Sida:
les nouvelles armes visent à interdire l'entrée des
cellules au virus
CHICAGO
(AFP) - La recherche de nouvelles armes anti-sida se concentre
désormais sur une nouvelle classe d'antirétroviraux
prometteurs visant
à empêcher le virus de pénétrer dans les
cellules du système
immunitaire, selon plusieurs études présentées
cette semaine lors d'une
conférence médicale à Chicago.
La
cible est le récepteur CCR5, sorte de clé à la
surface des cellules
lymphocytaires, utilisée par le virus du Sida (VIH) pour
s'amarrer à la
surface des cellules avant de s'immiscer à l'intérieur
afin de produire
des copies de lui-même.
Dans la course au développement de cette
nouvelle classe de molécule, le plus avancé des
laboratoires est
l'américain Pfizer avec le Selzentry (Maraviroc).
Les résultats
des derniers essais cliniques dévoilés à la 47e
conférence annuelle sur
les agents anti-microbiens (ICAAC) qui se tient à Chicago
(Illinois,
nord) jusqu'à jeudi, confirment sur une période
prolongée (48 semaines)
"l'innocuité et l'efficacité du Selzentry", selon le Dr
Jacob Lalezari,
directeur de Quest Clinical Research et professeur de médecine
à
l'université de Californie (ouest) à San Francisco.
Ces résultats
sur le long terme "sont rassurants car ce médicament est une
nouvelle
arme importante pour traiter le sida", a-t-il aussi
déclaré.
Près
de trois fois plus de patients traités avec Selzentry
combiné aux
thérapies traditionnelles avaient des charges virales
indétectables,
comparativement à un groupe témoin, a
précisé ce médecin.
L'agence
américaine des médicaments (FDA) avait en août
donné son feu vert, au
terme d'une procédure accélérée, à
la commercialisation du Selzentry,
le premier d'une nouvelle classe de médicaments anti-sida depuis
plus
de dix ans.
Une autre étude qui a porté pendant deux
ans sur le
vicriviroc du laboratoire Schering, le premier à se lancer dans
la
course à cette nouvelle molécule, dont les
résultats ont aussi été
dévoilés à l'ICAAC, montre que ce neutralisateur
du récepteur CCR5 pris
avec d'autres thérapies anti-rétrovirales standard, a eu
"des effets
anti-rétroviraux efficaces et durables", selon le Dr Roy Gulick,
de la
faculté de médecine Weill-Cornell à New York.
Le vicriviroc a
subi des revers dans son développement comme la molécule
concurrente
aplaviroc du britannique GlaxoSmithKline. Ces deux laboratoires avaient
mis fin à des essais cliniques de phase 2 en 2005 en raison de
problèmes notamment de toxicité hépatique .
Une équipe de
chercheurs du laboratoire Sangamo BioSciences à Richmond
(Virginie,
sud-est) a aussi annoncé à Chicago avoir
créé en laboratoire des
cellules immunitaires humaines capables potentiellement de neutraliser
de façon permanente le récepteur CCR5.
Pour ce faire, ils sont
parvenus à modifier le gène qui dans le récepteur
CCR5 code une
protéine à la surface de ces cellules permettant au virus
VIH de s'y
amarrer.
Sangamo prévoit de commencer prochainement des
essais
cliniques, une initiative approuvée en juin par les Instituts
nationaux
américains de la Santé (NIH).
Par ailleurs, le Dr Moira McMahon
de la faculté de médecine de l'université Johns
Hopkins à Baltimore
(Maryland, est) a présenté une étude montrant que
l'entecavir, un
traitement puissant contre l'hépatite B, paraissait avoir dans
un
premier temps des effets anti-Sida et provoquer ensuite chez certains
patients des variantes du virus VIH résistantes aux plus
importants
anti-rétroviraux.
Enfin, une étude de l'Université du Texas
portant sur près de 100.000 personnes, dévoilée
mercredi à l'ICAAC,
montre que l'infection du Sida accroît de 60% le risque de
développer
certains cancers comme celui de l'anus, du foie et du poumons.
Par Par Jean-Louis SANTINI
AFP - Mercredi 19 septembre, 20h18