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La banane anéantie

la banane martiniquaise rien ne peut la battre

La culture première de l’île est KO. Pourra-t-elle se relever ?

 « Rien ne peut la battre », dit la publicité de la banane antillaise. Mais en ce qui concerne le passage de Dean, pas un champ de cette banane guerrière n’a échappé à la furie du cyclone. Première culture de la Martinique, l’agriculture bananière a été anéantie et est aujourd’hui le centre de questions sur son avenir, dont les plus brûlantes ont été posées par un texte écrit par les écrivains et poètes Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, qui suscite un large écho sur l’île par le débat qu’il réclame sur son avenir (publié dans notre édition du jeudi 23 août). Même si les rencontres entre les producteurs se multiplient, il n’en demeure pas moins évident que le cœur n’y est pas. Dean ne s’est pas contenté de ravager les bananeraies. Il a aussi donné un sérieux coup derrière la tête aux acteurs de l’agriculture martiniquaise. Pour Daniel, petit exploitant au Robert, « la production martiniquaise est arrêtée pour au moins six mois ». En attendant, il s’occupe de nettoyer et de « cycloner » sa plantation. « Il n’y a rien d’autre à faire pour le moment », reconnaît-il, fataliste. Après le carnage dû au cyclone, ces travaux s’avèrent quasiment obligatoires pour ceux dont les plantations n’ont pas plus de trois à quatre ans. Une façon de gagner sur le temps, capable de limiter l’absence de la banane antillaise sur un marché que la « banane dollar » va pouvoir investir. Pour les autres, dont les plantations sont plus vieilles, la solution s’avère plus radicale et consiste à commencer par le début en démarrant une nouvelle plantation.

Réunis mardi dernier, les producteurs martiniquais de Banamart et de Banalliance essaient de se remonter le moral. « Nous devons tout faire pour redémarrer le plus vite possible et offrir des produits de qualité supérieure, » fait comprendre le président de Banamart, Frédéric de Reynal. De son côté, jouant les jeux de l’alliance et de la solidarité, Daniel Disert, président de Banalliance appelait les producteurs à se prêter main-forte. « Ceux dont les outils ne sont pas utilisés en ce moment doivent donner un coup de main à ceux qui en ont besoin. »

Si, dans le passé, les autres cyclones avaient laissé quelques bananiers debout, ce qui avait permis de continuer, même avec une toute petite production, la réalité assénée par Dean est tout autre : plus de production à espérer avant longtemps.

Pour Christian, petit planteur de la commune du François, « voir son travail réduit à néant et son gagne-pain escamoté m’a laissé par terre en me privant de la force de continuer ». Mais il sait qu’il recommencera à se battre pour conjurer le mauvais sort. Tout comme Marc, un autre petit planteur du Robert, dont le hangar de travail a explosé sous les coups de boutoir de Dean. Après le cyclone il ne reste plus, au milieu de la bananeraie, qu’un amas de tôles enchevêtrées et de poutres brisées essayant de garder de la pluie et de l’éparpillement quelques cartons à banane, de la ficelle et quelques autres bricoles prévues pour le conditionnement. « C’est comme ça ! » répète-t-il, philosophe. Comme Christian, il sait pourtant qu’il ne se laissera pas abattre. Mais nombre de planteurs seront quand même obligés de souscrire au chômage technique. Selon Jean-Michel Hayot, propriétaire de l’une des plus importantes exploitations de la Martinique avec plus d’une centaine de salariés, seulement « un quart de ses salariés garderont une activité pour s’occuper de la plantation ». S’ajoute à ce désastre social le chômage obligé qui guette les transporteurs routiers liés à la banane, et toutes « les petites mains » dont c’est le gagne-pain et pour qui pas de bananes équivaut à pas d’argent pour vivre.


Fernand Nouvet

La Martinique le 27 août 2007

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