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Après l'ouragan Dean

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Le cyclone Dean a réduit à néant la principale production antillaise, en pleine restructuration. Saura-t-elle se redresser ?

"Les choses sont claires : 100 % de nos plantations ont été détruites. Au moins, il n’y aura ni polémique ni abus », ironise Frédéric de Reynal, président de Banamart, principal groupement de planteurs martiniquais. Même constat de désolation à la Guadeloupe, où la quasi-totalité des 3 000 hectares de bananeraies ont été dévastés. Avec des rafales atteignant 215 kilomètres à l’heure en Martinique et 140 en Guadeloupe, le cyclone tropical Dean a anéanti brutalement toute la production de bananes antillaises, soit 270 000 tonnes annuelles, et mis au chômage technique quelque 800 planteurs et leurs 15 000 salariés.

« 2007 devait être l’année phare du planteur, rappelle, mélancolique, Francis Lignières, président du groupement des Producteurs de Guadeloupe. Après des années de vaches maigres, nous avions enfin achevé notre mutation et redressé nos exploitations. » Voilà près de cinq ans, en effet, que la banane antillaise a amorcé son aggiornamento. Une question de survie : divisée en plus de 40 marques, éparpillée sur des centaines de propriétés, minée par l’éternelle rivalité martiniquo-guadeloupéenne, discréditée à Bruxelles, la principale production agricole des tropiques français n’en finissait pas de perdre du terrain. Incapable de rester compétitive face aux coups de boutoir des fameuses bananes dollars* et d’homogénéiser son système de distribution, la profession courait d’autant plus à sa perte que, au 1er janvier 2006, l’Organisation mondiale du commerce devait réduire drastiquement les barrières protectionnistes européennes en vigueur.

La réaction a eu lieu, in extremis. Enfin unis dans une seule structure – l’Union des groupements de producteurs de bananes (UGPB), présidée par l’énergique Eric de Lucy, un béké martiniquais haut en couleur – les planteurs antillais ont donc sauvé leur peau. Allant jusqu’à obtenir de l’Union européenne un nouveau régime de montants compensatoires, non plus fondé sur la production mais sur une aide fixe. Une aubaine, si l’on considère la situation actuelle… et l’explication, peut-être, de l’état d’esprit qui règne maintenant au Vauclin (Martinique) ou à Capesterre (Guadeloupe). « Nous sommes sous le choc, c’est vrai, mais nous allons vite nous redresser » ; « Les exploitants sont déjà à pied d’œuvre », pouvait-on entendre en ce lendemain de « catastrophe naturelle ». « Dès mars 2008, nous retrouverons 50 % de notre tonnage, affirme Eric de Lucy. Les 50 % restants s’échelonneront, au rythme des replantations, jusqu’en mars 2010. »

A condition, bien sûr, que les finances suivent. Le patron des bananiers, qui se dit « confiant » dans le soutien du gouvernement, a déjà évalué le montant de la facture : de 130 à 150 millions d’euros, correspondant aux pertes de recettes et à la relance de la plantation des 10 000 hectares concernés. Reste une inconnue : la réaction du marché français – qui constitue le débouché de 90 % des exportations antillaises – après sept mois d’absence. Pour faire vibrer la fibre cocardière des consommateurs, une grande campagne de communication – celle, prévue cet automne, vient d’être stoppée net – sera lancée avec, toujours, ce même slogan (un chouia audacieux) étrenné depuis maintenant deux ans : « Banane de Guadeloupe et Martinique, rien ne peut la battre. » Abattus, les Antillais, mais pas battus…

* Provenant principalement de l’Equateur, du Costa Rica, de la Colombie et du Panama, et ainsi dénommées parce que commercialisées par des firmes multinationales, notamment américaines (Chiquita, Dole Food Company).

Marianne Payot