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Une clinique haut perchée

matouba 

Claudia Jolie-Cœur

Bienvenue à la Clinique les Eaux « Bouillonnantes », rebaptisée les Nouvelles Eaux « Bouillonnantes » depuis la perte de son agrément. Perchée en haut des montagnes de Matouba et Papaye à Saint-Claude sur l’île de la Guadeloupe, ses patients ne côtoient que brouillard, pluie et champs de cives. Le morne conduisant à la clinique décourageant les quelques visiteurs potentiels.

Composée de plusieurs services, nous retrouvons principalement le service des Dialysés, le service des régimeurs au premier, le service psychiatrique au deuxième et le troisième étage dont j’ignore la fonction en vérité. Je pencherai pour le service des personnes âgées (vous m’excuserez pour le manque d’informations à certain moment, mais dans cette clinique chacun ignore ce que son collègue fait là, alors…) puis on trouve un long tunnel qui mène au kiné et à la piscine.    

Pour être admis à la clinique les Eaux « Bouillonnantes » , il faut être doué en harcèlement moral. Les patients atteints d’une obésité morbide, voire d’une simple obésité ne semblent nullement prioritaires sur les patients,  juste là  pour un peu de repos et un petit régime.

De même qu’il se révéla que certaines personnes qui avaient fait la demande bien avant moi étaient rentrées des semaines après moi. L’ordre d’admission reste donc flou. Les secrétaires quant à elles, semblent  atteintes d’alzheimer ou d’un grand problème de mémoire. Elles ne se rappellent jamais ni de votre nom, ni de votre dossier et vous demandent votre numéro de téléphone à chaque fois que vous appelez.

A contrario, vous avez les habitués qui viennent ici comme on va au Club Med, histoire de se relaxer. Ils vous parlent du bon vieux temps où la clinique était « bien mem !!! », où la qualité primait sur l’argent. Ces fameux habitués vous expliquent alors que leurs délais d’attente sont bien plus inférieurs qu’au notre et si vous tentez de savoir comment ils font, on vous murmurera à l’oreille qu’ici tout est business.

Pour survivre dans cette clinique il faut être débrouillard et surtout avoir le sens de l’observation. Le personnel se révèle à ½ incapable de vous répondre à une question portant sur leur propre service et 9/10 sur un service autre que le leur. Ignorant jusqu'à l’existence d’une assistante sociale bossant la pourtant depuis des années et ayant une grande affiche collée sur sa porte. 

Sûrement par fidélité au nom de la clinique, les femmes de ménages vous noient- sous une mare d’eau, sous le nom de « je passe la serpillière », contournent le moindre petit papier au point de renoncer à passer la serpillière si la moindre chose vous appartenant traîne à terre. Donc si vous voulez que la femme de ménage fasse le ménage dans votre chambre, vous avez intérêt à nettoyer avant et à vous assurer que c’est nickel, pour pas vous entendre dire « Vous me donnez trop de travail ».

Aucun savoir-vivre dans cette clinique et un grand manque de respect envers les patients. Ces chères femmes de ménage, qui il y a quelques minutes vous refusaient toute information sous prétexte que ce n’est pas leur travail, ne manqueront pas de s’inviter à votre chambre pour vous vendre des produits de beauté à l’aloès Véra ou des bijoux artisanaux.

Les premières, suite au fait que je n’ai rien acheté, j’ai dû quémander mon repas pendant trois jours. Elles le laissaient volontairement sur le chariot.

Coïncidence, je ne sais pas. La dernière rentra dans notre chambre alors que nous étions profondément endormis, ne s’en inquiéta point et fit une présentation de ses bijoux à d’autres patientes qu’elle avait pris le soin d’inviter. Elles avaient élu domicile dans notre chambre, parce que nous avions eu le malheur de lui demander du papier toilette plus tôt dans la matinée. Nous avons patienté  quatre jours n’empêche !

Maintenant passons aux choses sérieuses.

Patiente du Dr B…, je ne pouvais aller le voir sous prétexte « qu’il ne m’avait pas appelé ». Je tentais ma chance une première fois pour un problème à la jambe je fus renvoyé pour « non appelée » et parce qu’il avait déjà fait sa liste d’examen. Je tentais ma chance une deuxième fois pour une autorisation de sortie de quelques heures pour démarches administratives scolaires. Je reçus un oui, mais aucune autorisation de donnée.

Je tentai ma chance après avoir souffert  trois jours avec une gingivite qui m’empêchait de manger.

Alors que je faisais la queue gentiment comme tout le monde, il me regarda parmi la file et me dit « ce n’était pas la peine de faire la queue, qu’il refusait d’avance de me voir ». Je fondis en larme devant ses « fameux appelés ». Je vis alors l’autre médecin du service qui me promit de me rapporter quelque chose plus tard dans la soirée. Je ne reçus que du Dafalgan, la pharmacie étant constamment en rupture de stock.

Cette fameuse pharmacie. Constamment en rupture de stock. Si vous voulez être soignés dans cette clinique mieux vaut acheter soi-même ses médicaments. Ma voisine dépensa presque 200 euros  pour se procurer elle-même ses médicaments et moi je fis du recyclage avec les médicaments que mes médecins précédents m’avait prescrits.

La seule chose qui est véritablement suivi ici c’est la tension. Sous réserve que l’infirmière trouve un tensiomètre ou qu’une collègue veuille bien lui passer le sien qu’elle a acheté de ses propres poches. Nous avons aussi la fameuse piscine, pas plus grande qu’une chambre d étudiante et censé accueillir cinq personnes en recevait huit, incapable de bouger et de faire les exercices prescrit de peur de crever l’œil du voisin. Quant a l’hydromassage qui ne durait pas plus de cinq minutes chronomètre en main, l’un des docteurs qui  me demanda surtout de ne pas « nommer son nom » m’expliqua que pour lui, la piscine c’était du n’importe quoi et que c’était mal fait. Et me  dit qu’au prochain hydromassage de dire au kiné que pour 8000 euros mensuelles qu’elle touchait, elle pouvait prendre soin temps. Toujours sans dire que c’est lui qui avait dit ça.

Entre tous ces déboires, je me retrouvais des fois malgré moi à jouer les psy pour des patientes que je côtoyais et avec qui j’avais noué des amitiés  et qui se révélèrent suicidaire, ex femme battue, folie d’amour, violée ou au passé douteux.

Nous nous réunissions dans le hall où « il est interdit de stationner » et discutions entre nous, faute de pouvoir le faire avec la psy en congé.

Si vous lisez cet article c’est que j’ai réussi à m’enfuir.