de ce scandale.
Dernièrement nos
bananiers
tenaient conférence à Paris, et se gargarisaient de… un
article du quotidien
Libération écrit par Renaud Lecadre mettait le feu ou
poudre : «Le
chlordécone a pollué toutes les Antilles. Les plantations
de bananes étant
situées en amont des terres agricoles, il a contaminé les
cultures de patates
douces en aval, puis l’eau des rivières et leurs élevages
d’écrevisses, les
crabes en bord de mer, les bovins, le lait de vache, jusqu’au sang
de 90 %
des femmes enceintes. Seules les bananes - sauf à en
déguster la peau -
échappent à cette contamination […] Sous
les cocotiers, le scandale du
chlordécone est vécu comme
l’équivalent de l’affaire du sang contaminé
doublée de Metaleurop, exacerbant
un peu plus l’antagonisme entre riches békés et
créoles désœuvrés. Des
associations ont porté plainte pour empoisonnement et mise en
danger de la vie
d’autrui, visant moins les bananiers que le laxisme des pouvoirs
publics. Me
Claudette Duhamel, avocate de l’Association de sauvegarde du patrimoine
martiniquais (Assaupamar), dénonce une «volonté
délibérée de l’Etat
français, autorisant les gros planteurs à utiliser un
poison, dans le silence
et la désinformation». En Guadeloupe, le parquet a
tenté de contester la
recevabilité des plaintes. En vain : le 2 août, la
cour d’appel de
Basse-Terre leur donnait le feu vert en rappelant –
ironiquement ? -
que le
parquet
est «en charge de l’intérêt
collectif».»
Suite à quoi,
survint le rapport
du professeur Belpomme, qui porta le problème au Parlement, et
subitement la France découvre la
réalité de nos îles.
Bien sûr, nos
politiques locaux disent de ne pas crier au
catastrophisme, tout va bien !
Nos politiques,
remarquez que
cela rime avec comique, me font penser à Louis Armstrong qui au
plus fort
moment de la ségrégation raciale étasunienne
chantait : What a wonderful world.
Quoi
qu’il en soit, on prend ce problème en compte parce qu’un
rapport a été
fait par un professeur français, tant qu’il s’agissait des
Nègres qui
dénonçaient, notre voix ne portait pas.
Nous
devons admettre que le propre du colonisé
c’est de ne pas avoir de prise sur son destin.
Evariste Zephyrin