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«
Mes terres ne valent plus grand-chose »

Anne-Lu Bertrand
ROMAIN
BELLAY, agriculteur à
Rivière-Pilote, victime du chlordécone
QUE
RESTE-T-IL à Romain Bellay ? En surface, les 6 ha de terres
cultivées par cet
agriculteur de Rivière-Pilote ont vu passer de près le
cyclone Dean au mois
d'août. Les bananiers sont à terre, les piments forts sont
dépourvus de
feuilles et de fruits. En profondeur, ces terres sont polluées
au chlordécone
et au HCH (un autre pesticide de la même famille) et « ne
valent plus
grand-chose », souffle-t-il, amer. Pour lui, cette pollution est
un héritage du
« béké » (descendant des colons blancs) qui
possédait ces terres et y cultivait
la banane à la grande époque du HCH. Mais, pendant
quelques années, Romain
Bellay a lui-même épandu le chlordécone «
à pleines mains » dans son champ. Son
dépit est celui de tous ces agriculteurs aux terres «
chlordéconées », qui ne
savent plus quoi planter de rentable... ou d'autorisé.
Récemment, c'est un
aquaculteur qui a tout perdu, la faute à la rivière
polluée : les analyses sur
ses écrevisses ont montré que la quantité du
pesticide dépassait largement la
norme autorisée.
Président de l'Organisation patriotique des agriculteurs
martiniquais, Romain
Bellay fait feu de tout bois, interpellant les ministres de passage sur
l'état
d'avancement des dossiers d'indemnisation « des agriculteurs
victimes du
chlordécone ». « Le préfet voulait nous
dédommager petitement et sans faire de
vagues. Mais quand il a vu que des plaintes étaient
déposées contre l'Etat pour
empoisonnement, son discours a changé. Le dossier semble
bloqué. »
Les consommateurs aussi, qui estiment avoir mangé des produits
et bu de l'eau
contaminés, cherchent les responsables. En première ligne
: les agriculteurs,
bien sûr, mais aussi les particuliers cultivant des jardins
familiaux sur
d'anciennes bananeraies et buvant de l'eau de source provenant de
rivières
ultrapolluées. Certes, les conséquences sur la
santé sont encore mal connues,
mais plusieurs études épidémiologiques -
menées par l'Inserm et le CHU de
Pointe-à-Pitre - sont en cours. Reste la psychose, palpable dans
l'île. Même
cultivés sur des sols sains, les produits martiniquais font,
hélas, frémir
beaucoup de consommateurs, au grand dam des producteurs.
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