Dean
: une chance pour la Guadeloupe et la
Martinique ? (…Encore faut-il la saisir)
photo
Evariste Zephyrin
Le
passage de l’ouragan Dean a secoué la Martinique, et dans une
moindre
mesure la Guadeloupe.
Les vents violents et les
pluies torrentielles ont eu les effets inhérents à
un tel cataclysme apocalyptique. Les dégâts ont
été estimés à plus de 500
millions d’Euros par le secrétaire d’Etat à l’Outremer,
Mr Estrosi. Dean a été
le troisième ouragan le plus puissant de tous les temps, selon
les experts
américains.
Mais le plus
intéressant, est peut-être de réfléchir aux
effets que ce
phénomène climatique pourrait avoir à long terme
sur la vie politique, sociale
et économique de ces deux départements français de
la Caraïbe. Il est
intéressant aussi, de prendre un peu de recul par rapport aux
évènements qui
ont suivi le passage de Dean, et de les analyser. Avec les changements
climatiques qui s’opèrent, il a déjà
été prouvé que les ouragans majeurs
deviendront plus fréquents dans la zone.
Revue d’actualité
du phénomène, des petites et grandes polémiques et
des
enjeux soulevés par monsieur Dean.
Des
solidarités des plus louables… aux plus mercantiles
Que cela soit pour un tremblement de terre au Chili, un raz de
marée en
Indonésie, ou un ouragan aux Antilles, dès le lendemain
l’aide de première
urgence afflue.
Les habitants des Antilles
étant habitués à ce genre de catastrophe, les
dégâts
en vie humaine sont dérisoires. Au lendemain d’une telle
catastrophe, il s’agit
plus d’aide à la reconstruction, à la
réhabilitation des infrastructures
publiques notamment : Eau, électricité,… Faire en sorte,
que les habitants
puissent retrouver une vie normale le plus rapidement possible.
Des distributions d’eau
ont été organisées très rapidement par les
mairies de
l’île.
Le plus gros avion du monde, un ANTONOV 225, s’est posé sur le
tarmac de
l’aéroport de Fort-de-France, remplit de matériel servant
à la reconstruction
des réseaux de l’île.
De manière
générale, l’organisation d’urgence, suite au sinistre, a
relativement bien été menée. On est loin du chaos
constaté lors du passage de
Katrina, dans la première puissance mondiale.
Mais après
l’urgence, vient l’argent.
De nombreuses structures
institutionnelles et gouvernementales ont donné :
L’Association des maires de France (AMF), le Secours Catholique, le
Conseil
Général de la Martinique et de la Réunion sous la
présidence du Président Paul
Vergés, le SEOM (Le Secours Extrème Urgence pour l’Outre
Mer), et même la ville
de Paris qui va voter une aide.
Mais l’aide la plus surprenante est venu de marques et entreprises,
prenant à
cœur de maintenir le niveau de consommation de l’île
malgré le drame :
Ainsi, les magasins La
redoute ont envoyé ce genre de missives, dans les boites aux
lettres du
département :
Nous sommes sensibles au fait
que de nombreux foyers aient subi des dégâts
matériels conséquents. Nous avons
pensé qu’une remise importante sur les secteurs de la maison
serait le meilleur
moyen de vous assurer de notre soutien et de vous aider de façon
concrète. Nous
vous proposons -40% sur le linge de maison*, -30% sur le petit
mobilier** et
-25% sur le petit électroménager.
De plus, en
témoignage de notre solidarité, vous recevrez un
très joli plaid en
cadeau : un geste supplémentaire souhaité tout
spécialement par les équipes de
La Redoute.
Nous espérons que
cela vous permettra de vous rééquiper et de retrouver un
peu
de confort sans trop dépenser.
L’opérateur
Télécom Digicel,
leader dans la Caraïbe, a embrayé :
Conscient des difficultés que
rencontre la population martiniquaise après le passage du
cyclone Dean, Digicel
tient à assurer son plein soutien en faisant un geste envers
tous ses clients,
Forfait ou Carte. Durant le mois de septembre 2007, 20 minutes de
conversations
gratuites seront offertes à tous les Clients Digicel de la
Martinique parce
qu’en toutes circonstances, Digicel tient à offrir le meilleur
à ses clients.
Il est à noter que
Digicel a aussi effectué un don de 60 000 euros.
Et c’est la compagnie
aérienne
Corsair qui conclut le bal :
La compagnie Corsair va suite
au passage de l’ouragan et dans le cadre d’une politique d’entraide,
vis-à-vis
de ses clients guadeloupéens et martiniquais, proposer le
Paris-Fort-de-France
et le Paris-Pointe-à-Pitre A/R à 299 euros TTC. La
période de vente s’étend de
ce jour , 21 août 2007 au 02 septembre 2007. Les départ de
Paris Orly pourront
ête effectués à ces mêmes dates et les
retours du 08 septembre au 23 septembre
2007.
