Sida:
l'arrêt de l'essai
clinique d'un vaccin, un revers contre l'épidémie

WASHINGTON
(AFP) - L'arrêt de l'essai clinique international d'un vaccin
expérimental contre le sida du laboratoire américain
Merck, qui était
considéré comme l'un des plus prometteurs, porte un
sérieux coup aux
efforts de la médecine pour mettre fin à cette
pandémie dévastatrice.
L'Institut
national américain des allergies et des maladies infectieuses
(NIAID)
qui cofinançait ce vaste essai clinique avec Merck, a
indiqué vendredi
soir la décision d'un comité indépendant d'y
mettre fin.
Cette
décision s'appuyait sur des analyses de données
intermédiaires montrant
que le vaccin n'empêchait pas l'infection par le virus de
l'immunodéficience humaine (VIH), responsable du sida, ou ne
diminuait
pas la charge virale.
Merck avait commencé en 2004 à recruter
3.000 volontaires non-infectés de 18 à 45 ans aux
Etats-Unis et dans
plusieurs pays d'Amérique latine pour cet essai clinique
baptisé STEP
afin de tester ce nouveau vaccin, le premier d'une nouvelle classe.
Contrairement
aux vaccins traditionnels déjà testés sans
succès contre le virus du
sida, qui consistaient à doper l'immunité de l'organisme,
celui de
Merck visait à stimuler les lymphocytes T, une composante du
système
immunitaire.
Des expériences préliminaires sur des
animaux et des
tests limités sur des humains avaient donné des
résultats
encourageants, conduisant Merck et les chercheurs du NIAID à
développer
ce vaccin consistant en des virus du rhume atténués
auxquels trois
protéines du VIH avait été ajoutées.
"Ce vaccin était vu comme la
stratégie la plus prometteuse et je pense que cet échec
est une
déception pour nous et pour tous ceux travaillant sur des
vaccins", a
déclaré le Dr Mark Feinberg, directeur
général de Merck, cité par le
New York Times.
Tout en jugeant "les résultats de ce test
décevants", Dr Anthony Fauci, le directeur du NIAID, a
estimé qu'il
était cependant trop tôt pour jeter au feu cette nouvelle
classe de
vaccins antisida.
Mais cet échec conforte l'idée selon
laquelle
le virus du sida est différent de tous les autres
pathogènes contre
lesquels la médecine a pu développer des vaccins.
La quête
acharnée pour trouver un vaccin a donné lieu à une
soixantaine d'essais
cliniques au cours des dernières années dans le monde
pour tester
quelque 30 candidats dont un grand nombre sont encore en cours.
En
mai 1997, le président Bill Clinton avait fait de la mise au
point d'un
vaccin dans les dix ans une priorité nationale américaine.
"Créer
un vaccin pour empêcher la transmission du VIH ou tout au moins
en
limiter le potentiel pathogène (...) représente l'un des
plus grands
défis de notre époque", avait lancé Bette Korber,
une chercheuse des
Laboratoires Nationaux de Los Alamos (Nouveau-Mexique, sud-ouest)
devant la conférence annuelle sur les rétrovirus (CROI)
de 2006.
"Le
virus est extraordinairement divers dans le monde, évolue
rapidement
même chez un seul individu infecté et effectue des
mutations pour
échapper aux défenses immunitaires de l'organisme lors
d'une même
infection", ajoutait ce médecin.
Depuis l'identification du virus
VIH en 1981, le nombre de porteurs du pathogène ne cesse
d'augmenter
avec près de 40 millions de personnes infectées dans le
monde, dont
plus de quatre millions de nouvelles infections chaque année,
à 90%
dans les pays en développement.
En 25 ans, le sida a fait plus de 25 millions de morts
dont la majorité en Afrique sub-saharienne.
Par Par Jean-Louis SANTINI
AFP - Samedi 22 septembre, 19h20