La Guyane tente d'endiguer
l'immigration clandestine
Le
Maroni, à
l'ouest, et l'Oyapock, à l'est. Serpentant dans une forêt
luxuriante, ces deux grands fleuves sont, pour les Guyanais, aussi
fascinants
qu'inquiétants. C'est par eux que transitent bon nombre de
migrants
clandestins, en provenance essentiellement du Brésil et du
Surinam, les deux
pays voisins, mais aussi d'Haïti et de Chine (via le Surinam).
Christian
Estrosi, secrétaire d'État à l'outre-mer, a pu
mesurer l'ampleur du problème à
la faveur d'une visite de trois jours (qu'il termine aujourd'hui) dans
ce département
qui, avec Mayotte et la Guadeloupe, se trouve confronté depuis
quelques années
à l'arrivée massive de sans-papiers.
Ici, le drame de la mer
qui a coûté la vie, lundi 13 août, à 36
Comoriens
clandestins, près de l'île de Mayotte, dans l'océan
Indien – autrement dit, à
l'autre bout du monde – a trouvé un écho singulier. Cette
tragédie a fait la «
une » des médias locaux. Car si l'immigration
irrégulière préfère aboutir ici
par la voie terrestre et fluviale plutôt que par la voie
maritime, impraticable
à cause de forts courants, elle n'en nourrit pas moins de vifs
débats.
À
Saint-Laurent-du-Maroni, près de la frontière du Surinam,
et non loin de
l'embouchure du fleuve, le secrétaire d'État a pu, mardi,
se rendre compte de
l'enjeu. Le Maroni est en fait considéré comme une zone
internationale. Cela
signifie que les interpellations ne peuvent intervenir que lorsque les
personnes ont mis pied à terre…<

"Assécher la mer
avec une éponge..."
La
pression migratoire semble devoir durer sur ce site. Des pirogues,
chargées de
candidats à une vie meilleure en Guyane, sont
régulièrement repérées par les
gendarmes, sans que ces derniers puissent toujours intervenir. Cela
entraîne un
certain sentiment de fatalisme parmi la population convaincue dans bien
des cas
que cet afflux de clandestins renforce la délinquance et aggrave
un chômage
déjà élevé.
Léon
Bertrand, maire UMP de Saint-Laurent et ancien ministre du tourisme de
2002 à 2007, ne cherche pas à le nier, même s'il a
évidemment accueilli
Christian Estrosi avec tous les égards. « Lutter contre le
phénomène revient
parfois à tenter d'assécher la mer avec une éponge
», commente un officier de
gendarmerie.

En Guyane, le phénomène de l'immigration clandestine est
aggravé par les flux
de main-d'œuvre irrégulière employée pour
l'extraction illégale de l'or en
forêt. Christian Estrosi a constaté cet autre aspect lors
d'une rencontre,
mercredi 15 août, avec les forces de l'ordre, en poste, à
l'est, sur les rives
de l'Oyapock, près de la frontière avec le Brésil.
Le secrétaire d'État en a
profité pour rappeler que la lutte contre l'immigration
clandestine constitue «
une priorité » du gouvernement, aussi bien en outre-mer
qu'en métropole.
Les
effectifs des forces de l'ordre ont augmenté
Engagée
en 2002 en Guyane, cette politique a
des effets. Les effectifs des forces de l'ordre ont, d'abord,
notablement
augmenté. Depuis 2004, cinq escadrons de gendarmes mobiles
opèrent dans le
département, contre trois auparavant : les deux unités
supplémentaires, 150
gendarmes au total, sont dédiées exclusivement aux
opérations Anaconda de
démantèlement des mines d'or sauvages.
La
police de l'air et des frontières (PAF) a également vu
grossir ses rangs,
passant de 130 à 200 fonctionnaires : ces renforts vont lui
permettre d'ouvrir,
le 1er septembre, un nouveau poste de contrôle à
Saint-Georges-de-l'Oyapock, à
proximité de l'endroit où un pont doit être
construit en partenariat avec le
Brésil.
De même, depuis 2006, le 9e
régiment d'infanterie de
marine de Cayenne et le 3e
régiment étranger d'infanterie de Kourou ont vocation
à épauler les gendarmes
dans la traque de l'orpaillage clandestin. Enfin, un groupe
d'intervention
régional (GIR), rassemblant des gendarmes, des policiers, des
douaniers et des
agents du fisc, a été créé en novembre
dernier et a conduit depuis une
vingtaine d'enquêtes qui ont abouti à 33 mises en examen,
a annoncé hier
Christian Estrosi.
Ces effectifs ne sont pas de trop. Vaste comme le Portugal et
peuplée d'environ
200 000 habitants (clandestins non compris), la Guyane est le plus
grand
département français. Elle compte 1 250 kilomètres
de frontières avec le Brésil
et le Surinam. Les immigrés clandestins, attirés par un
meilleur niveau de vie
(le salaire mensuel minimum dans les zones brésiliennes
frontalières est par
exemple d'environ 150 €) y seraient 20 000, voire plus, dont 5 000
travailleurs
clandestins de l'or venus du Brésil. Quant aux étrangers
en situation
régulière, ils représentent 30 % de la population,
soit 60 000 personnes (25
000 Brésiliens, 25 000 Surinamiens, 10 000 Haïtiens).
Davantage
de reconduites à la frontière
Ces données
expliquent la double stratégie des forces de
l'ordre. Un harcèlement est, d'une part, mené contre les
sites d'orpaillage
clandestins au rythme d'une centaine d'opérations Anaconda par
an. La méthode
dite du « filtrage » a, d'autre part, été
choisie face à l'immigration
irrégulière. Les gendarmes opèrent par exemple des
contrôles routiers fréquents
entre Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni, ainsi qu'entre Cayenne et
Saint-Georges-de-l'Oyapock.
« Nous sommes en train de maîtriser le
phénomène », assure le préfet de
région,
Jean-Pierre Laflaquière. Ainsi, conséquence d'une
pression accrue exercée par
les autorités, les mines sauvages seraient désormais
beaucoup plus petites et
moins nombreuses, même s'il faut bien dire qu'elles sont devenues
plus mobiles.
De même, les reconduites à la frontière sont en
forte augmentation : 6 347 en
2005, 9 711 en 2006 et un objectif d'environ 10 000 en 2007. Cette
répression
renforcée a nécessité des travaux, en cours, pour
agrandir le centre de
rétention des étrangers de Cayenne.
Christian Estrosi
estime que ces résultats sont « encourageants »,
mais que «
l'action doit être intensifiée ». Sur place, les
élus ne se satisfont pas de
cette répression, à l'instar de Chantal Berthelot,
députée du Parti socialiste
guyanais, qui réclame « davantage de volonté et de
moyens pour lutter contre
les filières de l'immigration clandestine » et «
davantage de coopération avec
le Brésil et le Surinam ». Pour l'heure, en effet, la
coopération
internationale se borne à des patrouilles communes avec des
éléments des forces
de l'ordre brésiliennes.
Antoine FOUCHET,
à Cayenne
source
15/08/07