Au
lendemain du passage de l'ouragan Dean, la population martiniquaise
avait le sentiment samedi d'avoir vécu un véritable
cauchemar. La
végétation est là pour témoigner de
l'intensité du phénomène. Sur
l'ensemble de l'île, le constat est le même: des arbres,
des poteaux
électriques et des débris en tout genre jonchent les
chaussées, sans
parler des ravages causés dans les bananeraies et les
plantations de
canne à sucre, ressources majeures.
Si le bilan
définitif des
dégâts n'est pas encore établi, de nombreuses
habitations se retrouvent
aujourd'hui sans toiture ou sont éventrées. Le bilan
humain pourrait
être de deux morts et six blessés. Outre la crise
cardiaque d'un
nonagénaire, une femme a été retrouvée
morte à son domicile de
Fort-de-France par ses proches. Elle aurait apparemment fait une chute
et se serait noyée, mais une autopsie devra déterminer
les
circonstances exactes du décès.
A première vue,
c'est le monde
agricole déjà en grande difficulté qui fait les
frais du passage de
Dean. Tous les bananiers sont aujourd'hui au sol. C'est un vrai coup
dur pour ce secteur déjà en crise avec le problème
du chloredécone et
de l'invasion de la banane-dollars sur le marché européen.
Pour
le président de la Chambre d'agriculture de la Martinique,
Louis-Daniel
Berthome, l'agriculture martiniquaise est quasiment réduite
à néant:
"La banane est sinistrée à 100%. Il n'y a plus aucun
bananier debout.
Les installations et les hangars à bananes ont été
emportés par les
vents. Les agriculteurs son découragés, ils ne savent
plus à quel saint
se vouer. Nous voyons difficilement comment nous allons repartir. Nous
souhaitons que le préfet déclenche très rapidement
la procédure de
catastrophe agricole", a poursuivi M. Berthome.
Le réseau
électrique a lui aussi été durement
été éprouvé puisque jusqu'à 110.000
abonnés d'EDF sont restés dans le noir. Depuis, 60.000
d'entre eux ont
retrouvé du courant. Par ailleurs, seul 50% du réseau de
téléphonie
mobile est de nouveau opérationnel. Selon certaines estimations,
il
faudrait entre 150 et 200 millions d'euros pour retour à la
normal au
niveau de certaines infrastructures.
Le secrétaire
d'Etat à
l'Outre-mer, Christian Estrosi, arrivé samedi matin à
l'aéroport
Martinique-Aimé Césaire, s'est rendu au PC
opérationnel du Fort de
Desaix sur les hauteurs de Fort-de-France. Après avoir
rencontré les
représentants des services de l'Etat, il a survolé
l'île en hélicoptère
pour se rendre compte de l'étendue des dégâts. M.
Estrosi doit ensuite
rencontrer des sinistrés à Texaco, un quartier populaire
de
Fort-de-France, avant de s'entretenir avec des socio-professionnels et
des élus locaux. Il doit s'envoler en fin de journée pour
la Guadeloupe.
Il
a assuré les habitants que les autorités allaient
"prendre les mesures
immédiates à la fois pour apporter des aides de
première urgence aux
personnes les plus vulnérables et pour lancer toutes les
procédures
face aux dégâts sur les infrastructures chez les
particuliers", mais
aussi "la procédure de déclaration de catastrophe
naturelle" et "la
procédure de calamité agricole car, sans doute, les
conséquences les
plus lourdes porteront sur l'exploitation de la banane et de la canne
à
sucre. Pour la banane, elle a été atteinte à 100%
et la canne à sucre à
70%".
Dans un
communiqué, le Premier ministre François Fillon a
annoncé la tenue d'une réunion interministérielle
en début de semaine
prochaine qui permettra de dresser un bilan précis des besoins
en
Martinique et en Guadeloupe et de "mettre ainsi en oeuvre au plus vite
les mesures d'urgence" à destination des sinistrés et de
"permettre un
rétablissement rapide de l'activité économique".