Ce phénomène
est globalement positif à mon sens.
Loin d’être
naïf, et de penser que la seul bonté du cœur explique les
aides des
entreprises, et de certains organismes publics, je pense que cela
démontre bien
autre chose.
Les marques et entreprises
reconnaissent par ces gestes, que le marché
antillais est important pour eux. Ils tiennent à soigner leurs
clients, et en
recruter quelques nouveaux, en s’achetant une image positive. C’est ce
qu’on
appel de la communication. Et quand il y a communication massive et
coûteuse,
c’est que le marché en vaut la chandelle.
Le geste de la Mairie de
Paris n’est pas non plus anodin. A l’approche des
élections municipales, la team Delanöe, entend surement par
ce biais se faire
bien voir de la communauté antillaise très
présente dans certains
arrondissements parisiens…
Les intellectuels
et politiques antillais montent au créneau sur le
thème de l’Aprézan (Idée de rupture suivie d’une
renaissance)
C’est
là que ca devient intéressant !
Fin Aout, les écrivains Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant
adressent une
lettre ouverte aux élus locaux.
photo
Germain Mazarin
En substance, elle
évoque l’opportunité de faire table rase de certains
errements qu’ont connus les deux îles sœurs. Elle exhorte
à une renaissance
d’un esprit collectif fondé grandement sur le
développement durable. Extrait.
Aprézan profiter de cette
calamité pour assainir ce qui peut l’être. Aprézan
éclaircir. Aprézan
reconsidérer. Aprézan pérenniser une
lumière là où ruptures et brisures ont
ouvert des possibles. Toute renaissance est précieuse, il n’en
existe pas
d’inutile ou de dérisoire. Toute refondation émerge d’un
brouillard d’infimes
reviviscences. C’est peut-être l’aprézan de profiter de la
quasi-disparition
des panneaux publicitaires qui offusquaient nos paysages pour envisager
une
réglementation plus restrictive. L’aprézan d’enterrer
tous les fils électriques
qui peuvent l’être. L’aprézan d’inciter aux citernes
domestiques, à l’énergie
solaire… C’est peut-être l’aprézan de revoir notre rapport
aux grands arbres,
comprendre que l’âge les remplit de mystère et de magie,
qu’ils font partie
d’un patrimoine naturel inestimable, et que tout arbre qui vit
longtemps
s’entretient, se soigne, s’élague, se nourrit, et qu’il ne tombe
ou se démembre
que lorsqu’il est négligé. Même aprézan pour
les bords de mer ou des
réorganisations radicales peuvent être envisagées.
Les intellectuels ne font
malheureusement que penser, ce qui les éloigne du
commun des mortels. Et cette lettre a eut droit aux critiques
habituellement
faites à cette race de sages, du type : « Au lieu de
sortir de grandes phrases,
prenez une pelle et construisez !».
La personne qui a
donné à ce message un sens beaucoup plus concret, est le
député-maire martiniquais Serge Letchimy. Il a su
traduire la volonté de
Chamoiseau et Glissant, en des termes beaucoup plus accessibles et
concrets,
dans sa lettre adressée cette fois au président Sarkozy.
Elle a été remise lors
de la rencontre entre le président et les élus locaux,
Extrait.
Les
cyclones HUGO en
Guadeloupe 1989 et DEAN le 16 Aout dernier, soulignent la
fragilité de nos
économies. Elles sont menacées de manières
récurrentes par des phénomènes
naturels violents et destructeurs. Ces phénomènes ne
pourront aller qu‘en s’aggravant
eu égard aux bouleversements climatiques annoncés, qui
nous obligent à
anticiper les effets du réchauffement et à nous
préparer à d’inédites
catastrophes.
Cette
fragilité confrontée à
toutes ces urgences doit nous conduire à repenser les dynamiques
traditionnelles
de notre développement : tenter ce que Glissant appelle, sinon
une « rupture »
du moins : « un écart déterminant ».
Je
veux parler d’une approche
écologique et de l’émergence d’une nouvelle
économie locale fondée sur le
développement durable
Ce
statut visera à le
préparer aux bouleversements climatiques imminents ; à
protéger ses atouts
naturels et de biodiversité qui relèvent fondamentalement
du patrimoine naturel
de l’humanité, et inscrire la Martinique dans une culture du
risque innovante
et imaginative. Par une telle approche statutaire, nous aurons la
possibilité
d’initier une dynamique de redéploiement agricole et industriel
diversifié.
Prendre
en compte les
évolutions urbaines, redéfinir l’offre touristique, mais
aussi toute la gamme
des services à la personne, de la construction, des logements
sociaux notamment
à travers des pôles de compétitivité. Nous
pourrons favoriser des niches
d’emplois nouveaux, des formations inédites adaptées aux
réalités à venir, des
pôles d’excellence en technologies et en recherches conformes au
développement
durable et aux évolutions à venir, lesquelles seront
très souvent radicales. Nous
pourrons, pour le moins, doter le projet de zone franche globale d’une
colonne
vertébrale, tout en initiant une gouvernance économique
locale plus appropriée
aux défis du futur, plus adaptée à la
démocratie et mieux inspirée en terme de
responsabilités locales.
Ce
statut dérogatoire pourra
restituer aux Martiniquais des espaces d’auto organisation, de
décision
élargies, des lieux de libertés, voire d’autonomie, tant
pour parer aux
urgences que pour se confronter aux mutations essentielles à
venir. Ils
pourront le faire de manière consciente, maîtrisée,
responsable et volontaire.
En bref, dans une intention globale endogène qui
réintègre une idée de bon sens
: à savoir qu’il ne saurait avoir de développement
réel sans responsabilité
collective et sans conscience active.
Alors, Dean
sauvera-t-il ou pas les Antilles ?
Non.
Ou plutôt, rien n’est moins sûr, car
Nicolas Sarkozy dans sa grande mansuétude
a pris le parti des gros exploitants agricoles de l’île : les
planteurs de
banane, et de canne à sucre. Ceux-ci réclamaient la
moitié de l’enveloppe de
500 millions promise aux départements. Au final, 4 millions
supplémentaires
serviront à encourager la diversification. En gros, cet argent
ira aux mêmes
exploitants, mais pour qu’ils puissent planter de l’ananas cette fois…
Le
président nous montre ainsi qu’il nous prend tous pour des
bananes… Il se
serait fendu d’un « Je vous ai compris ! » à la De
Gaulle et la boucle aurait
été bouclée.
N’oublions pas que ce sont
les mêmes planteurs qui sont responsables d’un
autre désastre, un peu moins naturel cette fois : Celui du
Chlordécone.
Pendant des années,
des tonnes de produit polluant ont été
déversées sur les
plantations antillaises, empoisonnant les sols, et les eaux, et par la
même
occasion, tous les produits agricoles, pour des milliers de
siècle. Une
recrudescence de cancers pourrait bien être un des effets de
cela. La nocivité
du produit était connue de longue date, interdit un peu partout
dans le monde.
Mais les (grands) propriétaires terriens de l’île avaient
obtenu du
gouvernement, et à de nombreuses reprises, des
arrêtés dérogatoires…
Le gouvernement n’aidera
pas alors comme on aurait pu l’espérer, la création
d’une véritable filière industrielle fondée sur le
développement durable :
Entreprises de conseil, de services, et fournisseurs de solutions en
développement durable (à destination du BTP, et des
filières agricoles et
bovines par exemple…), centres de recherche, écoles
spécialisées…
Un centre de recherche sur
les cyclones pourrait être mis en place aux
Antilles, en lieu et place, de la station Méteo France, qui ne
sert qu’à
produire 5 minutes de contenu par jour pour les bulletins de RFO et RCI
Guadeloupe
et Martinique… Pourquoi tout vient des Etats-Unis et de leur centre de
Floride
?
L’agriculture et le
tourisme, en état, ne permettront pas aux antillais
d’augmenter leur niveau de vie… Il faudrait une Guadeloupe et une
Martinique,
avec plus d’ingénieurs, d’entrepreneurs et de consultants, et
moins de paysans,
et de femmes de ménages dans les hôtels. La transformation
industrielle des
Antilles devrait se faire dans ce sens là. Les pôles de
compétitivité étaient
sensés répondre à ces enjeux. On les attend
toujours…
Ce qui aurait pu constituer une véritable rupture pour les
Antilles ne se fera
pas. En tout cas, pas aujourd’hui.
Oui.
Le premier effet “positif” (Ca dépend pour qui), à long
terme de Dean sur le
paysage des deux îles est plutôt surprenant :
Une tripotée d’élus municipaux a décidé de
sauver leurs communes… du fléau des
affiches publicitaires, les célèbres 4×3.
Accusées de devenir des projectiles
dangereux en cas de cyclone, les dispositions pour s’en prémunir
sont diverses
et variées :
Trinité
Le député-maire vient de
décider d’enlever tous les panneaux 4X3 de sa commune. Selon un
communiqué M.
Manscour signale que leur implantation tend à accentuer les
risques d’accident,
risque largement démontré lors du passage de Dean.
Appelant au civisme, la
mairie de Trinité invite les propriétaires à
procéder - dans les 48h00 - à
l’enlèvement de ces panneaux.
Fort-de-France
Mais le plus important dans
cet arrêté c’est l’article 4 qui stipule qu’en
période cyclonique, lors du
passage au niveau de vigilance orange, tous les panneaux publicitaires
devront
être déposés et sécurisés.
Schœlcher
Le Maire de
Schœlcher, Alfred
Almont, a demandé par courrier à tous les
propriétaires de panneaux 4X3 de
procéder à leur enlèvement immédiat.
Herve